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Cyberintimidation: les dérives de Spotted au secondaire

Depuis plusieurs mois maintenant, les écoles sont sur... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Depuis plusieurs mois maintenant, les écoles sont sur le qui-vive.

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Inquiétude grandissante dans le milieu scolaire: les cas d'intimidation contre des élèves et des enseignants se multiplient par l'entremise de la nouvelle application Spotted du site Facebook, qui permet d'écrire publiquement à peu près n'importe quoi sur n'importe qui d'une manière totalement anonyme. Souvent incapables d'identifier les coupables, organismes et directions d'école sonnent l'alarme.

Sur la page Spotted d'une école près de Québec, un garçon est ridiculisé publiquement parce qu'il a des seins. Sur celle d'une polyvalente de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, une adolescente est copieusement insultée pour sa performance au spectacle de fin d'année alors que dans l'ouest de Montréal, un prof est accusé sur la Toile d'avoir pris des photos des fesses de ses élèves, un autre est déclaré gai, une troisième qualifiée de «bitch». Tout ça, sans jamais savoir qui est l'auteur des insultes et ponctué de nombreux commentaires moqueurs des autres élèves.

Du flirt à la provocation

Initialement, Spotted (pour aperçu) se voulait un outil de drague; des pages Facebook positives associées à un lieu de travail, un quartier ou une école, où on offre des compliments à des gens qu'on côtoie ou qu'on croise. Le concept est simple: afin de préserver leur identité, les auteurs écrivent leurs commentaires à un administrateur anonyme qui publie ensuite les textes sans les noms. Du genre: «Aperçu: belle blonde à la chemise bleue croisée ce midi dans l'escalier, qui es-tu?»

Mais si c'est encore pour flirter qu'on s'en sert dans la plupart des milieux, dans les écoles secondaires et même dans certains cégeps, le concept est rapidement devenu un moyen d'attaquer élèves et membres du personnel sur la place publique sans jamais s'identifier. Protégés par cet anonymat, les provocateurs ne se gênent pas pour écrire les noms, les initiales ou une description physique de leurs victimes qui laissent peu de place à l'interprétation. Les autres élèves savent très bien de qui on se moque.

«Ça dérape, déplore l'animateur et fervent promoteur de la lutte à l'intimidation, Jasmin Roy. On ne sait pas qui gère ça. Ça devient un outil supplémentaire pour intimider.»

Surveillance et sensibilisation

Depuis plusieurs mois maintenant, les écoles sont sur le qui-vive. Il y a deux semaines, le directeur général du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, une école privée pour filles, a envoyé un message à tous les parents afin de les sensibiliser au phénomène. L'établissement, écrit le directeur, «n'a hélas pas échappé à cette nouvelle vague».

Il poursuit: «La surveillance que nous exerçons depuis un certain temps sur la page Spotted Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie nous a conduits à constater plusieurs entorses au respect d'autrui. Tout d'abord, nous tenons à vous aviser qu'il est illégal de publier une photo sans le consentement de la personne photographiée. Nous tenons également à vous aviser que la liberté d'expression ne signifie pas que l'on puisse dire n'importe quoi, à n'importe qui et encore moins de n'importe quelle façon.» Le même message a été envoyé aux élèves.

En avril, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a mis en branle une campagne de sensibilisation auprès des directions d'écoles et des élèves. On a notamment tenté de retracer les administrateurs de ces pages afin de leur rappeler le code de vie de leur établissement et le fait qu'ils n'avaient pas le droit d'en utiliser le nom ou le logo. «Les écoles, c'est comme des villages alors c'est assez facile de savoir qui fait quoi, note le porte-parole Alain Perron, qui affirme que la campagne a donné de bons résultats et que les pages Spotted sont moins nombreuses qu'il y a deux mois. Pour certains, ce qui se disait était anodin. Ils ont compris que non quand on leur a expliqué. On lisait de tout là-dessus. Il y a eu des dérapages.»

Même son de cloche à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, dans l'ouest de Montréal, où les directions effectuent une surveillance quasi quotidienne des sites en question. «Les messages sont dans la limite de ce qui peut être toléré, mais la ligne est mince. Si on tombe dans les propos haineux ou diffamatoires, on n'hésitera pas à contacter la police», prévient le porte-parole Jean-Michel Nahas.

Chez Facebook, on rappelle que les utilisateurs peuvent signaler toute forme d'intimidation ou de harcèlement. «Rien n'est plus important pour Facebook que la sécurité des gens qui utilisent notre site. Notre Déclaration des droits et responsabilités, qui régit notre site, interdit le partage de contenu qui a pour but l'intimidation ou le harcèlement. Les utilisateurs peuvent signaler tout contenu contrevenant à nos politiques en utilisant les liens qui apparaissent un peu partout sur le site et notre équipe retirera tout contenu qui serait en violation de nos politiques», assure un porte-parole.

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Qu'est-ce que Spotted?

Le concept, pensé par des étudiants britanniques, est simple: une page Facebook intitulée «Spotted On» (aperçu à) est gérée par un administrateur anonyme à qui les membres envoient des messages qui sont à leur tour publiés anonymement sur le site. D'autres membres peuvent ensuite les commenter ou y apposer la mention «j'aime». L'idée s'est répandue comme une trainée de poudre. Initialement, le but était d'offrir des compliments à des inconnus ou à des gens à qui les utilisateurs sont gênés de parler en face, ou de retrouver une personne à notre goût croisé par hasard et dont on ne connaît pas le nom. En France, des médias ont qualifié Spotted de «nouvelle messagerie amoureuse».

Aujourd'hui, des dizaines d'écoles secondaires, plusieurs cégeps et la majorité des universités québécoises en ont une. Des centaines, parfois des milliers d'élèves en sont membres, selon la taille de l'établissement. Toutefois, la drague a souvent cédé la place à des plaintes, des commentaires négatifs et des attaques de plus en plus personnelles.

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