La tablette numérique entre en classe

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Photo: Ninon Pednault, La Presse

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(Montréal) Par une journée caniculaire du mois d'août, alors que les vacances estivales s'étirent encore pour quelques jours, 200 élèves de 3e et 4e secondaire du Collège d'Anjou sont assis, tout sourire, derrière leurs pupitres, écoutant attentivement l'enseignant à l'avant de la classe.

Pour cause. Les élèves s'apprêtent à recevoir un iPad, un outil de travail qui leur servira durant toute l'année scolaire.

«Nous n'avions pas le choix d'embarquer», croit le directeur général du Collège d'Anjou, Luc Plante, pour expliquer ce virage numérique.

Par l'entremise de l'école, les parents des élèves de 3e et 4e secondaire ont dû acheter une tablette numérique, obligatoire pour les cours. L'an prochain, ce sera le tour des élèves de 1re et 2e secondaire.

Au moins cinq collèges privés ont fait le saut cet automne. Jacques Giguère, directeur général du Collège de Montréal, l'un de ces établissements, est persuadé que c'est la voie de l'avenir.

«Nous sommes reconnus comme un lieu d'innovation et de créativité. Quatre institutions privées dans l'île de Montréal ont fait le pas. D'ici deux ou trois ans, l'ensemble du réseau scolaire aura fait le virage.»

La majorité des écoles optent pour l'iPad. «Nous avons essayé toutes les tablettes numériques. L'iPad est ce qui fonctionne probablement le mieux», explique M. Giguère.

Légère à transporter, facile à utiliser, la tablette promet d'offrir de nombreuses possibilités : prise de notes, manuels scolaires, applications spécialisées selon les matières. Même pour les travaux d'équipe, l'usage de Face Time peut faciliter la tâche pour réunir virtuellement des élèves qui habitent des villes différentes, croit pour sa part Luc Plante.

Au moment de la remise des iPad, les élèves semblaient ravis. Ils se comptaient chanceux. «J'ai vraiment hâte de l'essayer. J'ai hâte de voir ce que ça va faire dans la classe», a déclaré Sandrine Comtois, élève de 3e secondaire.

Les élèves seront plus motivés, croit-elle en soulignant que les jeunes «sont vraiment technologiques». Dans sa classe, les trois quarts des élèves possèdent d'ailleurs un iPhone ou un iPod touch.

Dans toutes les écoles, l'utilisation de la tablette s'accompagne d'un contrat d'engagement que les élèves doivent signer. Ils promettent notamment de faire attention à ce joujou coûteux.

Projets-pilotes dans le public

Le réseau public commence aussi à lorgner le numérique. Des projets-pilotes voient le jour. Au moins deux commissions scolaires ont annoncé leur intention de doter tous leurs élèves d'une tablette numérique au cours des prochaines années.

Sur 72 commissions scolaires au Québec, elles représentent toutefois l'exception. Dans le réseau public, ce sont les commissions scolaires qui délient les cordons de la bourse pour acheter les tablettes numériques. Impossible de demander aux parents de les acheter. Il s'agit d'une dépense coûteuse que peu de commissions scolaires peuvent se permettre.

La commission scolaire Sorel-Tracy compte faire un déploiement progressif sur quatre ans afin d'équiper les élèves de la 4e année à la 5e secondaire. Cet automne, ce sont les élèves de 1re et 2e secondaire qui auront leur iPad, une dépense d'environ 1,2 million pour la commission scolaire.

De la maternelle à la 3e année, les élèves expérimenteront plutôt l'iPad avec un chariot mobile qui se déplacera dans les classes.

«Le fait d'être une petite commission scolaire peut faciliter ce genre de mouvement», estime le directeur général de la commission scolaire, Alain Laberge.

Il reconnaît que le geste est précurseur. Il y a un an, lorsque M. Laberge est entré en fonction, la commission scolaire avait d'ailleurs l'allure «de l'enfant pauvre du réseau», raconte-t-il. Ni les écoles ni les bureaux administratifs n'avaient accès au wi-fi.

Aujourd'hui, même les commissaires scolaires utilisent l'iPad pendant les assemblées, ce qui leur fait économiser l'impression de centaines de feuilles.

Dans l'est du Québec, la commission scolaire Kamouraska-Rivière-du-Loup fait elle aussi le pari du numérique. Elle vient d'acheter 190 iPad pour les élèves de 1re secondaire. D'ici quelques années, elle souhaite équiper la totalité des élèves.

«La première année va servir de défrichage pour l'organisation», indique le directeur des services éducatifs, Pierre Ruest.

Comme à Sorel-Tracy, les administrateurs font le pari que cet outil augmentera la motivation des élèves et, par le fait même, leur réussite scolaire.

M. Ruest explique que les résultats seront dûment évalués. «Nous allons nous donner des indicateurs, du genre combien d'élèves utilisent l'iPad, quelle est la moyenne scolaire, est-ce qu'elle augmente? Nous y croyons beaucoup.»

En Europe et aux États-Unis, plusieurs écoles ont commencé à intégrer la tablette numérique en classe. Quelques expériences-pilotes ont démontré que son utilisation augmente l'intérêt des jeunes pour l'école.

À Auburn, dans l'État du Maine, une étude réalisée à l'automne 2011 a démontré que les habiletés littéraires des élèves qui utilisent un iPad sont légèrement supérieures. Ils démontrent aussi plus de motivation à l'égard de l'école.

Les résultats semblent particulièrement probants chez les élèves de la maternelle et les enfants handicapés.

Il s'agit de résultats préliminaires. Aucune grande étude n'a été menée à ce jour, prévient Thierry Karsenti, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication (TIC), à l'Université de Montréal.

«Il s'agit surtout d'un coup de marketing», lance M. Karsenti. La tablette numérique présente «un grand potentiel, mais pas au point de la rendre obligatoire».

L'écriture est un élément essentiel de la réussite scolaire. Les logiciels ne sont pas parfaitement au point sur les tablettes numériques, dit-il. Si la tablette n'est pas dotée d'un clavier indépendant, l'écriture est également moins aisée.

L'iPad est intéressant quand on pense à remplacer plusieurs manuels scolaires. C'est beaucoup moins lourd dans un sac, mais pour le moment, il y a très peu de matériel offert en français. «Pour l'instant, ce n'est pas assez réfléchi comme investissement», ajoute M. Karsenti.

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