Derrière le mirage banlieusard, la pauvreté

Le visage de Laval a beaucoup changé au... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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Le visage de Laval a beaucoup changé au cours des dernières années avec la vague d'immigration qui y a déferlé. Et cette nouvelle réalité se reflète notamment dans les écoles.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

Leurs boîtes à lunch sont presque vides, quelques-uns n'ont qu'un sandwich au ketchup. Certains n'ont pas de manteaux ou de bottes d'hiver et leurs parents ne peuvent acquitter la facture d'électricité. Plusieurs élèves de l'école élémentaire L'Escale vivent dans des conditions comparables à celles d'un pays du tiers-monde.

«Ici, c'est les Nations unies!» lance Silvia Arantio, qui enseigne depuis 10 ans dans l'école de 325 élèves du quartier Saint-François.

Les pupitres de sa classe sont occupés par 23 enfants de six nationalités. Ils sont philippins, algériens, asiatiques. Environ 40% d'entre eux sont d'origine haïtienne.

Tricotées serré, les familles de ces élèves s'entassent souvent à 12 ou 15 dans un bungalow, dans des quartiers aux noms bucoliques: de l'Harmonie, de la Joie, de la Rosée.

Mais derrière le mirage banlieusard, la pauvreté est omniprésente. «Très souvent, les enfants n'ont pas déjeuné le matin, se sentent faibles et n'ont pas de vêtements d'hiver. Parfois, ils passent deux ans avec des chaussures de pointure 9 même s'ils devraient porter des 7», décrit Mme Arantio.

Pour les enseignants de L'Escale, l'éducation ne se fait pas seulement devant un tableau noir, mais aussi à la maison. Il faut dire que les familles vivent souvent dans des conditions de grande austérité. «Les Haïtiens envoient souvent de l'argent à leurs familles en Haïti, surtout depuis le tremblement de terre alors qu'ils ne peuvent pas payer leur électricité», souligne Michel Gingras, aussi professeur à L'Escale, au service de la Commission scolaire depuis 20 ans. «On fait de l'éducation à tous les points de vue. Même pour l'hygiène. Ce n'est pas rare qu'on dise à des jeunes de sixième année de retourner à la maison prendre une douche», dit Silvia Arantio.

En plus de son travail de prof, Michel Gingras est président de la section Laval-Est de la Société Saint-Vincent de Paul. Ses deux rôles se recoupent puisque le tiers des élèves de son école bénéficient des services de l'organisme, notamment pour payer le loyer ou acheter de la nourriture. «Seize pour cent des ménages lavallois vivent sous le seuil de la pauvreté, soit avec moins de 23 500$ par année», indique M. Gingras.

Laval est selon lui victime de sa réputation. «C'est la ville des extrêmes entre riches et pauvres. Le plus triste, c'est que ça ne s'améliorera pas. Il faut faire de l'éducation auprès des familles, parce que la pauvreté se transmet d'une génération à l'autre», prévient M. Gingras.

Secteur en mutation

Native de Saint-François, autrefois un quartier ouvrier blanc et francophone, Silvia Arantio a vu le secteur se muer avec les années en une sorte de prolongement du quartier Montréal-Nord. Les familles haïtiennes se sont en quelque sorte ghettoïsées.

Il y a quelques années, Saint-François était le terrain de jeu des gangs de rue dans l'île Jésus. La situation s'est améliorée dans les dernières années, de l'avis même des policiers. En fait, les problèmes se sont déplacés dans d'autres quartiers de Laval. Le quartier demeure extrêmement pauvre, et tente de peine et de misère de devenir plus prospère.

La Commission scolaire de Laval, appelée à commenter ce reportage, n'a pas répondu à nos nombreux messages.

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