Le père de Lin Jun veut comprendre

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Lin Diran indique avoir tout perdu, tant au chapitre affectif qu'au plan financier.

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Procès Magnotta

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Procès Magnotta

Luka Rocco Magnotta, âgé 29 ans, a été l'objet d'une chasse à l'homme sans précédent dans l'histoire du SPVM. Il fait face à cinq chefs d'accusation graves, notamment de meurtre prémédité, relativement à l'assassinat et le démembrement de Jun Lin, un étudiant chinois. »

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

(MONTRÉAL) «Je voudrais juste lui demander pourquoi il a fait ça.» S'il avait l'occasion de s'asseoir face à l'assassin de son fils, le père de Lin Jun n'aurait que cette question en tête.

Portrait de Lin Jun lors de ses funérailles,... (Photo: Marco Campanozzi, archives La Presse) - image 1.0

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Portrait de Lin Jun lors de ses funérailles, à Montréal, le 26 juillet 2012.

Photo: Marco Campanozzi, archives La Presse

C'est un homme anéanti et encore en colère qui s'est adressé aux médias lundi pour faire le point sur le crime le plus sordide et médiatisé des dernières années alors que son fils a été tué et démembré par Luka Rocco Magnotta.

C'était d'ailleurs la toute première fois depuis le début du procès que Lin Diran répondait aux journalistes, ce qu'il a fait avec aplomb et générosité.

Le père de l'étudiant chinois souhaitait attendre la fin du procès, qui s'est étiré sur plusieurs mois, avant de sortir de son mutisme. Après le verdict du 23 décembre, il avait néanmoins présenté une lettre en cour - qui a circulé dans les médias sociaux et traditionnels - dans laquelle il exprimait à quel point la vie de sa famille ne sera plus jamais la même.

D'entrée de jeu, Lin Diran s'est dit satisfait du jugement qui, au terme d'une semaine de délibération, a envoyé l'assassin à l'ombre à perpétuité. «Je pense que le système judiciaire canadien est juste et équitable. Après le verdict, j'ai immédiatement appelé ma famille en Chine pour lui dire qu'il [Magnotta] avait eu la peine maximale», a affirmé l'homme qui ne s'exprime qu'en mandarin et dont les propos étaient traduits simultanément par une interprète.

Lin Diran a passé les quatre derniers mois dans la métropole afin d'assister à toutes les étapes du procès. Aujourd'hui, il ne cache pas sa frustration devant l'absence de remords du meurtrier, qu'il a décrit comme étant «pire qu'une bête». «Après le verdict, j'ai essayé de communiquer avec lui pour comprendre pourquoi il a fait ça. Encore aujourd'hui, je l'ignore», souligne le père éploré, qui a entrepris des démarches pour que l'assassin lui permette de le visiter avant de rentrer chez lui, en janvier.

Joint à ce sujet, l'avocat de Magnotta, Luc Leclair, n'a pas voulu commenter l'éventualité d'une telle rencontre. Me Leclair n'a pas voulu se prononcer non plus sur son intention ou non de porter en appel la condamnation de son client.

Un homme brisé

Lorsqu'il rentrera chez lui, à Pékin, Lin Diran retrouvera une épouse brisée et malade, et une fille qui a abandonné son travail pour être à son chevet. «J'ai tout perdu. Financièrement et émotivement. Je me sens très fatigué, je n'ai pas trop dormi et mes cheveux sont devenus blancs», a-t-il expliqué, l'air abattu, avant d'éclater en sanglots.

La conférence de presse était organisée dans les locaux de la firme d'avocats Borden Ladner Gervais à Montréal. Le cabinet a mis sur pied une fiducie familiale pour aider les proches de la victime à se relever. Quelque 15 000$ ont été amassés à ce jour.

Lin Diran a brièvement parlé de la vie qu'il a menée à Montréal durant son séjour. Il a salué la compassion de la population à son endroit. «Plusieurs personnes me reconnaissaient et m'arrêtaient dans la rue. Certains voulaient juste me réconforter. On ne communiquait pas par la parole, mais par le coeur.»

M. Lin a dit n'avoir jamais cru la version selon laquelle Luka Rocco Magnotta souffrait de problèmes de santé mentale au moment de commettre son crime. «Je pense qu'il était préparé, qu'il avait un plan.»

Lin Diran ne connaissait absolument rien sur Montréal avant que son fils lui en parle. Sa connaissance du Canada se limitait à Vancouver et Toronto. «Il voulait étudier à Concordia. Je lui ai demandé si c'était sécuritaire, puisque c'était primordial pour moi. Il m'a dit oui, je lui ai fait confiance...»

«Fais attention»

Le père a qualifié de «bonne» sa relation avec son fils, précisant que ce dernier était plus proche de sa mère. «On clavardait sur Internet. Il me disait à quel point les gens étaient gentils à Montréal. Je lui répondais: peu importe où tu es, il y a des gens mal intentionnés. Fais attention!»

Interrogé sur l'orientation sexuelle de son fils, Lin Diran a dit qu'il n'en savait rien et espérait, comme tout père, que son fils se trouve une femme pour fonder une famille. «Je pense que l'orientation sexuelle n'a rien à voir avec ce dossier, et peu importe la relation entre mon fils et Magnotta, rien ne justifie ce crime horrible», a-t-il affirmé.

Demain, Lin Jun aurait fêté ses 35 ans. Son père n'a pas prévu souligner l'événement de manière particulière. Si le temps le permet, il ira peut-être se recueillir sur sa tombe au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal.

M. Lin ne croit pas pouvoir pardonner un jour au meurtrier de son fils. Il déplore par-dessus tout le fait de devoir repartir avec encore plusieurs questions sans réponse.

Lorsqu'une journaliste lui a demandé s'il haïssait Luka Rocco Magnotta, l'avocat de M. Lin s'est interposé: «Non, non, il ne répondra pas à ça!»

Mais à la vue de cet homme démoli et épuisé, tout le monde dans la salle semblait avoir une bonne idée de la réponse.

Consultez notre dossier sur le procès de Magnotta >>

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