Côte-Nord: retour chez les Pineault-Caron

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Les Pineault-Caron ont reçu des menaces depuis leur témoignage à la commission parlementaire de la Charte de la laïcité. Malgré tout, ils ne regrettent pas d'avoir déposé un mémoire.

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Le Québec au temps de la Charte
Le Québec au temps de la Charte

Il y a ceux qui n'en peuvent plus des accommodements raisonnables, ceux qui souhaitent des balises plus claires et ceux qui ont carrément peur des étrangers ou qui craignent d'être «envahis comme Montréal». Certains sont cinglants, d'autres très nuancés. Ce sont eux que le gouvernement Marois a séduits avec sa Charte de la laïcité. La Presse a sillonné le Québec pour les rencontrer. »

(SACRÉ-COEUR-SUR-LE-FJORD) Ils sont devenus le symbole du «Québécois xénophobe de région». Leur témoignage sur la Charte de la laïcité les a propulsés sur la place publique. Ils ont été caricaturés et parodiés, on s'est moqué d'eux. Ils ont même reçu des menaces. Mais le tristement célèbre récit de voyage de la famille Pineault-Caron a aussi mis en lumière les inquiétudes de toute une tranche de la population. À l'aube de la campagne électorale, nous sommes retournés les voir à Sacré-Coeur-sur-le-Fjord, en Haute-Côte-Nord.

  • Population: 94 766
  • Immigrés admis dans la région depuis 2002: 459

Avant de rencontrer La Presse, Claude Pineault avait... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 3.0

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Avant de rencontrer La Presse, Claude Pineault avait préparé des notes pour ne rien oublier. Ses arguments étaient prêts et étaient beaucoup plus nuancés que ce qu'on l'a entendu dire dans les médias.

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«Je ne suis pas un ignorant»

Geneviève Caron se berce nerveusement dans son fauteuil. À la télévision, les animateurs d'une émission de variétés font écouter un extrait de son témoignage à la commission parlementaire sur la Charte de la laïcité à leur invité, l'ex-chef d'antenne Jean-Luc Mongrain. «Pathétique», lâche un Mongrain dégoûté dès que la voix de Geneviève Caron s'éteint.C'est comme ça depuis des semaines. À la télé, à la radio, sur l'internet. Claude Pineault et sa femme sont ridiculisés sur toutes les tribunes. Même dans leur village de 1800 habitants, des gens sont «mauvais» avec eux, dit la femme.

Il y a quelques semaines, le couple a reçu des menaces. «This could seriously degrade your personal life», disait le message anonyme. «Ceci pourrait menacer sérieusement votre qualité de vie.»

Pourtant, les Pineault-Caron jurent qu'ils ne regrettent pas d'avoir déposé un mémoire sur le projet de loi 60. «Et de toute manière, j'aime mieux regretter d'avoir fait quelque chose que de regretter de ne pas l'avoir fait, tranche M. Pineault. On allait exposer honnêtement et simplement notre point de vue, on s'est fait écoeurer par tout le monde. Voilà.»

Ce qu'il regrette, en fait, c'est d'avoir été mal compris. Le sujet lui tient à coeur. Il y a réfléchi beaucoup. Il collectionne les mémoires et les articles de journaux sur la question. «Je ne suis pas un ignorant.» Pour nous convaincre, il nous dresse la liste de la quarantaine de pays qu'il a visités, souvent seul avec sa femme, et celle de sa longue carrière. Il a été camionneur, directeur de la Coop d'habitation, agent d'assurances, mécanicien, contremaître, militant péquiste.

«Mes voyages en Turquie et au Maroc, c'est mes plus beaux voyages», dit-il, pour corriger le récit de son voyage au Maroc, qui est devenu la risée du Québec au grand complet.

«Je n'ai rien contre la religion, tant qu'on ne me l'impose pas. Même le voile, ça ne me dérange pas. Quand j'ai été à la commission, il y avait des femmes qui le portaient. De très belles femmes. Je peux vous le dire parce que je voyais leur visage.»

Claude Pineault

Il poursuit: «Moi, ce que je n'accepte pas, c'est ce que j'appelle la cagoule. C'est un enjeu de sécurité. On ne sait pas qui se cache là-dessous. Même les carrés rouges n'avaient pas le droit de se cacher comme ça. Pourquoi est-ce qu'on le permet pour la religion?»

Il voudrait voir ce qu'il appelle la «cagoule» bannie des rues - ce que la charte du gouvernement Marois ne propose pas. «Justement, elle ne va pas assez loin», dit-il.

Laver sa réputation

M. Pineault a accordé beaucoup d'entrevues dans la foulée de son témoignage. Chaque fois, ça s'est mal terminé. «C'était toujours pour rire de nous.» Il s'était juré de ne plus parler.

S'il a accepté de nous rencontrer, c'est pour laver son nom. Et pour pouvoir expliquer ce qu'il pense vraiment des immigrés. Il avait pris des notes pour ne rien oublier; ses arguments étaient prêts. Des arguments beaucoup plus nuancés que ce qu'on l'a entendu dire dans les médias.

«Tout ça, a-t-il expliqué d'emblée, c'est une question d'équité.» Il cite sa propre histoire en exemple.

«Je suis un métis et ça fait près de 20 ans que je me bats pour faire reconnaître mes droits. Je ne comprends pas qu'un immigré qui débarque tout juste ait plus de droits que moi. Ça [n'a] pas de sens. »

Claude Pineault

Autre chose: il n'accepte pas le fait que certains immigrants n'apprennent pas le français. «Moi, quand je vais en voyage, j'arrive à me débrouiller et je suis zéro en langues. Alors je me pose des questions sur eux.»

Des inquiétudes partagées

Si les Pineault-Caron ont beaucoup fait rire d'eux, ils ont aussi levé le voile sur les inquiétudes bien réelles de toute une tranche de la population. Ils ont d'ailleurs reçu de nombreux appels et lettres d'appui. «On vous accuse de racisme. Pourtant, votre apport au débat apporte plus d'eau au moulin que les représentations de bien des groupes», lit-on dans l'une d'elles.

À Sacré-Coeur, ils sont nombreux à partager les craintes du couple. «Ils se sont mal exprimés, il ne faut pas leur en vouloir, dit Gina Dufour, serveuse Chez Marjo, un des deux restaurants du village. Ici, on parle drôle. On n'est pas bons pour ça. Mais c'est sûr que le voile et tout ça, c'est inquiétant. Ils peuvent cacher des armes en dessous de leurs longs vêtements. On ne sait pas.»

Quant à Denise Bouchard, c'est le kirpan qui la chicote. Elle a beaucoup voyagé et n'a aucune objection à ce que de nouveaux Québécois portent des signes religieux - sauf celui-là.

Gilda Savard en a contre le voile intégral. Comme Claude Pineault, elle s'inquiète de savoir qui se cache dessous.

Et si une femme voilée s'installait à Sacré-Coeur? «Je serais gentille avec elle, mais il faudrait qu'elle s'intègre et qu'on voie son visage. On est des gens très accueillants. On est du bon monde.»

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À Sacré-Coeur, village de 1800 âmes, ils sont nombreux à partager les craintes du couple Pineault-Caron.

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Claude Pineault en cinq thèmes

LES ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES«Tu ne peux pas dire non à un et oui à l'autre. Quand j'étais directeur de la Coop d'habitation, notre politique était de ne pas accepter les animaux. Si j'avais dit oui à une personne parce qu'elle avait juste un tout petit chat tellement gentil, je n'aurais pas su où tracer la ligne. C'est la même chose avec la religion. Si je vais dans un autre pays, je suis mieux de m'adapter, ou de ne pas y aller.»

LA CHARTE DE LA LAÏCITÉ

«Le problème avec la Charte, c'est qu'elle légitimise des choses religieuses que le monde n'accepte pas en ne les interdisant pas formellement. Comme la cagoule dans la rue. Ils vont se débarrasser des signes religieux dans la fonction publique, mais pas ailleurs. Ce n'est pas logique. Si c'est pas bon pour pitou, c'est pas bon pour minou. En ce moment, leur charte est plus une charte de la religion qu'une charte de la laïcité.»

LE VOILE

«Quand des gens veulent se cagouler en pleine rue, comment on sait qui est sous le déguisement? Ça peut être dangereux. Je ne veux pas accuser les musulmans et je n'ai rien contre le voile sur la tête. Mais moi, je ne peux pas arriver quelque part avec le visage caché. C'est comme pour le vote. On ne peut pas avoir le droit de voter comme ça. S'ils ont le droit, moi aussi, je vais aller voter déguisé. C'est une question d'égalité.»

L'IMMIGRATION

«Je n'ai rien contre. Sauf que nos politiciens font venir des immigrants tant qu'ils peuvent en pensant qu'ils ne les paieront pas cher. Et c'est le cas aussi. Il y en a qui sont prêts à travailler pour 5$ ou 6$ de l'heure. Les patrons font de l'argent comme ça. Ça leur prend du monde quand tu penses qu'il faut concurrencer la Chine.»

L'INTÉGRATION

«Nous, on n'est pas à Montréal, alors on n'a pas de problèmes avec ça. Une chose est sûre, c'est que quand tu changes de race, tu changes de mentalité. C'est normal. Et ce n'est pas juste avec les immigrants. Envoyez-moi sur une réserve indienne et je ne serai pas à mon aise. Ceux qui arrivent ici ont eux aussi leurs manières de vivre et je n'ai pas de problèmes avec ça.»

La Charte en trois questions: Gina Dufour




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