L'Isle-Verte: un préposé raconte sa version des faits

Après des mois de silence, Bruno Bélanger, préposé... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Après des mois de silence, Bruno Bélanger, préposé aux bénéficiaires qui était de garde la nuit de la tragédie de L'Isle-Verte, s'est confié à notre journaliste.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Au coeur de toutes les rumeurs et considéré comme un «témoin important» par la Sûreté du Québec, le préposé aux bénéficiaires qui était de garde la nuit de l'incendie de L'Isle-Verte espère que son nom sera blanchi par l'enquête publique du coroner annoncée hier.

«Au moins, ce n'est plus moi qu'on cible. C'est l'ensemble de tout [ce qui s'est passé].»

Sept mois après le drame, le nom de Bruno Bélanger est connu, à L'Isle-Verte comme ailleurs. L'homme de 58 ans a été interrogé plusieurs fois par les enquêteurs, qui le soupçonnent de ne pas tout dire sur les circonstances de la tragédie. Son refus de se soumettre à un test de polygraphe a largement fait la manchette, tout comme sa relation amoureuse avec la copropriétaire de la résidence Irène Plante. Des médias ont même laissé entendre que l'employé était peut-être dans la chambre de sa patronne plutôt qu'à son poste au moment de la tragédie. Selon nos sources, les policiers auraient écarté cette théorie.

Reste que son témoignage risque de se retrouver au centre de l'enquête du coroner.

Éliminer tous les doutes

Hier, après des mois de silence, il a accepté de nous raconter sa version des faits. «Pour éliminer tous les doutes, dit-il. Parce que je n'ai rien à me reprocher.»

En entrevue, il a replongé minute par minute dans la nuit du 22 au 23 janvier. Une nuit, dit-il, «qui avait commencé comme toutes les autres».

Il était 21h quand Bruno Bélanger a amorcé son quart. Il dit avoir pointé, s'être informé auprès de la préposée de soir de l'état des pensionnaires et s'être mis au travail. Il assure avoir fait toutes ses rondes. Toutes les demi-heures au rez-de-chaussée, toutes les heures aux deux étages supérieurs.

À 22h45, il est allé verrouiller la porte principale comme le prévoyait le protocole. «Je suis tout seul la nuit. On ne veut pas que des résidants qui souffrent d'Alzheimer sortent et s'égarent.»

Une demi-heure plus tard, il affirme qu'un résidant a tenté de sortir pour aller fumer. Il l'a renvoyé dans sa chambre. Comme M. Bélanger l'a déjà dit, il soupçonne que ce résidant a fumé dans sa chambre et a mis le feu à l'édifice.

Le copropriétaire de la résidence, Roch Bernier, reprend à son compte sa théorie, mais la Sûreté du Québec est catégorique: un article de fumeur n'a pas causé l'incendie. Les enquêteurs estiment plutôt que le brasier a pris naissance dans la cuisine.

Qu'à cela ne tienne, le préposé de nuit maintient farouchement sa version des faits. «Il n'y a qu'une personne qui peut affirmer à 99% que le feu ne venait pas [de la cuisine], et c'est moi, parce que j'étais là.»

Quand l'alarme d'incendie s'est déclenchée, M Bélanger jure qu'il était dans la cuisine en train de préparer des Jell-O pour le lendemain. La cuisinière et les éléments n'étaient pas allumés, selon lui, et il n'y avait ni fumée ni flammes dans la pièce.

Il raconte être monté à l'étage pour aller réveiller Irène Plante, qui vivait à la résidence, et lui demander de l'aide. «Mais quand je suis arrivé en haut, il y avait tellement de fumée que je n'aurais pas pu respirer.» Il serait donc redescendu avant de se ruer par le rez-de-chaussée vers la partie récente de l'édifice, où se trouvait l'appartement de la propriétaire. En entrevue, il précise que ce n'est pas à cause de leur relation privilégiée, mais parce que c'était elle la responsable et qu'il est allé à sa chambre en premier.

«J'ai vargé longtemps dans la porte pour la réveiller.» Si longtemps, en fait, qu'un pensionnaire alerté par le bruit est venu l'aider à frapper. Lorsqu'elle a finalement ouvert, la fumée atteignait le couloir.

«Elle m'a tiré par le collet et m'a fait passer par sa chambre pour sortir dehors.»

Ensemble, ils ont couru vers la porte principale dans l'espoir de sauver des résidants. En vain. Déjà, les flammes léchaient la façade.

En se retournant, Bruno Bélanger a découvert un pensionnaire qui se traînait par terre dans la neige. «Il venait de sauter de son balcon du troisième en attachant des draps ensemble. Il s'était cassé la jambe.» Par la fenêtre d'une autre chambre, il a vu le visage paniqué d'un autre homme qui appelait à l'aide. Il ne s'en est pas sorti.

Le téléavertisseur de M. Bélanger s'est mis à sonner. Des résidants pris au piège appelaient à l'aide en pressant les sonnettes d'alarme dans leurs chambres.

Interrogatoires

Dans le chaos, une collègue l'a envoyé se réchauffer dans une voiture. Il s'est mis à pleurer. Puis il est allé rejoindre les survivants au centre communautaire. Il suffoquait. On l'a transporté à l'hôpital, où a eu lieu le premier interrogatoire.

«J'ai dit des choses que je me souviens plus d'avoir dit. J'étais encore traumatisé.»

Puis il y a eu un second interrogatoire le lendemain soir et un troisième un mois plus tard. «Ils m'ont dit qu'ils enquêtaient sur un oubli ou une négligence criminelle et ils m'ont posé des questions personnelles [...] sur ma relation avec la propriétaire. Je n'ai pas voulu répondre.» C'est aussi là qu'il a refusé le polygraphe. Un test dont il se méfie.

Depuis, il est au centre de toutes les rumeurs. Faute de réponses, les citoyens de L'Isle-Verte cherchent des coupables. «Mais je sors tous les jours. Je marche. Je vais à l'épicerie et les gens me disent bonjour.» Ça aide.

Il a hâte de raconter sa version au coroner. «Si on m'écoute.»

«Je suis un peu démoli. Ce n'est pas réparable, ce qui m'est arrivé. Ces gens-là étaient comme mes enfants et personne ne pourra m'enlever l'amour que j'avais pour eux.»




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