Une dizaine de firmes derrière des élections «clés en main»

(Québec) Une dizaine de firmes de l'industrie de la construction seraient impliquées dans des stratagèmes d'élections «clés en main» au municipal, a révélé Jacques Duchesneau, mardi. Le patron de l'Unité anticollusion (UAC) a également dénoncé les «vautours» qui financent illégalement les partis politiques.

Selon le stratagème des élections clés en main, une firme se charge de l'organisation de la campagne d'un candidat - du financement à la publicité - dans le but d'obtenir ensuite des contrats.

M. Duchesneau n'a pas voulu nommer les firmes en question ni les municipalités concernées. «On l'a entendu presque partout. Est-ce que je cible tout le monde? Non», a-t-il dit. Il a précisé que «plus on s'en va vers des petites villes, plus on a affaire à des élus qui n'ont pas les structures qu'ont des partis provinciaux ou des partis municipaux, et ils deviennent vulnérables. Et c'est là que vous voyez les élections clés en main». Il a ajouté que les élus municipaux, contrairement aux députés de l'Assemblée nationale, sont directement impliqués dans l'attribution de contrats, ce qui explique l'intérêt des firmes.

Jacques Duchesneau s'est engagé auprès du Directeur général des élections à joindre les sources qui lui ont fait part de ces manoeuvres électorales douteuses pour qu'elles se confient également à lui.

Selon M. Duchesneau, les «vautours» liés au milieu de la construction financent illégalement les partis politiques. Le sujet ne figurait pas initialement en haut de la liste de priorités de l'UAC. «C'est un sujet qui est délicat. Je ne suis pas suicidaire par nature...», a-t-il expliqué. Mais il est devenu impossible de ne pas en parler. «Trop de personnes nous ont dit, tous partis confondus, qu'il y avait une façon de s'approcher du politique en achetant des tables [à des activités de financement]», a-t-il souligné.

Des hommes d'affaires qui contrôlent le crime organisé «tentent de se trouver une noblesse» en s'associant à «toutes sortes de causes». «Vous allez immanquablement [les] voir dans les activités de financement de vos partis, que vous le vouliez ou pas», a-t-il prévenu les élus.

Ces «vautours» donnent à tous les partis, à la fois au provincial et au municipal. Et après les élections, ils «tentent de tirer les fruits». Il a toutefois indiqué qu'il n'a pas eu d'informations selon lesquelles il y avait une «intervention du politique dans l'octroi de contrats. Ça ne semble pas faire partie de la culture au niveau provincial». Mais c'est différent sur la scène municipale, a-t-il précisé.

M. Duchesneau n'est pas en mesure d'affirmer que des acteurs du crime organisé «s'acoquinent» avec les politiciens. Mais ils «participent au financement des partis [politiques]», a-t-il affirmé.

«Est-ce qu'ils le font comme représentants officiels de la mafia inc.? Je ne pense pas», a-t-il ajouté. Il a rappelé que le crime organisé s'est «raffiné» et utilise des méthodes «de plus en plus sophistiquées». Ses leaders se présentent aujourd'hui comme «des hommes d'affaires».

Il a donné cet exemple d'un entrepreneur qui a étouffé la concurrence. «On avait trois soumissionnaires et on a donné au plus bas soumissionnaire. Mais quand on regarde la petite histoire [...], ces trois compagnies appartenaient à la même personne.»

Selon M. Duchesneau, «les enquêtes menées par l'Unité anticollusion tendent à confirmer qu'il existe un système bien établi dans lequel financement politique et collusion dans l'industrie de la construction vont de pair». Et «le crime organisé est partie prenante de ce système».

Dans son rapport, Jacques Duchesneau fait non seulement mention du financement occulte des partis politiques, mais aussi de «l'enrichissement personnel de certains élus». A-t-il des cas précis et documentés? lui a demandé le péquiste Bertrand Saint-Arnaud. «On en a, a-t-il répondu. Ce n'était pas le but de notre recherche. Il y a encore des vérifications qui doivent être faites, mais c'est comme: si on ramasse beaucoup d'argent, il y en a un petit peu pour la cause puis il y en a un petit peu pour moi.» Il a précisé que ces cas ne font pas partie des 17 dossiers transmis à l'Unité permanente anticorruption. «Si j'avais à travailler ce dossier-là, dans un premier temps, je le travaillerais avec le Directeur général des élections, qui a des pouvoirs que nous n'avions pas, et parce que je pense que ça relève de sa juridiction», a-t-il souligné.

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