Quand les feuilles refusent de tomber

Début de décembre inhabituel dans l'île Sainte-Hélène. Comme... (Photo François Roy, La Presse)

Agrandir

Début de décembre inhabituel dans l'île Sainte-Hélène. Comme c'est le cas à divers endroits dans la grande région métropolitaine, de nombreux arbres sont encore entièrement couverts de feuilles.

Photo François Roy, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Changements climatiques

Environnement

Changements climatiques

Tout sur les changements climatiques »

Pierre Gingras

De nombreux arbres de la grande région métropolitaine sont toujours couverts de leurs feuilles. Elles devraient pourtant être tombées depuis des semaines. Séchées, recroquevillées, elles restent accrochées aux branches en dépit du gel, de la neige et du vent. Phénomène rare, beaucoup n'ont même pas changé de couleur au cours de l'automne. Explications.

UN AUTOMNE EXCEPTIONNEL

Le beau temps, les températures très douces et l'absence de gel important au cours de l'automne dans la grande région métropolitaine ont eu un effet insoupçonné sur une multitude d'arbres et arbustes. Les feuilles n'ont pas changé de couleur ou ont carrément « oublié » de tomber. On a même vu parfois des fleurs apparaître sur des lilas ou des pommetiers, comme au Jardin botanique, ou encore des bourgeons floraux sur le point d'ouvrir. Puis, du 9 au 10 novembre, la température est passée de 9 °C à -9 °C. Les feuilles ont gelé. Non seulement elles ne sont pas tombées, mais, étrangement, elles persistent à s'accrocher solidement aux branches.

UN MYSTÈRE NON RÉSOLU

Beaucoup d'espèces ornementales originaires d'Europe ou d'Asie perdent normalement leurs feuilles tardivement, souvent au début de novembre, n'étant pas totalement adaptées à notre climat. C'est le cas de l'érable rouge de Norvège, des lilas ou du nerprun, trois espèces très répandues chez nous. D'autres, comme le chêne fastigié d'Europe, très populaire à Montréal, conservent leurs feuilles fanées tout l'hiver. Par contre, le phénomène actuel touche aussi de nombreuses espèces indigènes, comme certains bouleaux, chênes ou tilleuls. « C'est inusité. Le hic, c'est qu'on ne sait pas vraiment pourquoi cette année ces feuilles restent attachées aux branches », indique Alain Cogliastro, chercheur en écologie forestière et botaniste au Jardin botanique.

UN CYCLE ININTERROMPU

En automne, lors du changement de coloration, la feuille cède progressivement ses réserves restantes pour les fixer à la branche en vue du prochain printemps. Il y a alors formation d'un bouchon au point d'attache de la tige qui entraîne la chute de la feuille. Il semble que ce phénomène ne s'est pas produit cette saison en raison des conditions météorologiques douces, explique Alain Cogliastro. Ce qui pourrait expliquer aussi pourquoi les feuilles sont si tenaces aux branches, même si elles devraient évidemment tomber au cours des prochains mois. « Manifestement, le climat n'a pas fini de nous surprendre », dit-il.

LES CONSÉQUENCES PRÉVISIBLES

Si l'adaptation progressive des arbres et des plantes à l'hiver (aoûtement) ne s'est pas faite normalement, les tissus tendres de l'extrémité des branches risquent de geler au cours de l'hiver. Les bourgeons qui ont produit des fleurs n'en produiront plus au printemps et ceux qui se sont gorgés d'eau risquent aussi de geler, ce qui pourrait entraver partiellement la floraison de certains arbres ornementaux et la production des arbres fruitiers. Cette situation, pas plus d'ailleurs que la chute particulièrement tardive des feuilles, ne devraient pas nuire à la santé des arbres. Les variétés ornementales plus fragiles pourraient cependant souffrir davantage.

CHEZ LES PÉPINIÉRISTES

En production commerciale, un automne clément présente un défi particulier. Début novembre, arbres, arbuste et vivaces sont couchés ou déposés sur le sol et recouverts de toiles isolantes pour être maintenus à une température constante jusqu'au printemps. Or cette année, l'opération s'est déroulée un peu trop tôt par rapport à l'activité biologique des végétaux, notamment parce que la main-d'oeuvre étrangère devait partir à date fixe. Les plantes étaient souvent couvertes de feuilles lors de l'entreposage et la température était élevée, conditions très propices à l'apparition de maladies, explique Marc Légaré, conseiller en pépinière à l'Institut québécois du développement de l'horticulture ornementale.

ATTENTION AU GAZON !

Ce n'est qu'au printemps prochain que l'on pourra mesurer les répercussions de l'automne sur nos arbres, si répercussions il y a. Même situation en pépinière et dans les centres de jardinage. L'agronome Claude Gélinas, de Varennes, conseille par ailleurs d'éviter que les feuilles ne s'accumulent sur le gazon, et de profiter des périodes de beau temps pour les éliminer ou de passer la tondeuse pour les déchiqueter. Elles peuvent faire pourrir la pelouse, dit-il. Les feuilles porteuses de maladies comme la tache goudronneuse de l'érable devraient aussi être éliminées, sans quoi les spores maléfiques se disperseront dès les premiers jours du printemps.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer