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Tuerie à Las Vegas: des armes pouvant tirer 600 balles à la minute

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Le tireur de Las Vegas a utilisé des fusils d'assaut faciles d'accès aux États-Unis et faciles à modifier pour les rendre plus létaux encore. Et bien que les règles sur le contrôle des armes à feu soient plus strictes au Québec, de tels fusils sont saisis à l'occasion dans la province. La Presse s'est entretenue avec deux balisticiens et un spécialiste du contrôle des armes à feu pour mieux comprendre la pire tuerie de l'histoire des États-Unis.

DES FUSILS D'ASSAUT MORTELS

Seulement en écoutant les vidéos produites par les témoins de la tuerie, Guillaume Arnet et Gilbert Desjardins ont reconnu le son caractéristique d'un fusil d'assaut. « Sur la vidéo, on entend trois rafales d'environ 100 balles tirées à plusieurs secondes d'intervalle. Déjà au niveau du son, on entend la cadence, d'autour de 600 coups par minute », résument ces deux balisticiens au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec. Au son, ils ont ainsi pu évaluer que la principale arme utilisée était de type AK-47 ou M16, munie d'un chargeur à haute capacité en munitions. Les médias américains ont rapporté hier que le tireur avait en sa possession 23 armes dans sa chambre d'hôtel, dont 2 fusils d'assaut de type AR-15, cousin civil du M16, installés sur des trépieds. « Il était bien équipé. Ce sont des armes peu dispendieuses et fréquentes aux États-Unis. Ce n'est pas compliqué de s'en procurer », dit Guillaume Arnet.

Quantité contre précision

Les fusils d'assaut sont conçus pour tirer de nombreuses balles en peu de temps, résume Francis Langlois, professeur au cégep de Trois-Rivières et membre associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. « Un fusil d'assaut est une arme intermédiaire entre une carabine, qui tire du gros calibre, et une mitrailleuse tirant très vite. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on s'est rendu compte qu'avoir des armes très précises dans les mains des soldats n'était pas utile : ça prenait des armes qui tirent beaucoup. Ce n'est pas vrai que les soldats prennent le temps de viser parce que s'ils ont le temps de viser, ils ont le temps de se faire tirer. » Avec ces armes, il suffit ainsi de maintenir le doigt sur la gâchette pour que toutes les balles du chargeur soient tirées.

Illégales, mais faciles à modifier

Voilà, les armes automatiques sont illégales aux États-Unis. Pour contourner cette interdiction, des modèles dits « civils » ont ainsi été développés en s'inspirant des armes militaires, comme l'AR-15, conçu à partir du M16. « La différence entre les fusils d'assaut militaires et ceux vendus sur le marché civil, c'est que ces armes sont semi-automatiques, c'est-à-dire que chaque fois qu'on appuie sur la gâchette, on tire une balle », dit Francis Langlois. Modifier une telle arme pour la rendre pleinement automatique est toutefois relativement simple. « Il faut enlever ou ajouter des pièces, selon le modèle d'arme. Ce n'est pas très difficile », dit Francis Langlois. Le professeur se rappelle d'ailleurs une tentative de la Californie pour renforcer l'efficacité des mécanismes de protection, mais « un mois plus tard, il y avait des vidéos sur YouTube pour montrer comment les contourner ». À noter, le Nevada ne limite pas la capacité des chargeurs. Le tireur a ainsi pu acquérir parfaitement légalement des chargeurs de 100 balles.

Longue portée

Les festivaliers pris pour cible à Las Vegas se trouvaient en plein dans la portée effective du tireur, qui s'était retranché à 400 mètres de là dans une chambre de l'hôtel Mandalay Bay. Situé au 32e étage de cet édifice qui en compte 43, l'homme se trouvait de plus à environ 110 mètres au-dessus du niveau du sol et avait ainsi un champ de vision dégagé sur le concert. « Il n'a pas choisi cette chambre pour rien. Il a probablement réservé celle-ci en particulier. Il voulait être dans le bon angle », dit Francis Langlois. Les fusils de type AR-15 ont une portée effective de 550 mètres. À cette distance, les balles ont perdu un peu de leur vitesse, mais elles demeurent mortelles, étant même encore capables de percer certains blindages, dit le balisticien Guillaume Arnet.

Tir de suppression

Selon les vidéos filmées par les témoins, les balisticiens Guillaume Arnet et Gilbert Desjardins évaluent que le tireur ne ciblait pas tant une personne en particulier mais cherchait à « arroser » la foule. En termes militaires, on parle d'un tir de suppression ou de zone d'abattage. L'idée est de tirer de nombreuses balles sur une zone pour « fixer » l'adversaire, c'est-à-dire le forcer à se mettre à l'abri et ainsi l'empêcher de répliquer. Cette technique est fréquemment utilisée pour couvrir des mouvements de troupes, mais dans une foule compacte de 22 000 personnes comme dimanche soir à Las Vegas, elle devient hautement létale.

Problème de surchauffe

Les vidéos révèlent également aux balisticiens québécois que le tireur a probablement fait surchauffer ses armes. « Ce qu'on remarque, c'est que dans les trois séquences de tir, la cadence est de moins en moins constante, ce qui peut être un indice de surchauffe de l'arme, explique Guillaume Arnet. Après 100 coups, l'arme devient très chaude. Il y a peu d'armes automatiques qui sont conçues pour une telle séquence de coups. Dans certains cas, on peut faire brûler le bois sur certaines armes. » C'est d'ailleurs la fumée s'échappant de ses armes qui aurait révélé aux policiers où se trouvait le tireur, l'alarme incendie s'étant déclenchée. Sans quoi, les policiers auraient dû fouiller les 3300 chambres du Mandalay Bay avant de trouver le tireur.

Et au Québec?

Même si les règles sur le contrôle des armes à feu sont nettement plus sévères qu'au Nevada, de telles armes se retrouvent néanmoins au Québec, disent les balisticiens du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale. Ceux-ci ont en effet pour mandat d'analyser toutes les armes saisies au Québec. « On en retrouve à Montréal. On reçoit au laboratoire des AK-47 automatiques », confie Guillaume Arnet. Les balisticiens confirment avoir déjà testé des armes saisies avec des chargeurs de 100 balles. Au Canada, la loi prévoit que les chargeurs doivent être limités à un maximum de cinq cartouches. Il est tout de même possible de se procurer légalement des chargeurs plus massifs, modifiés pour n'accueillir que cinq cartouches. Mais de simples modifications permettront d'y insérer 30, voire 100 balles. C'est d'ailleurs ce qu'avait fait Richard Henry Bain en septembre 2012, lui qui avait modifié son chargeur pour en augmenter la capacité en munitions lors de l'attaque du Métropolis.

Difficile de répliquer

Le hasard veut qu'un ardent promoteur des armes à feu, Dan Bilzerian, se trouvait au concert de Las Vegas. Celui-ci a diffusé une vidéo de lui s'enfuyant vers son véhicule afin, dit-il, de récupérer une arme et de confronter le tireur. Mais une telle réplique est pratiquement impossible, dit Francis Langlois. D'abord, les armes de poing n'ont pas une aussi grande portée que des fusils d'assaut. « Dans le noir, alors que le tireur est en hauteur et a une plus grande puissance de feu, ça ne fait pas de sens. » Ensuite, le facteur stress vient brouiller les cartes, l'adrénaline altérant les réflexes. En octobre 2015, un agent de sécurité de Tel-Aviv a abattu un homme d'origine érythréenne en croyant qu'il était un Palestinien qui venait de perpétrer une attaque. Ainsi, mieux vaut laisser agir les forces policières, qui sont entraînées spécialement pour intervenir dans ces circonstances, poursuit M. Langlois.




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