Demandeurs d'asile: la communauté haïtienne ébranlée

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Louise Leduc
La Presse

Pourquoi avoir utilisé le Stade olympique ? Pourquoi des tentes ? Les gouvernements canadien et québécois n'auraient-ils pas pu faire mieux ?

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Daphné Laracque

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Pour des Haïtiens réunis en colloque samedi à Montréal-Nord à l'initiative de jeunes leaders de leur communauté, l'arrivée importante de migrants a été très mal gérée et la réaction gouvernementale, choquante.

« L'idée d'utiliser le Stade olympique a donné l'impression que le Québec était sous le coup d'une invasion », a dénoncé samedi Frantz André, porte-parole du Comité d'action des personnes sans statut.

M. André, qui s'est rendu à Saint-Bernard-de-Lacolle, dit avoir été tout aussi choqué par toutes ces tentes qui ne font que replonger les Haïtiens « dans le traumatisme du tremblement de terre de 2010 ».

Amir Khadir, député de Québec solidaire, était présent au colloque. Lui non plus ne comprend pas que l'accueil des migrants soit aussi chaotique. « Nous avons de multiples édifices publics qui pourraient les héberger, notamment des hôpitaux vides. Je ne comprends pas qu'on n'ait pas recours à ces bâtiments et qu'on laisse les migrants à la frontière, dans des tentes, loin de la communauté qui est toute prête à offrir son soutien. »

À son avis, les gouvernements doivent envoyer des messages sans équivoque, « sans gêne et avec diligence », et démontrer qu'ils ne plient pas devant le ressentiment de certains.

Sacha-Wilky Merazil, qui s'est exprimé à titre de citoyen, a fait un vibrant plaidoyer pour les migrants « qui ont tout laissé dans l'espoir d'une vie meilleure. Ces gens ne s'attendent pas à une faveur, mais à ce qu'on les accueille dignement ».

FAUSSES RUMEURS ET COMMENTAIRES HAINEUX

Au micro, de nombreux intervenants ont corrigé certaines fausses perceptions, rappelant notamment que le fait que Montréal ait le statut de « ville sanctuaire » a été mal interprété.

La réalité, a dit Daphney Laraque, c'est que ce statut donne essentiellement aux migrants la possibilité d'avoir recours à certains services publics, d'envoyer leurs enfants à l'école, par exemple.

« Ça ne veut pas dire qu'on y est accueilli sans restriction. Ceux qui arrivent ici risquent tout aussi bien d'être arrêtés et expulsés. »

Mme Laracque a ensuite rappelé que chaque dossier est analysé à la lumière des règles en vigueur.

Les fausses rumeurs de toutes parts ont donc donné l'illusion aux uns que le Canada accueillait chacun à bras ouverts, et aux autres que le pays était une passoire, ce qui a valu à la communauté haïtienne son lot de commentaires haineux.

« Le racisme exprimé à l'égard de la communauté haïtienne sur les réseaux sociaux est inacceptable, a dit en entrevue Émilie Nicolas. Ce racisme témoigne certes du fait que la droite anti-immigration est de plus en plus organisée au Québec. Heureusement, beaucoup de Québécois prennent la peine de dire haut et fort qu'ils sont opposés à ce discours et ça, c'est important. »

Daphné, qui a préféré ne pas donner son nom de famille, a souligné que ces dernières années, « c'étaient plutôt les musulmans qui subissaient cela. Mais je n'ai pas été étonnée outre mesure par les commentaires négatifs. Le racisme à notre égard est cyclique. Il suffit d'un déclencheur pour que le bal reparte ».

« Je me pose la question, a dit en entrevue Amir Khadir. Aurait-on réagi ainsi si ça avait été des Italiens qui avaient frappé à notre porte ? »




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