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Fermeture d'un centre pour handicapés: une décision «cruelle»

Maxime Jacob, 37 ans, qui souffre de plusieurs handicaps... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Maxime Jacob, 37 ans, qui souffre de plusieurs handicaps et d'autisme, est l'un des 15 locataires de la Résidence Yellen qui ont été relogés hier matin à la suite de la décision du CISSS des Laurentides.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

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Une quinzaine de personnes lourdement handicapées ont été déménagées d'urgence de leur centre d'hébergement de Sainte-Adèle, hier, une décision « cruelle et inhumaine », dénoncent des familles.

Les parents ont été informés mardi soir que le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides fermait la Résidence Yellen et que leurs enfants seraient relogés ailleurs deux jours plus tard. Certaines familles n'avaient même pas été mises au courant, à cause de la période des vacances.

Pour justifier cette précipitation, le CISSS invoque des « risques pour la sécurité des résidants », à la suite d'allégations de menaces, après une mésentente entre les administrateurs du centre.

« Bullshit ! C'est seulement un prétexte pour fermer le centre pour des raisons financières », dénonce Christiane Jacob, qui était en pleurs lorsque son fils Maxime a été contraint de monter dans un minibus de transport médical hier matin. « Je n'ai jamais vu de menaces à la sécurité. On n'a même pas notre mot à dire sur l'endroit où ils sont envoyés. »

Les parents sont d'autant plus ulcérés que les 15 résidants avaient déjà été déplacés il y a un an et demi. Ils habitaient alors le Pavillon Sainte-Marie, autre résidence pour handicapés fermée par le centre régional en raison de sa vétusté.

« Se faire barouetter comme ça, ils ne réalisent pas l'impact que ça peut avoir sur des personnes handicapées et leurs familles. Ça les perturbe énormément, et ils sont déjà très vulnérables, incapables de s'exprimer. »

- Marie-France Bélisle, qui s'inquiète pour son fils Benoît

Pour la plupart dans la trentaine ou la quarantaine, les locataires de la Résidence Yellen souffrent de graves handicaps physiques, de retards mentaux et de troubles du comportement. La plupart ne parlent pas. Ils sont tous en fauteuil roulant et certains doivent être nourris par gavage.

« Un déménagement sans préavis comme ça, c'est inhumain et c'est cruel, lance Christiane Jacob. Il y a des parents qui ne peuvent même pas être là. Et ils essaient de nous faire croire que c'est pour la sécurité des patients ? Mon oeil ! »

MENACES SÉRIEUSES

Les parents ou tuteurs n'ont pas été consultés et n'ont pas donné leur autorisation au déménagement, comme ce devrait normalement être le cas.

Le CISSS a agi sans cette autorisation habituelle en raison de l'urgence de la situation, a expliqué Jean-Philippe Cotton, directeur du programme de déficience intellectuelle et physique au CISSS.

« On a été informés d'allégations de menaces suffisamment sérieuses pour qu'il y ait une plainte à la police, que les serrures soient changées et que des agents de sécurité soient embauchés. On craignait pour la sécurité des résidants. »

- Jean-Philippe Cotton

Un tel bouleversement peut avoir des impacts importants sur le comportement de personnes handicapées, qui ont peu de moyens de s'exprimer, reconnaît le gestionnaire. « Mais en dernier recours, on n'avait pas le choix », soutient-il, sans pouvoir fournir de détails sur les menaces alléguées ni préciser en quoi elles mettaient en danger les résidants.

CHICANES D'ASSOCIÉS

L'un des propriétaires de la résidence, Paul Yelle, affirme que c'est pour des raisons financières qu'on les oblige à mettre la clé sous la porte.

« On leur coûtait trop cher parce qu'on voulait donner une douche chaque jour aux résidants, qu'on embauchait des employés spécialisés et qu'on voulait les payer plus que le salaire minimum. »

- Paul Yelle

Avec un associé, M. Yelle a acheté l'ancien hôtel L'eau à la bouche et a ouvert la résidence en 2016, en accueillant 15 locataires du Pavillon Sainte-Marie à la demande du CISSS.

Pour assurer la rentabilité des activités, ils voulaient accueillir 15 résidants de plus. Comme ils avaient besoin de financement pour faire les rénovations nécessaires, ils se sont adjoint deux associés supplémentaires, le printemps dernier.

Ce sont des frictions avec ces deux nouveaux associés, en plus de tensions avec le CISSS, qui auraient mené à la querelle. Selon Paul Yelle, leurs nouveaux partenaires voulaient les évincer de la gestion de la résidence.

C'est dans ce climat que certaines de ses paroles, mal comprises et répétées hors contexte, auraient été prises pour des menaces de mort envers son ex-associée. « Mais il n'y a eu absolument aucun impact pour les résidants », assure-t-il.

À cause de toute cette histoire, M. Yelle est en congé pour épuisement professionnel depuis quelques mois. Il s'est présenté sur les lieux hier matin, mais il est resté à l'écart. Une employée du CISSS a néanmoins fait appel à la Sûreté du Québec pour le faire expulser. Après avoir fait des vérifications, les policiers ne sont finalement pas intervenus.

Selon Jean-Philippe Cotton, la fermeture n'a rien à voir avec les coûts de fonctionnement.

« Oui, il y avait des enjeux de viabilité financière, mais ce n'est pas du tout lié à la décision de reloger les résidants », assure-t-il.

PARENTS TENUS DANS L'IGNORANCE

Les parents des résidants sont estomaqués que leurs enfants fassent les frais d'une telle histoire. « S'il y avait un problème, c'était au CISSS d'apporter son soutien pour éviter la fermeture, souligne Christiane Jacob. Qu'ils ne viennent pas dire que c'est une décision humaine. »

« Je leur ai dit que je n'étais pas d'accord, mais on a été mis devant le fait accompli », dénonce Alain Bureau, père d'Alexandre, qui sera envoyé dans un centre à Saint-Jérôme. M. Bureau n'a pas pu visiter le nouveau lieu de vie de son fils : en vacances à l'extérieur du Québec, il a été informé du déménagement mercredi matin seulement, trop tard pour rentrer à temps.

« Sa mère ne le sait pas encore, elle est dans une pourvoirie où il est impossible de la joindre. Elle sera dans tous ses états en apprenant ça à son retour. »

- Alain Bureau

Alexandre souffre de déficience intellectuelle et physique sévère. « Il ne parle pas, ne mange pas seul. Son corps doit toujours être attaché au complet sur sa chaise parce que sinon, il tombe par terre, explique M. Bureau. Mais depuis qu'il était à la résidence Yellennn et qu'il y avait une certaine stabilité du personnel, on n'avait jamais vu notre garçon s'épanouir autant. »

Les familles s'inquiètent de la qualité des soins que recevront dorénavant les personnes handicapées. Certaines résidences familiales où ils déménagent sont tenues par des couples qui n'ont pas de formation spécifique pour s'occuper d'une clientèle lourdement handicapée.

« Pour s'occuper de certains cas, ça ne prend pas nécessairement une formation, mais simplement des gens de coeur, avec un bon soutien d'équipes spécialisées », répond Jean-Philippe Cotton.




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