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Des inondations encore plus graves n'eût été d'Hydro-Québec

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Cette voiture a été abandonnée à l'intersection de la rue de Val-Brillant et du chemin du Bord-de-l'eau, à Laval.

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(Québec) La gestion serrée de barrages et de réservoirs situés à des centaines de kilomètres de Montréal a probablement évité que les dommages causés par la crue printanière soient plus catastrophiques encore à Gatineau et dans la métropole. Malgré tout, les sinistrés qui espèrent un recul des eaux devront s'armer de patience : la situation ne sera pas revenue à la normale avant juin.

EN JUIN SEULEMENT

Les sinistrés, partout, devront s'armer de patience. Il faudra attendre la semaine prochaine pour observer une « décrue », ont confié des sources au gouvernement du Québec. L'Ontario était aussi aux prises avec des pluies exceptionnelles - le métro de Toronto a même dû être fermé à cause des pluies. Au Québec, les débits vont ralentir, mais très lentement. Et il faudra attendre le début du mois de juin pour que les débits retrouvent le niveau des « inondations mineures », normal pour cette période de l'année.

UN RÉSERVOIR NÉVRALGIQUE

Pendant l'hiver, Hydro-Québec a augmenté le débit du barrage Mercier, près de la réserve faunique La Vérendrye, ce qui a fait baisser le niveau du réservoir Baskatong, dont il retient les eaux. Cela permet maintenant d'emmagasiner des millions de litres d'eau de fonte et de pluie qui ferait des ravages si elle coulait sans obstacle jusqu'à Montréal. « Si on n'avait pas fait cette gestion, le niveau du lac des Deux-Montagnes serait 50 centimètres plus haut qu'il l'est actuellement », a résumé le porte-parole d'Hydro-Québec Louis-Olivier Batty. En fin de journée, hier, le réservoir absorbait l'eau à un rythme de 700 mètres cubes par seconde.

UN DÉTOUR PRÈS DE L'ONTARIO

Hydro-Québec a dû détourner vers la frontière avec l'Ontario une partie des crues des ouvrages dans le nord de la rivière des Outaouais, de l'eau qui reviendra au Québec, au barrage Carillon, dans deux ou trois semaines. En fin de semaine dernière, Hydro-Québec a pu faire une dérivation pour plus de 100 mètres cubes par seconde à la hauteur du réservoir Cabonga, dans la réserve faunique La Vérendrye. Grâce à des vannes évacuatrices, l'eau est envoyée vers le réservoir Decelles, puis vers le lac Témiscamingue. Montréal recevra cette eau vers la fin du mois de mai, ont expliqué à La Presse des sources au courant du dossier.

APPROBATION INTERNATIONALE

Cette opération a nécessité l'approbation de la commission mixte internationale chargée de surveiller le bassin hydrique ; le Québec et l'Ontario sont membres, mais aussi les États américains riverains des Grands Lacs. Les États-Unis, notamment le gouverneur de New York Andrew Cuomo, souhaitaient envoyer davantage d'eau dans le Saint-Laurent. Le lac Ontario est déjà à seulement un centimètre de sa capacité maximale. La commission mixte reste imperméable aux pressions politiques et n'agit qu'en fonction de l'opinion de scientifiques, assure-t-on à Québec.

UN RÔLE CLÉ EN MAURICIE

Au nord, un barrage empêche l'eau de s'échapper du gigantesque réservoir Gouin. Ce goulot d'étranglement permet de contrôler le niveau de la rivière Saint-Maurice en aval. Hydro-Québec calcule que sur l'ensemble du bassin versant, ses installations permettent de retenir 3000 mètres cubes d'eau chaque seconde. C'est 45 % du débit total à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice.

UN RÔLE NÉVRALGIQUE

Les inondations des derniers jours ont mis en relief le rôle névralgique du vaste réseau de barrages et de réservoirs du Québec. En Outaouais, ces ouvrages ont pour objectif principal de contrôler les crues printanières, et non de produire de l'électricité comme c'est le cas à la Baie-James, explique François Brisset, professeur à l'École de technologie supérieure (ETS) et spécialiste en hydrographie. « Les rivières Gatineau et des Outaouais ont toujours créé des problèmes d'inondations, dit-il. C'est pour ça qu'on a commencé à faire des réservoirs. »

LE SOUVENIR DE 1974

En 1974, le sud du Québec a été ravagé par les pires inondations de son histoire. À Maniwaki, à une centaine de kilomètres au sud du réservoir Baskatong, 1000 résidences ont été inondées cette année-là, et 3000 personnes ont dû être évacuées. « En 1974, il n'y avait pas de régularisation du réservoir Baskatong comme ça, relate le maire de la municipalité, Robert Coulombe, qui a vécu les crues à l'époque. On a eu des pluies et le réservoir était à plein débit. » Le réservoir étant plein à ras bord, il a fallu ouvrir complètement les vannes du barrage Mercier. Son débit est passé de 250 mètres cubes par seconde... à 2500 mètres cubes par seconde. Depuis cette époque, Hydro réduit chaque année le niveau des réservoirs pour éviter d'être surprise comme en 1974. Cette année, un seul immeuble a dû être évacué à Maniwaki, un CHSLD. « Dans l'ensemble, on se considère chanceux lorsqu'on voit ce qui se passe un peu partout, que ce soit sur le Saint-Maurice, à Gatineau ou des secteurs le long du fleuve qui sont durement touchés », a résumé le maire Coulombe.

UN EXERCICE DÉLICAT

La gestion des réservoirs paraît simple, mais il s'agit d'un exercice politique délicat. En été, ces plans d'eau attirent des pêcheurs et des touristes. Cette activité économique est vitale dans certains secteurs, et elle serait compromise si le niveau du réservoir était trop abaissé pour protéger les villes en aval. Les gestionnaires doivent donc trouver un point d'équilibre. « Si on décide demain matin qu'on baisse le niveau du réservoir Baskatong pour protéger des inondations, les gens de pourvoiries, les commerces et les ZEC vont tous appeler au bureau du ministre pour se plaindre que le niveau est trop bas, illustre François Brisset, professeur à l'ETS. Ce sont des usages conflictuels. »




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