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L'inefficacité coûte cher à la SAQ, selon une étude de HEC Montréal

Selon l'étude du Centre sur la productivité et... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, Archives La Presse)

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Selon l'étude du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, la SAQ donne davantage d'argent au gouvernement, mais essentiellement à cause d'une croissance des ventes et non parce qu'elle a su améliorer ses pratiques.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, Archives La Presse

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Même si elle dispose d'un quasi-monopole sur la vente de vin et de spiritueux, la Société des alcools du Québec (SAQ) n'a pas amélioré son fonctionnement depuis près de 30 ans. Elle donne davantage d'argent au gouvernement, mais essentiellement à cause d'une croissance des ventes et non parce qu'elle a su améliorer ses pratiques. C'est ce que constate le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, dans une étude dirigée par l'économiste Robert Gagné.

DANS LE DÉTAIL, UNE MORT CERTAINE

Selon M. Gagné, il est bien difficile de chiffrer le manque à gagner pour Québec. Mais le gouvernement devrait, selon le groupe, « revoir ses exigences à l'égard de la SAQ ». « Plutôt que de ne fixer que les cibles à atteindre en matière de dividendes, le gouvernement doit établir des objectifs clairs en matière de croissance de la productivité. Dans le commerce de détail, une entreprise qui n'aurait pas augmenté son efficacité depuis 30 ans serait morte aujourd'hui », tranche M. Gagné dans un entretien avec La Presse. L'étude ne propose pas de pistes précises pour maximiser l'efficacité ; c'est à la SAQ et non au gouvernement de proposer des solutions. « Ils se prétendent experts de la vente d'alcool, alors qu'ils nous expliquent pourquoi il n'y a pas de gains d'efficacité depuis 27 ans. »

RECETTES DE 1,7 MILLIARD

En tout, le commerce de l'alcool procure annuellement au gouvernement des recettes de 1,7 milliard. La taxe spécifique sur les boissons alcooliques - 50 cents par litre de bière vendu et 1,12 $ par litre pour les autres produits - procure 600 millions aux fonds publics. La vente au détail par le quasi-monopole de la SAQ a permis de récolter 1 milliard de plus selon les chiffres de 2015. En additionnant les deux sommes, on débouche sur un constat surprenant : cela équivaut au quart de tout l'impôt payé par les entreprises privées.

DIVIDENDE EN HAUSSE

Le bénéfice net réel de la SAQ est 1,7 fois plus important qu'à la fin des années 80. Entre 1997 et 2003, le nombre d'employés a augmenté rapidement, de 3131 à 4803. « La productivité du travail de la SAQ a diminué au moment où elle a étendu ses activités. Son expansion étant vraisemblablement trop rapide », observe l'étude. Par la suite, le nombre d'heures travaillées a été maintenu constant, ce qui a contribué à accroître la productivité.

DÉSAVANTAGES DU VIRAGE COMMERCIAL

Le « virage commercial » de la SAQ, la période 1994-2003 où la SAQ a multiplié ses points de vente en épicerie et en dépanneur, a fait diminuer la productivité. Entre 1999 et 2001, le nombre de ces « agences » a augmenté de 160 %, et le nombre de succursales a grimpé de 17 % (près de 60 magasins). Le nombre d'employés a grimpé surtout en 1998 et en 2000, deux années où la productivité a chuté de manière importante. Depuis 2006, la SAQ est engagée dans un « virage gouvernance » qui, grâce au plafonnement des heures travaillées, a généré plus d'efficacité. « L'expansion des activités de la SAQ découlant du virage commercial s'est effectuée au détriment de son efficacité [...]. Elle n'est pas parvenue à tirer pleinement avantage de cette expansion. »

DEPUIS 2000

Depuis 2000, la SAQ a fait les mêmes gains de productivité que la LCBO chez nos voisins ontariens. L'efficacité a augmenté de 23 %, même si la croissance s'est matérialisée à des moments différents. Fait significatif, les deux sociétés, qui jouissent d'un quasi-monopole, n'ont pas fait mieux que l'ensemble du secteur du commerce de détail au Québec. « Malgré des marges nettement plus élevées que la moyenne de l'industrie et un contrôle quasi total sur le marché, la SAQ n'a pas été en mesure de dégager davantage de richesse de ses activités que la moyenne de l'industrie. » En scrutant la période d'après 2000, on ne tient pas compte de la fin des années 90. En tenant compte de « la chute drastique » de cette période, « la SAQ afficherait un retard considérable par rapport au secteur du commerce de détail ».

MONOPOLE PAS ASSEZ SURVEILLÉ

Pour Robert Gagné, c'est l'existence d'un monopole étatique qui a freiné l'amélioration des pratiques de la SAQ. Les conditions de travail des employés, plutôt généreuses, ne sont pas en cause. La LCBO, qui bénéficie aussi de l'exclusivité de la vente d'alcool en Ontario, n'est pas en meilleure position. « Il faut surveiller tout monopole, public ou privé. De toute évidence, c'est un monopole qu'on n'a pas surveillé, le gouvernement s'est contenté de prendre son dividende annuel. » Avec un tel marché « offert sur un plateau d'argent », Québec devrait monter la barre, être plus exigeant et demander par exemple : « Pourquoi les prix ne baissent pas quand le dollar canadien s'apprécie ? »

UNE FIN DU MONOPOLE SERAIT « SALUTAIRE »

« Il n'y a aucune justification à ce que l'État gère une chaîne de commercialisation d'alcool », observe Robert Gagné. On se rabat sur une solution acceptable politiquement. Pour l'économiste, « la privatisation de la SAQ serait la pire erreur qu'on pourrait faire. Créer un monopole privé serait une erreur, le gouvernement nous a montré qu'il est incapable de surveiller efficacement ». Pour M. Gagné, c'est la fin du monopole qui serait salutaire. « L'État n'a rien à voir avec la vente d'alcool, pas plus qu'avec la vente de tondeuses. » La solution idéale ? « Que le gouvernement se retire de la vente d'alcool, mette une belle taxe, au volume, sur la vente d'alcool. Ce serait plus simple, mais c'est rêver en couleur ! » « Dans bien des régions, il y a une pharmacie, un bureau de poste et la SAQ. Bien des députés n'aimeraient pas que la SAQ ferme. Mais c'est de la politique, et je suis économiste ! »

SUR LA SELLETTE

La SAQ est de plus en plus sur la sellette. « Dès qu'on les observe, ils réagissent », mentionne M. Gagné, à propos de la baisse générale des prix annoncée en octobre. L'an dernier, le rapport de la commission présidée par Lucienne Robillard pour la révision des programmes gouvernementaux - dont faisait partie M. Gagné - soulignait déjà le manque d'efficacité de la SAQ. Le Vérificateur général a aussi ajouté sa voix aux critiques. Devant le plan d'affaires soumis par la Société, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a renvoyé les administrateurs à leur table de travail. Appelée à commenter l'étude de HEC Montréal, qu'elle n'a pas lue, la directrice des affaires publiques de la SAQ, Anne-Sophie Hamel-Longtin, a souligné que « la [Société] est très engagée dans une démarche lui permettant d'améliorer sa productivité. Les gains d'efficience réalisés au cours des dernières années ont déjà permis la mise en place de mesures concrètes, au bénéfice du client ».

AU TOUR DE LOTO-QUÉBEC ET D'HYDRO-QUÉBEC

La SAQ est la première des sociétés d'État commerciales scrutées par le Centre sur la productivité et la prospérité. Loto-Québec et Hydro-Québec auront leur tour. Mais le groupe se heurte à des réticences importantes de ces organismes, « qui se cachent à qui mieux mieux derrière la Loi sur l'accès à l'information ». « Le pire des trois, c'est Hydro-Québec. Pour les données avant 2006, on nous répond que comme la loi ne les force pas à conserver les données antérieures, elles sont détruites ! », ironise Robert Gagné, convaincu « qu'ils n'ont rien détruit, mais se cachent derrière la loi ».

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