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Les spécificités du Québec exploitées par les «gourous» du djihad, selon une étude

La poussée de l'intégrisme religieux a été difficile... (Photo HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, Archives LA PRESSE)

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La poussée de l'intégrisme religieux a été difficile à gérer pour les établissements scolaires, surtout au collège de Maisonneuve, dont cinq ex-élèves sont partis en Syrie, quatre ont été stoppés alors qu'ils tentaient de partir et deux ont été arrêtés et accusés d'avoir fomenté un attentat au Québec.

Photo HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, Archives LA PRESSE

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Le Québec est une société distincte en matière de djihadisme. C'est du moins ce que suggère la première étude empirique sur la récente vague de radicalisation en milieu scolaire, dévoilée hier par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. L'organisme, qui estime que de 20 à 30 Québécois sont présentement en Syrie et en Irak aux côtés de groupes terroristes, a identifié des thèmes et de traits singuliers bien de chez nous qui, exploitées par des « gourous » charismatiques, ont poussé des jeunes à vouloir partir à la guerre.

Différents des Européens

En Europe, même si la situation évolue d'année en année, les jeunes attirés par le terrorisme et l'islamisme radical sont souvent issus de milieux marginalisés, exclus, pauvres, peu éduqués. Ils ont souvent trempé dans la délinquance et séjourné en prison, sentent qu'ils n'ont aucun avenir en Occident. « À de rares exceptions près », ce profil ne concerne pas les jeunes d'ici qui souhaitaient partir en Syrie, selon l'étude. Certains étaient d'ailleurs de bons élèves. « Au Québec, la marginalisation sociale et la délinquance ne semblent pas constituer jusqu'à présent des éléments probants du parcours de radicalisation observés. »

Plus identitaires que spirituels

Les jeunes étudiés par les chercheurs ne provenaient pas de familles extrêmement religieuses et, pendant la majeure partie de leur vie, n'étaient pas particulièrement pratiquants. Les entrevues menées avec certains d'entre eux ou avec leur entourage montrent qu'ils sont soudain devenus très rigides, voire « obsédés » par la religion, mais qu'il s'agissait surtout d'une identité de groupe, qui séparait le monde entre « nous » et « eux », entre les bons et les méchants, plutôt que d'un vrai cheminement spirituel.

Des agents de radicalisation

« C'est comme un gourou, un chef de secte », explique le directeur du Centre, Herman Deparice-Okomba, au sujet des « agents radicalisateurs » qui manipulent les jeunes. Ces « gourous » ne sont pas identifiés dans le rapport, mais des témoignages évoquent leurs discours « ambigus » sur la situation en Syrie et la façon d'y réagir. « [Il] ne nous a jamais directement dit d'aller en Syrie, mais il nous a inspirés à y aller à travers les choses qu'il nous racontait sur la religion », a raconté un jeune. « Dans bien des cas, ces agents de radicalisation ont considérablement participé à attiser la colère, à "semer la haine" chez les jeunes », dit le rapport.

Charte des valeurs et accommodements

Deux débats sociaux récents, ceux sur la Charte des valeurs et les accommodements raisonnables, étaient souvent évoqués lors des entrevues des chercheurs. Certains jeunes musulmans avaient été ébranlés, se sentaient stigmatisés ou craignaient de l'être, et d'habiles prédicateurs auraient utilisé ces sentiments pour faire germer un rejet de la société québécoise et du vivre-ensemble, selon l'étude. « Ce n'est pas tant le débat autour de la Charte et des accommodements raisonnables. C'est comment certains agents de radicalisation ont utilisé, exploité ce débat », explique M. Deparice-Okomba.

Des motifs divers

La quête d'identité, le besoin d'obtenir des réponses quant à certaines réalités sociales, le goût de l'aventure, le désir d'être utile dans le monde : voilà plusieurs facteurs qui peuvent inciter un jeune à vouloir partir vers une zone de guerre, souligne Benjamin Ducol, responsable de la recherche au Centre. L'étude révèle que plusieurs des jeunes Québécois qui voulaient partir vers la Syrie souhaitaient vivre un « islam pur », idéalisé. Les filles parlaient davantage de travail humanitaire et d'aider la population locale. Les garçons envisageaient davantage un rôle combattant.

Gestion ardue au cégep

Même si elle ne touche qu'une infime minorité d'élèves, la poussée de l'intégrisme religieux a été difficile à gérer pour les établissements scolaires, surtout au cégep de Maisonneuve, où cinq ex-élèves sont partis en Syrie, quatre ont été stoppés alors qu'ils tentaient de partir et deux ont été arrêtés et accusés d'avoir fomenté un attentat au Québec. Un lieu de méditation et ressourcement a été accaparé par un groupe de jeunes musulmans radicalisés, des gens de l'extérieur venaient y participer à la prière, des attitudes de plus en plus intransigeantes se sont manifestées. La situation a fini par mener à des conflits, de l'intimidation, des tensions entre élèves ou avec le personnel et une dégradation du vivre-ensemble, souligne l'étude.

Des pistes de solution

L'étude propose plusieurs pistes de solution, notamment la création de balises et de l'encadrement pour le fait religieux dans les établissements d'enseignement, un suivi des jeunes plus vulnérables, même lorsqu'ils changent d'établissement, et des formations à l'esprit critique pour éviter l'endoctrinement des élèves. Herman Deparice-Okomba a par ailleurs lancé un message aux jeunes pour qu'ils sachent « qu'il est possible d'être québécois et musulman », et que « la violence n'est pas une option au Québec ». Quant aux parents qui vivent ces problèmes avec leurs enfants, « nous les considérons également comme des victimes. Le Québec comprend leur vécu », a-t-il assuré.

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