Le nom composé en voie de disparition au Québec

Le nom composé n'est plus attribué qu'à un enfant... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le nom composé n'est plus attribué qu'à un enfant sur 10 au Québec.

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Louise Leduc
La Presse

Après avoir été donné à 22% des nouveau-nés en 1992, le nom composé - les Laurendeau-Bigras et Giroux-Lamontagne - n'est plus attribué qu'à un enfant sur 10. Pourquoi la mère ne transmet-elle son nom que très rarement? Qu'est-ce qui motive les couples à adopter ou à rejeter le nom composé? Une étude sur la question révèle à quel point le choix du nom, loin d'être innocent, charrie à la fois des traditions fortes, des valeurs ou des souffrances.

Dans les Cahiers québécois de démographie publiés ce printemps, quatre chercheurs, Laurence Charton, Louis Duchesne, Denise Lemieux et Françoise-Romaine Ouellette, font le compte rendu de leur étude qualitative réalisée auprès d'un échantillon de 25 personnes dont le profil correspond à peu de choses près à la répartition des noms transmis aux enfants en 2010.

«C'était pour suivre la tradition, dira un père dont l'enfant porte son nom et dont la conjointe a un nom composé. On ne voulait pas qu'il ait trois noms de famille.»

«Pour moi, c'était naturel qu'il ait le nom du père, explique une mère. Mon frère va peut-être avoir des garçons, ça va pouvoir continuer la lignée.»

Au surplus, selon elle, les noms composés sont plutôt donnés aux «bébés-accident», par les couples qui ne sont pas solides ou qui envisagent de se séparer.

Une autre mère de l'étude pense la même chose. En donnant le nom de son conjoint à leur enfant, elle cherchait à le reconnaître comme père, mais aussi à faire savoir que son couple est stable, solide.

«Moi, dira une autre, je porte juste le nom de mon père, puis je ne suis pas morte. [Le nom composé], ça fait prétentieux. [...] Ça fait péteux de broue. Ça fait hautain.»

Les mères prennent «tellement d'importance dans l'éducation des enfants que le nom, moi, ça, je laisse aller, puis je ne me sens pas mal du tout», enchaîne-t-elle.

Un des pères cités résumera la pensée de plusieurs autres hommes interviewés. Pour lui, la transmission du nom est une question de reconnaissance de son rôle.

Lorsque les chercheurs lui ont soumis que la mère, elle aussi, pourrait aimer transmettre son identité, il a admis «que c'est un peu dommage pour elle, mais en même temps, [...] que c'est un choix qui s'effectue à deux». «En fait, ça m'aurait pas tant dérangé que ce soit le nom de la mère.»

Certaines femmes ayant elles-mêmes reçu cet héritage féministe du nom composé choisissent de ne transmettre que le nom du père à leur enfant. C'est le cas de Geneviève, dont les parents se sont séparés quelques mois après sa naissance. Pour elle, son nom composé est un dur rappel du conflit qui a empoisonné son enfance. Craignant que le fait de choisir entre ses deux noms de famille puisse raviver la rancoeur qui s'est apaisée au fil des ans, elle a voulu faire «moins compliqué» et transmettre le seul nom de son conjoint à son enfant.

Reconnaissance des deux lignées ou de l'égalité

Les raisons de ceux qui décident de donner un nom composé à leurs enfants sont tout aussi variées. Certains le font pour respecter les deux lignées. D'autres cherchent plutôt à donner un nom absolument unique à leur enfant. Enfin, le nom composé peut être choisi par respect de l'égalité entre les parents.

Une des personnes interviewées expliquera avoir reçu un nom composé à la naissance et avoir vite laissé tomber le nom de son père, qu'elle n'a jamais connu. «Dans mon cas, mon nom de famille est très porteur de ce que je suis, d'où je viens, de mon héritage, puis de ce que je n'ai pas, aussi. Mon nom représente bien ce qu'il n'y a pas, chez moi, c'est-à-dire un père.»

Il lui est donc apparu important que sa fille ait trace de ses deux lignées et que son nom n'évoque aucune absence. Le père et la mère sont dans le décor, les deux figurent aussi à l'état civil.

Certains couples choisissent de transmettre leur nom en alternance: par exemple, le premier enfant aura le nom du père, le deuxième, le nom de la mère. D'autres parents choisissent d'instaurer des lignées de filles et des lignées de garçons, le nom du père étant ici transmis aux garçons et celui de la mère, aux filles. D'autres procèdent même par tirage au sort.

Ce que concluent les chercheurs de tout cela? «La réforme législative sur le nom au Québec a contribué à transformer les connotations associées au nom, celui hérité exclusivement d'une mère, par exemple, mais aussi à réfléchir à la question de l'égalité entre les sexes, où le patronyme pourrait être choisi pour compenser une asymétrie biologique.»

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