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Formation des pompiers: l'aide gouvernementale ne suffirait pas

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

Les mesures annoncées par Québec seraient loin de suffire pour empêcher une autre tragédie comme celle survenue à L'Isle-Verte, selon ce qu'a appris La Presse Canadienne.

Les pompiers de bon nombre de localités peineraient encore à combattre un tel incendie et ce n'est pas près de s'arranger. Les municipalités risquent de manquer d'argent et de temps pour former leurs pompiers conformément au rapport du coroner Cyrille Delâge portant sur ce désastre, craint la Fédération québécoise des municipalités (FQM).

Le programme d'aide de 19,5 millions $ sur cinq ans du gouvernement visant à former les pompiers volontaires ou à temps partiel pourrait être en effet bien insuffisant, vu l'ampleur de la tâche et les délais serrés. «On a certaines inquiétudes, a expliqué le président de la FQM, Richard Lehoux, dans une entrevue à La Presse Canadienne diffusée lundi. Est-ce que les sommes seront au rendez-vous s'il y a une demande additionnelle de formation?»

Beaucoup de maires et de conseillers ont déjà manifesté leurs inquiétudes à la FQM, depuis le dépôt du rapport Delâge il y a deux semaines, et les municipalités et MRC vont adopter des résolutions dans les prochaines semaines pour faire part de leurs préoccupations, a expliqué M. Lehoux.

Il a déploré les lacunes du programme annoncé en décembre par la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault. Québec accorde un montant maximal de 1625 $ pour la formation de base d'un candidat-pompier, alors que le cours coûte au moins 5000 $ à de petites municipalités dont les budgets sont limités. En plus, Québec plafonne à 13 000 $ le montant accordé pour former une cohorte, peu importe le nombre de candidats.

Et incidemment, l'École nationale des pompiers, qui donne la formation et la valide, a décidé de doubler ses droits de scolarité, qui sont passés d'un peu plus de 600 $ à 1385 $, au moment où le gouvernement a choisi de hausser son aide aux municipalités, ce que dénonce M. Lehoux.

Or actuellement les besoins en formation sont colossaux, et le coroner requiert de surcroît la fin de la clause «grand-père» d'ici à deux ans, ce qui signifie que des pompiers qui étaient exemptés de formation en raison de leurs années de service seront aussi forcés de suivre le cours de base. La ministre Thériault a d'ailleurs déjà indiqué en décembre qu'elle était disposée à abolir cette clause de droits acquis.

La demande en formation sera d'autant plus élevée, a estimé le président de la FQM. «On va créer un effet d'entonnoir qui va avoir un impact. Ce sera difficile de répondre à la demande si on va vers cette option (la fin des droits acquis), étant donné qu'il y a un nombre maximum (de pompiers qu'on peut former) dans les cohortes. (...) Il faut s'assurer qu'il y a aura la capacité financière pour soutenir les municipalités.»

Le président de la FQM a déjà entrepris des discussions avec le ministère de la Sécurité publique. On lui a dit de «ne pas s'inquiéter outre mesure», a-t-il rapporté, ce n'est pas impossible que ce soit bonifié, mais selon M. Lehoux, «il faut un engagement».

«Il faut que le gouvernement soit conscient des efforts qu'il demande aux municipalités, a-t-il plaidé. Quatre millions de dollars par année (la somme actuelle), ce n'est pas astronomique. Il faut être prêt pour une arrivée plus massive des demandes de formation.»

Qui plus est, un autre écueil s'ajoute. Les municipalités ont de plus en plus de mal à recruter des pompiers volontaires et à temps partiel, a dit M. Lehoux. La formation de base est d'au moins 350 heures, les cours se donnent le soir et les fins de semaine, les candidats doivent se déplacer, et souvent en milieu rural les recrues potentielles sont des agriculteurs qui ont déjà un emploi du temps chargé, a-t-il expliqué.

Il en résulte d'autres problèmes aussi. Le soir et la nuit, les municipalités dans les régions peuvent garantir d'avoir les effectifs nécessaires en vertu du schéma de couverture de risques, puisque leurs pompiers sont disponibles après le travail, mais le jour, les autorités ont du mal à avoir des équipes complètes.

«De jour, c'est un problème, a laissé entendre le président de la FQM. Ça prend de gros efforts pour avoir le minimum, pour avoir la force de frappe.»

Selon les données de l'École nationale des pompiers du Québec, environ 80 pour cent du total des effectifs des corps de pompiers du Québec sont à temps partiel, soit 18 000.

Le coroner Cyrille Delâge avait été très dur dans son rapport publié à la mi-février sur l'incendie qui avait fait 32 morts dans une résidence pour personnes âgées de L'Isle-Verte, en janvier 2014. Les lacunes dans l'intervention des pompiers et le personnel insuffisant et mal formé pour des situations d'urgence ont contribué à la mort des victimes, avait-il tranché.

Il recommande de rendre les gicleurs automatiques obligatoires et suggère que les services incendies soient regroupés dans un système d'entraide automatique - sans nécessité de faire des appels téléphoniques - pour avoir une force de frappe immédiate et simultanée en cas d'incendies majeurs. Il recommande aussi l'abolition, d'ici deux ans, de la clause dite «grand-père» qui permet aux pompiers volontaires ou à temps partiel ayant reçu leur formation avant 1998 d'être exemptés de la mettre à jour avec de nouveaux cours.

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