L'assassinat d'Abraham Lincoln élaboré à Montréal?

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Andy Blatchford
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

L'anniversaire d'un lien peu connu entre le Canada et l'assassin du président américain Abraham Lincoln sera souligné sans cérémonie cette semaine: il y a 150 ans, John Wilkes Booth rencontrait des leaders confédérés à Montréal. Six mois après sa visite dans la métropole, Booth ouvrait le feu sur le président Lincoln, l'atteignant à la nuque.

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John Wilkes Booth a assassiné le président américain Abraham Lincoln en avril 1865.

PHOTO AP/PC

Certains indices laissent croire que le mystérieux voyage de Booth à Montréal, en octobre 1864, a été l'élément précurseur de l'assassinat de Lincoln dans un théâtre de Washington, en avril 1865. À l'époque, la cause des Confédérés bénéficiait d'une sympathie considérable à Montréal, une ville considérée comme un lieu de prédilection pour les agents des États confédérés d'Amérique.

Mais les autorités n'ont jamais trouvé de preuves permettant d'établir un lien avéré entre l'assassinat du président et le séjour de Booth à Montréal.

«Il est clair que Booth est venu Montréal, et il pourrait bien avoir discuté de son plan, mais nous n'avons jamais été en mesure de le déterminer», explique Adam Mayers, auteur de Dixie & The Dominion: Canada, the Confederacy and the War for the Union.

«Ce qui fait toujours l'objet d'un débat, c'est de savoir si ses sympathisants au Canada ont été impliqués de façon concrète dans le complot pour assassiner Lincoln, et bien entendu, cela n'a jamais été prouvé.»

Même sans lien canadien confirmé, des preuves laissent penser que le séjour de Booth à Montréal, six mois avant l'assassinat, pourrait avoir établi les bases du complot.

Les livres d'histoire montrent que le célèbre acteur de théâtre s'est enregistré le 18 octobre 1864 au prestigieux St-Lawrence Hall, un hôtel du Vieux-Montréal réputé être le quartier général des Confédérés au Canada.

Des témoins auraient vu Booth discuter avec des responsables des États confédérés et l'auraient entendu exprimer ouvertement son mépris envers Lincoln.

Les remarques faites par Booth lors d'une partie de billard dans le salon de l'hôtel ont pris tout leur sens six mois plus tard, a écrit Clayton Gray dans son livre Conspiracy in Canada, publié en 1950.

«De face ou de dos, cela ne fait pas de différence», aurait dit un Booth éméché à son interlocuteur, avec qui il parlait de la prochaine élection présidentielle américaine, en novembre 1864.

«Le contrat d'Abe est presque terminé, et qu'il soit réélu ou non, il sera fini...»

«J'aime votre style canadien. Je devrais afficher un air canadien, parce que certains d'entre nous [...] pourraient devoir s'installer ici bientôt.»

John Wilkes Booth a aussi laissé derrière lui de l'argent canadien entouré de son propre mystère.

Quand les autorités ont coincé puis tué Booth en Virginie quelques semaines après l'assassinat de Lincoln, il avait sur lui une lettre de change de l'Ontario Bank à Montréal, datée du 27 octobre 1864.

Un livret bancaire de la même institution, estampillé de la même date, a aussi été découvert dans ses effets personnels.

«Il a encaissé toutes sortes de monnaies et il avait une traite bancaire quand ils l'ont capturé, rappelle M. Mayers. Il l'avait dans sa poche, et c'est pour cela que tout le monde dit qu'il y a un «lien canadien» avec l'assassinat.»

À travers son compte bancaire, le lien entre Booth et Montréal s'est poursuivi après sa mort.

Son compte à l'Ontario Bank, une institution acquise par la Banque de Montréal en 1906, est resté ouvert avec un solde de 455 $ pendant une période indéterminée après sa mort.

«La famille a refusé [l'argent] ou ne voulait rien savoir de ce compte», a indiqué une porte-parole de la Banque de Montréal, Jessica Leroux, dans un courriel, en attribuant l'information à un livre écrit en 1967 par l'historien de l'institution, Merrill Denison.

Selon Mme Leroux, les avoirs bancaires de Booth ont été décrits au fil des ans comme de «l'argent taché de sang».

Le chef des services secrets confédérés au Canada, Jacob Thompson, avait lui aussi un compte à l'Ontario Bank. Lors du procès des conspirateurs ayant participé à l'assassinat de Lincoln, des témoins ont déclaré que Thompson avait été vu avec Booth au St-Lawrence Hall.

«Les espions et les badauds pouvaient difficilement ignorer le fait que John Wilkes Booth, une célébrité bien connue, parlait à de hauts responsables des États confédérés», a écrit l'auteur Michael W. Kauffman dans son livre, American Brutus: John Wilkes Booth and the Lincoln Conspiracies.

«Ce qu'il a fait [à Montréal] fait toujours l'objet d'un débat. Des témoins ont déclaré en 1865 avoir vu Booth avec différents responsables, parlant ouvertement de leur complot contre Lincoln. Mais la valeur de ce témoignage n'a pas été comprise de tous; après tout, il décrivait un niveau d'imprudence qui défiait le bon sens.»

Durant la guerre de Sécession, les Confédérés ont utilisé Montréal comme base, en grande partie pour sa sophistication et le bon réseau de communications dont bénéficiait la ville, affirme M. Mayers.

Il ajoute que plusieurs d'entre eux, pour échapper aux grandes chaleurs de l'été dans le sud des États-Unis, allaient passer leurs vacances dans les Cantons-de-l'Est.

Au Canada, les sudistes bénéficiaient de la sympathie des habitants.

«Ils détestaient les Yankees», rappelle M. Mayers au sujet des Canadiens de l'époque, qui considéraient les gens de la Nouvelle-Angleterre comme des expansionnistes agressifs.

Dans son livre, M. Mayers rappelle à quel point John Wilkes Booth était populaire à Montréal et comment il avait «électrisé» le public en octobre 1864 avec ses représentations du Marchand de Venise de William Shakespeare et de The Charge of the Light Brigade d'Alfred Tennyson.

Mais malgré tout le soutien dont bénéficiaient les sudistes à Montréal, la ville et le Canada ont été la source d'une immense vague de compassion après l'assassinat du président Lincoln.

Certains vestiges liés à Abraham Lincoln sont encore présents dans la métropole, près de 150 ans après sa mort.

L'Université McGill abrite la plus importante collection d'objets liés à Lincoln hors des États-Unis. On y trouve notamment des images, des prospectus et des sculptures. Parmi les objets exposés figure aussi un bout de tissu que le médecin a enroulé autour de la tête de Lincoln après que celui-ci a été atteint par le tir de Booth. Il est encore taché du sang du président.

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