Un projet à Oka inquiète Mohawks et Blancs

Louise Leduc
La Presse

Un projet sur l'emplacement d'une ancienne mine, approuvé par le maire d'Oka, suscite des inquiétudes à la fois chez les Mohawks et chez les Blancs. D'autant plus que le terrain est situé sur des terres revendiquées par Kanesatake.

Le maire d'Oka, Richard Lalonde, laisse entendre que tout le monde s'énerve pour rien. Il explique que s'il a confié pour trois mois l'exclusivité de l'ancienne mine de la Saint-Lawrence Colombium à la firme Augyva, c'est tout simplement pour évaluer le potentiel économique des résidus laissés là depuis plus d'une quarantaine d'années.

L'idée, dit M. Lalonde en entrevue, «c'est de décontaminer l'endroit, de le revitaliser et d'en faire un lieu de villégiature, tout simplement».

A priori, le terrain contiendrait des restes de chaux, d'apatite, de magnétite, de niobium et des terres rares.

N'est-il pas problématique de donner le feu vert, du moins pour trois mois, à un projet mené sur des terres revendiquées par les Mohawks? À cela, M. Lalonde répond que «tout est revendiqué, d'Oka jusqu'à Montréal». «Va-t-on s'empêcher de décontaminer pour autant un terrain qui est dans cet état depuis 40 ans?», demande-t-il.

Mais s'il y a de l'argent à y faire? À cela, le maire Lalonde répond qu'il n'est même pas certain que la décontamination soit faisable à un coût acceptable et qu'Augyva s'intéresse simplement au projet «pour pouvoir l'inclure à son curriculum vitae», et non pour y faire de l'argent.

Blancs et Mohawks d'Oka, eux, voient l'affaire d'un oeil plus que suspect, d'autant plus que le terrain est situé à moins d'un kilomètre du projet de mine de Niocan, qu'ils ont combattu ensemble pendant des années.

Pour Ellen Gabriel, militante mohawk, l'autorisation donnée par le maire d'Oka à Augyva est une pure provocation. Le grand chef Paul Nicholas, lui, reste prudent.

Trop tôt

«Pour l'instant, il est trop tôt pour qu'on formule une position officielle sur le dossier. On espère seulement qu'ils n'essaient pas de nous imposer par la bande le projet initial.»

«On a bien peur que, pour Augyva, ce soit une façon de mettre le pied dans la place, sur un terrain revendiqué par les Mohawks, avance Michèle Benoit, porte-parole d'un groupe de citoyens opposé à tout projet de mine. La région d'Oka est une région à vocation agricole et le projet de mine compromet le créneau récréotouristique qu'on s'est donné. Une mine, non seulement ça demande beaucoup d'eau, mais ça risque en plus de rejeter des déchets toxiques, voire radioactifs, et de contaminer la nappe phréatique.»

En janvier, Augyva, cotée en Bourse, a présenté une offre pour acquérir la totalité des actions ordinaires émises et en circulation de Niocan, entreprise qui avait un projet de mine de niobium à Oka. Augyva a finalement renoncé à acheter ces actions.

Les dirigeants d'Augyva ne nous ont pas rappelés, hier. Au ministère des Affaires indiennes, on n'a pu faire de commentaires.

L'été dernier, une autre entreprise - Norfolk - s'est retrouvée au coeur de la tourmente à Kanesatake. Son projet immobilier, en pleine pinède, a failli provoquer un affrontement violent entre le promoteur et les Mohawks. Le gouvernement du Québec a finalement versé 305 000$ à l'entreprise pour qu'elle n'aille pas de l'avant.




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