(Parc national de la Gaspésie) Les Chic-Chocs incarnent le rêve québécois de nombreux skieurs. Mais avec leurs dénivelés respectables, leur terrain non balisé et le risque non négligeable d’avalanche, elles sont aussi un monstre auquel plusieurs n’osent pas se frotter. Afin de rendre les bols de poudreuse accessibles aux habitués des pistes damées, la SEPAQ a lancé au début de l’hiver une école de montagne que nous avons testée.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Ici, pas de remontées mécaniques et de files d’attente qui s’étirent. Pas de catski non plus, comme jadis. Les descentes se méritent à la sueur de notre front et se comptent sur les doigts d’une main. Pas non plus de pistes usées par le passage des skieurs. Au sommet du mont Ernest-Laforce, qui sert de terrain d’apprentissage principal pour l’École de montagne, nous sommes seuls au monde. Seuls devant l’immensité des Chic-Chocs et de leurs pics enneigés qui s’étendent à perte de vue. Aux premières loges pour admirer le majestueux mont Albert, joyaux du parc national de la Gaspésie et huitième sommet du Québec avec ses 1151 m.

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Bien que l’hiver se soit installé tardivement en Gaspésie comme ailleurs au Québec, 110 cm de neige s’étaient déjà accumulés sur le mont Ernest-Laforce à la mi-janvier.

Bien que l’hiver se soit installé tardivement en Gaspésie comme ailleurs au Québec, 110 cm de neige s’étaient déjà accumulés sur le mont Ernest-Laforce à la mi-janvier. Pour quiconque n’a jamais fendu la poudreuse, une telle quantité de neige, jumelée aux arbres dont la densité augmente au fur et à mesure de la descente, a quelque chose d’intimidant. D’autant plus que la neige compactée par le vent qui souffle allègrement au sommet nuit considérablement à la fluidité des virages. Par bonheur, nous sommes au-dessus de la limite des arbres, une expérience de ski rare au Québec.

« Prenez de l’espace pour vos manœuvres et contrôlez votre vitesse », conseille Stéphane Gagnon, président et fondateur de Ski Chic-Chocs, une entreprise qui offre depuis 2006 des services guidés pour des groupes privés. Heureusement, la légèreté de la poudreuse, le bonheur de skier hors des sentiers battus et la confiance s’installent rapidement. Non, les Chic-Chocs ne sont pas que pour les skieurs aguerris.

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Stéphane Gagnon, président et fondateur de Ski Chic-Chocs

De par la hauteur de ses sommets et son côté sauvage, cette « barrière impénétrable » (Chic-Chocs en micmac), qui fait partie des Appalaches, traîne depuis longtemps l’image d’un terrain qui ne serait accessible qu’à une certaine élite du plein air et du ski. Mais l’engouement grandissant que connaît le ski de haute route depuis quelques années amène un nombre « jamais vu » de skieurs et planchistes en Gaspésie, selon Stéphane Gagnon. Comme Zoé Fichault, résidante des Laurentides et étudiante en tourisme d’aventure à Gaspé. « La neige est incroyable ici ! lance-t-elle. C’est la première fois que je skie dans un si bel endroit. » Bien qu’elle soit allée explorer le territoire d’elle-même la veille, elle a aussi voulu profiter de l’expérience guidée de l’École de montagne.

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Étudiante en tourisme d’aventure, Zoé Fichault en est à sa première expérience de ski aux Chic-Chocs. « La neige est incroyable ici ! C’est la première fois que je skie dans un si bel endroit. »

Puisque tous n’ont pas les connaissances et la confiance en soi nécessaires pour grimper seuls les montagnes du parc ou de la Réserve faunique des Chic-Chocs, située juste à côté, la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) a voulu mettre sur pied cette École de montagne qu’elle exploite en partenariat avec Ski Chic-Chocs, dont les services s’adressent d’ordinaire à des skieurs plus expérimentés.

Un nouveau secteur

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L’École de montagne est exploitée en partenariat par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) et Ski Chic-Chocs.

« On souhaite démocratiser l’accès à la montagne », affirme le directeur du parc national de la Gaspésie, Pascal Lévesque. Avec son équipe, il a mis en valeur un nouveau secteur, moins intimidant que les monts Albert, Lyall, Hog’s Back et le secteur des mines Madeleine, très courus par les mordus.

Le mont Ernest-Laforce, c’est une montagne qui est facile, sécuritaire. Il n’y a pas de grands risques, de grandes surprises, pas de pièges cachés.

Pascal Lévesque, directeur du parc national de la Gaspésie

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Lucas Garceau-Bédard est guide chez Ski Chic-Chocs.

C’est principalement sur cette montagne qu’ont lieu les activités d’initiation au ski de haute route (et planche à neige divisible).

Une montagne facile, oui, mais qui, côté point de vue, n’a rien à envier à ses voisines. En empruntant la route 16, désormais déneigée en hiver, on accède au stationnement aménagé à mi-montagne, ce qui permet d’atteindre le sommet en moins d’une heure. Le dénivelé est faible, entre 150 et 200 m. Des chiffres qu’on apprécie à la montée, mais quand même moins à la descente. À peine à l’aise dans la poudreuse qu’il est déjà temps de remettre les peaux de phoque — des bandes de tissu autocollantes placées sous les skis — pour démarrer la deuxième (et dernière !) ascension de la journée.

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Ascension en peaux de phoque

Si on rêve souvent du ski de haute route en pensant à la descente, il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la journée sera consacrée à la randonnée. « Il faut arrêter de parler du ski hors piste comme d’une expérience de glisse, mais plutôt comme d’une expérience de montagne, insiste Stéphane Gagnon. Si les conditions ne sont pas propices, vous aurez quand même une belle expérience de randonnée en montagne. »

Le risque d’avalanche

Une fois la journée d’initiation terminée, ceux qui souhaitent poursuivre l’expérience peuvent avoir recours aux services guidés de Ski Chic-Chocs ou, si la confiance est là, parcourir le territoire de façon autonome, puisque pour accéder aux champs de neige définis par la SEPAQ, les skieurs n’ont pas à avoir recours aux services d’un guide, ni à suivre une formation de sécurité en avalanche, un risque bien présent dans la région. « Il faut sensibiliser les gens aux risques, soutient Stéphane Gagnon. Le nombre de décès est en baisse, mais on voit encore beaucoup d’accidents qui causent des traumatismes qui peuvent avoir des conséquences graves. »

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Plus qu’une expérience de descente, le ski de haute route se veut « une expérience de montagne. »

Avant de partir en montagne, le guide explique aux membres du groupe les risques associés aux avalanches. Il leur apprend à consulter les prévisions météo et le bulletin d’avalanche émis quotidiennement par Avalanche Québec ainsi qu’à utiliser le détecteur de victimes d’avalanche (DVA), un petit émetteur-récepteur que chacun porte sous ses vêtements et qui permet de retrouver une personne en cas d’ensevelissement. Le DVA doit être accompagné d’une pelle et d’une sonde, un ensemble offert en location au parc national de la Gaspésie, tout comme l’équipement de ski de haute route, qui diffère de l’équipement de ski alpin traditionnel.

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Afin de se familiariser avec le détecteur de victimes d’avalanche, les skieurs et raquetteurs participent 
à un exercice de sauvetage.

Au cours de l’hiver 2018-2019, Avalanche Québec a enregistré 60 avalanches de tailles variables sur le territoire des Chic-Chocs, dont 20 déclenchées par des skieurs ou planchistes. Il y a un an, sept skieurs ont dû être secourus au mont Albert après avoir été heurtés par une avalanche. Mais pour Stéphane Gagnon, établi en Gaspésie depuis 20 ans, le risque n’est pas un argument suffisant pour se tenir loin de la montagne. « On ne peut pas écarter le risque complètement, mais on peut le gérer et adapter nos déplacements en fonction du terrain et du manteau neigeux », dit celui qui exploite maintenant son entreprise aux côtés de ses deux fils.

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Avant la sortie en montagne, Stéphane Gagnon, de Ski Chic-Chocs, explique aux participants les risques associés aux avalanches dans la région.

Bien qu’il ait vécu et travaillé dans les montagnes de l’Ouest canadien, du Japon, du Népal et de l’Argentine et qu’il continue d’y guider des voyages de ski, Stéphane Gagnon revient toujours aux Chic-Chocs, qu’il qualifie sans hésiter de « plus belles montagnes dans l’est de l’Amérique ».

Aussi de la raquette

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Du ski hors piste

En plus de l’introduction au ski de haute route, l’École de montagne du parc national de la Gaspésie et Ski Chic-Chocs proposent une randonnée alpine guidée d’une journée en raquettes. De niveau intermédiaire à difficile, les sentiers choisis varient selon les conditions météo. Les monts Olivine, Alphonse-Pelletier, Ernest-Laforce, Champs-de-Mars et Vallières-de-Saint-Réal font notamment partie des sommets qui peuvent être visités. Le guide prodigue des conseils sur les déplacements en montagne, l’habillement à privilégier et les risques d’avalanche, bien que ceux-ci soient moins élevés qu’en ski.

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Randonnée alpine en raquettes sur le mont Ernest-Laforce

L’École de montagne est ouverte jusqu’à la mi-avril. La saison de ski de haute route se poursuit jusqu’au 30 avril, à l’intérieur du parc national de la Gaspésie, et jusqu’à la neige se retire, dans la Réserve faunique des Chic-Chocs.

Les frais de ce voyage ont été payés par la SEPAQ, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu de ce reportage.

> Consultez le site de la SEPAQ : https://www.sepaq.com/quoi-faire/sommets-gaspesie.dot