Berceau de l’Amérique française, le Vieux-Québec attire son lot de touristes, et pour cause. Mais à part à l’occasion d’une sortie sur la Grande Allée, bien peu de visiteurs prennent la peine de découvrir les trésors qui se trouvent au-delà des fortifications. Nous sommes allés à la rencontre des gens qui animent ces quartiers qui forment le véritable cœur de la Vieille Capitale. Cette semaine : le quartier Montcalm.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Avec ses théâtres, ses écoles de musique et le magnifique Musée national des beaux-arts du Québec, le quartier Montcalm se définit plus que jamais par son raffinement culturel. Mais il se caractérise aussi par les trésors de l’avenue Cartier, qui reste encore et toujours un incontournable de la Haute-Ville. Promenade aux abords des plaines d’Abraham.

Le Mezzé

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Dans un décor qui rappelle résolument les bistros grecs, Le Mezzé propose des plats typiques en formule tapas décontractée. Plusieurs ingrédients sont importés de Grèce, comme les fromages et les vins, qui proviennent tous de l’importation privée.

On découvre la plupart du temps l’avenue Cartier en arrivant de la Grande Allée. C’est pourquoi on commence tout au bout de la rue, au coin du chemin Sainte-Foy. C’est ici qu’on trouve Le Mezzé, seul « vrai » restaurant grec de Québec, au dire de son chef, Andreas Papadeas. On dit aussi qu’on y trouve la meilleure pieuvre grillée en ville. « Bien souvent, l’offre est métissée, probablement parce que Québec intègre très bien ses immigrants, et j’en suis la preuve, nous dit le jeune chef avec son accent purement québécois. Mais les gens qui sont allés en Grèce tripent de voir qu’on leur sert la même chose ici ! Tu manges ici comme chez ma grand-mère ; c’est simple, mais c’est bon, c’est frais. » 

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Le Mezzé est le seul « vrai » restaurant grec de Québec, au dire de son chef, Andreas Papadeas.

Autodidacte, Andreas Papadeas a appris son métier en retournant en Grèce pendant 10 ans — il est accessoirement titulaire d’une maîtrise en relations internationales. De retour à Québec, il a d’abord ouvert son restaurant dans le Vieux-Port. « Le Vieux est non habité, il n’y a pas de services, souligne-t-il. Il y avait donc un boom pendant la saison touristique, mais les restos qui peuvent se permettre de vivre uniquement des touristes sont rares. C’est la clientèle locale qui nous fait vivre, et qui nous fuit quand on est dans le Vieux… » 

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On dit que c’est au Mezzé qu’on trouve la meilleure pieuvre grillée en ville.

Dans Montcalm, Andreas Papadeas affirme que 95 % de sa clientèle est locale. « Il y a encore beaucoup de monde qui nous découvre, soutient-il. On s’est fait redécouvrir en déménageant ici, par une clientèle diversifiée, des jeunes jusqu’à des gens de 75 ans. Le but est de maintenir une constance, d’arriver à remplir le resto même au début de la semaine. » 

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Andreas Papadeas, chef propriétaire du Mezzé

Le quartier Montcalm, c’est le dernier secteur peuplé de la Haute-Ville. Ici, c’est stable, il y a une vie de quartier, y a un boucher, une librairie, une boulangerie. J’habite ici avec ma petite famille, ce n’est pas un hasard !

Andreas Papadeas, chef propriétaire du Mezzé

Morena 

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Outre la vaste sélection de produits typiques disposés un peu partout dans un chaleureux chaos, il est possible de faire préparer des boîtes à lunch et des menus sur mesure au Morena. 

En remontant l’avenue Cartier en direction des Plaines, on arrive dans la zone la plus animée du quartier Montcalm en croisant le boulevard René-Lévesque. En l’absence des proprios Vito Natrella et Ariana Morales, on est accueillis par Élizabeth Lavallée, qui s’affaire derrière le comptoir du Morena. « Ce n’est pas juste une épicerie fine, c’est aussi un restaurant, un traiteur, un café et un comptoir de plats à emporter prêts à manger, nous explique la jeune femme. On propose évidemment beaucoup de produits italiens de même que des vins d’importation privée que l’on vend au coûtant ou presque. Et on offre aussi de plus en plus de produits québécois de spécialité. » 

Il faut en effet s’attarder quelques instants dans la boutique pour découvrir toute la gamme de produits offerts. Outre la vaste sélection de produits typiques disposés un peu partout dans un chaleureux chaos, il est possible de faire préparer des boîtes à lunch et des menus sur mesure. 

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Le Morena n’est pas qu’une épicerie fine, c’est aussi un restaurant, un traiteur, un café et un comptoir de plats à emporter prêts à manger.

« On a toutefois beaucoup de clients fidèles, on finit par connaître leurs commandes par cœur, nous dit Élizabeth Lavallée. On parle surtout de travailleurs du coin, mais à la fin de l’été, surtout avec la terrasse, on attire presque 50 % de touristes. On a aussi des clients qui viennent ici avant d’aller au Grand Théâtre, qui est juste à côté. » 

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Élizabeth Lavallée, employée du Morena

Il existe un véritable esprit de village dans Montcalm. Les clients nous connaissent et se parlent entre eux. Aussi, les gens d’ici sont à la recherche de produits comme les nôtres, c’est une clientèle qui a généralement les moyens.

Élizabeth Lavallée, employée du Morena

Café Krieghoff 

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Le Café Krieghoff est ainsi nommé en l’honneur du peintre Cornelius Krieghoff, qui a habité la belle maison de briques au XIXe siècle.

Un peu plus haut, impossible de manquer la vitrine de la petite épicerie Provisions, qui change au gré des saisons avec une originalité renouvelée. Un incontournable du quartier, tout comme son voisin, le Café Krieghoff, nommé en l’honneur du peintre Cornelius Krieghoff, qui a habité la belle maison de briques au XIXe siècle. Depuis son ouverture en 1977, le café est le rendez-vous des artistes du coin. « Il y a plusieurs générations de clients qui se sont succédé chez nous, nous apprend Kathy Rioux, propriétaire depuis 12 ans. Il faut garder notre constance ; si je change la peinture, je dois demander aux clients ! Les lustres sont là depuis des lustres ! Au fond, ici, on est bohème, c’est le quartier des arts, on brasse de la poussière ! » 

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Le Café Krieghoff accueille une clientèle d’habitués, dont plusieurs artistes. D’ailleurs, on les a invités à laisser aller leur imagination pour décorer les murs de la bien nommée Bibliothèque poétique. 

C’est bien évidemment une figure de style pour illustrer le fait que le Café Krieghoff a su naviguer contre vents et marées, notamment en proposant un menu toujours aussi réconfortant. « C’est un café chaleureux avec des recettes uniques, de la nourriture maison, familiale, estime Kathy Rioux. On a les mêmes crêpes et les mêmes croque-monsieur au menu depuis l’ouverture ! » 

Le Café n’est toutefois pas figé dans le temps et s’ouvre plus que jamais aux visiteurs qui sont de plus en plus nombreux. « Avant, le café vivait pour les gens d’ici, mais c’est moins le cas maintenant, assure Kathy Rioux. On l’a revampé, on l’a remis sur la carte. On est allé chercher des gens des autres quartiers de Québec et l’été, on a une bonne moitié de touristes qui viennent de partout. Il faut s’adresser aux touristes, c’est ce qui me permet d’être pleine à l’année. » 

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Kathy Rioux, propriétaire du Café Krieghoff

Le quartier Montcalm se rajeunit et on le perçoit chez nous. Notre clientèle est plus diversifiée, on voit arriver beaucoup de jeunes artistes qui viennent notamment pour les ateliers que l’on organise toutes les semaines. Après tout, on est un café d’arts !

Kathy Rioux, propriétaire du Café Krieghoff

Petits Creux Corsica Origina

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Ouvert depuis six ans, le restaurant corse Les Petits Creux accueille une clientèle surtout locale, avec un peu moins de 10 % de visiteurs étrangers. 

Avec sa cuisine typiquement corse, Les Petits Creux sont une autre vitrine exclusive de la ville de Québec, et probablement même du Québec en entier. « On est le seul resto qui s’affiche corse au Québec, nous affirme le copropriétaire Kim Colonna. On est corses, on est arrivés à Québec il y a 15 ans, et en nous installant ici, on a un peu retrouvé la même ambiance que chez nous. On a donc voulu apporter une identité particulière en faisant découvrir la Corse aux gens. On leur dit : “Allez-y, on va vous servir de guides !” » 

Kim Colonna est toutefois conscient que les gens de Montcalm ont contribué au succès de son resto. « On retrouve dans le quartier des gens qui veulent découvrir comment les gens vivent, nous explique-t-il. On connaît nos clients, on connaît les gens du quartier. Et les touristes aiment se retrouver avec des gens du coin, ça facilite les échanges. Ça crée une ambiance de convivialité extraordinaire. » 

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Kim Colonna, copropriétaire des Petits Creux Corsica Origina

Non content de faire découvrir les saveurs de sa Corse natale dans son restaurant, le restaurateur a aussi décidé vendre ses charcuteries, terrines, confitures et oignons confits dans quelques points de vente à Québec. Sans compter qu’il importe lui-même ses vins et alcools : « Plus de 80 % de notre carte de vins, de bières et de spiritueux provient de Corse, ce qui équivaut à une bonne soixantaine de produits corses », nous confie Kim Colonna. 

Il y a encore des gens qui nous découvrent et on a largement de place pour progresser. Ils découvrent ainsi des saveurs qu’ils ne connaissent pas — on fait venir nos épices de la Corse et on propose des viandes moins connues comme le lapin, le lièvre, le sanglier et le cabri.

Kim Colonna, copropriétaire des Petits Creux Corsica Origina