Les champs se succèdent des deux côtés de la route, dans le sud-est de l’Alberta. De temps en temps, un champ de canola, jaune vif, interrompt la monotonie du paysage.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Tout à coup, la terre semble s’ouvrir droit devant. Une vallée désertique apparaît, constellée de buttes et de colonnes de grès bizarrement surmontées de blocs de roche : les hoodoos, ou cheminées de fée.

La route descend en serpentant entre les tertres pour se terminer près du centre des visiteurs du Dinosaur Provincial Park, un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Il y a 75 millions d’années, le climat de la région ressemblait à celui de la Floride d’aujourd’hui. Des dinosaures déambulaient tranquillement entre les cyprès, les sycomores et les fougères. On y trouvait notamment de sympathiques bestioles comme le centrosaure (un herbivore, cousin du tricératops, avec une corne sur le nez et une collerette osseuse au-dessus de la nuque) et l’hadrosaure (un autre herbivore, avec un museau en forme de bec de canard).

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On peut camper en plein milieu du Dinosaur Provincial Park.

Les dinosaures ont disparu de la surface de la Terre il y a 66 millions d’années, mais ils continuent à se cacher sous la surface au Dinosaur Provincial Park. Au cours des 100 dernières années, les paléontologues y ont découvert les os fossilisés de plus de 300 dinosaures. Et les fouilles se poursuivent aujourd’hui.

« Ils viennent de trouver une queue d’ankylosaure où était attachée la plus belle masse qui soit », s’enthousiasme Eric Canold, l’un des guides-interprètes du parc.

L’ankylosaure était un herbivore tout à fait pacifique, mais il possédait une arme secrète pour se défendre : sa queue se terminait par une lourde masse osseuse qu’il pouvait balancer dans les pattes d’un assaillant.

Fossiles 101

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Les sentiers d’interprétation permettent aux visiteurs de voir de près les hoodoos du Dinosaur Provincial Park.

Au Dinosaur Provincial Park, on peut se transformer en paléontologues pour quelques jours en participant à de véritables fouilles. On peut aussi s’inscrire à des visites guidées de quelques heures. Ces visites, en anglais seulement, permettent aux participants de pénétrer dans la zone protégée du parc. Et dans cette zone, en cherchant un peu avec l’aide des guides-interprètes, on peut trouver des fossiles d’os de dinosaures qui dépassent ici et là.

Les règles sont simples : si le fossile est en partie enfoui, on peut y toucher, mais on ne peut pas le retirer du sol. Si le fossile est sur le sol, on peut le prendre pour l’examiner de plus près. Bien sûr, il faut le remettre à peu près à sa place.

Difficile de croire que ce bout d’os fossilisé a 75 millions d’années. Comment a-t-il résisté à toutes ces années ?

Pendant qu’elle anime une visite dans un champ de fouilles de la zone protégée, la guide-interprète Amber Whitebone donne un petit cours Fossiles 101. Elle explique qu’un dinosaure peut se transformer en fossile lorsque son corps se fait rapidement couvrir par de la boue ou du sable après sa mort. Si les conditions sont propices, la composition chimique des os et des dents (et, très rarement, des tissus plus mous) se modifie et les éléments ainsi transformés prennent l’aspect de la pierre.

Il y a 13 000 ans, lors de la dernière ère glaciaire, l’endroit était à la limite des glaces. Des inondations subites lors de la fonte ont creusé la vallée où passe maintenant la rivière Red Deer, baptisée Badlands. L’appellation est venue des trappeurs canadiens-français qui n’appréciaient pas l’endroit, un peu trop austère à leur goût : « les mauvaises terres à traverser ».

Avec l’érosion, des fossiles ont commencé à apparaître dans la région. Ce sont probablement les autochtones Blackfoot qui ont été les premiers à les trouver. Puis sont venus des arpenteurs-géomètres et des géologues, comme Joseph Tyrrell, qui est tombé par hasard sur un gros crâne de dinosaure en 1884.

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La guide-interprète Amber Whitebone exhibe une corne de centrosaure lors d’une visite guidée au Dinosaur Provincial Park.

Entre 1910 et 1917, il y a eu une véritable ruée vers les dinosaures, avec des équipes de paléontologues qui se précipitaient pour récolter des squelettes de dinosaures et les envoyer dans des musées partout dans le monde. Heureusement, la compétition était amicale : les paléontologues se sont rendu compte qu’il y avait assez de dinosaures pour tout le monde.

Découvertes pour tous

Au champ de fouilles, Amber Whitebone montre aux visiteurs comment faire la différence entre un vulgaire caillou et un fossile de 75 millions d’années (l’intérieur des os ressemble à l’intérieur d’une tablette de chocolat Aero, on y trouve des bulles).

« Regardez autour de vous, vous allez en découvrir vous-même », lance-t-elle.

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Le guide-interprète Eric Canold montre une vertèbre d’hadrosaure fossilisée.

La bien nommée Amber Whitebone avait 6 ans lorsqu’elle a visité le Dinosaur Provincial Park pour la première fois. Comme bien des enfants, elle était déjà passionnée par les dinosaures. La visite l’a convaincue : elle a décidé de devenir paléontologue.

Il n’est pas absolument nécessaire de s’inscrire à une visite guidée. Quelques courts sentiers, dotés de panneaux explicatifs, permettent d’explorer une partie du territoire et d’en apprendre un peu sur les dinosaures et les chasseurs de dinosaures. Et il y a un résumé en français à l’entrée de chaque sentier.

Les visiteurs peuvent prolonger l’expérience en campant sur place, soit dans des tentes de type prêt-à-camper, soit avec leur propre équipement.

En théorie, il ne devrait pas y avoir de dinosaures qui leur tirent les orteils pendant la nuit. En revanche, il n’est pas rare d’entendre des coyotes. Le Dinosaur Provincial Park demeure un endroit sauvage, 75 millions d’années plus tard.

Consultez le site du Dinosaur Provincial Park (en anglais) : https://www.albertaparks.ca/parks/south/dinosaur-pp/

Les frais de ce voyage ont été payés par Travel Alberta, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage.