Les légendes, encore plus que les contes, sont fortement associées à une région parce qu’elles sont toutes basées sur des évènements réels. Rapportées par les témoins de l’époque, elles ont été gardées en vie grâce au talent des auteurs et des conteurs, avec ce flou artistique qui nous permet aujourd’hui de rêver en imaginant ces lieux fabuleux — en attendant, bien sûr, de pouvoir retourner les visiter.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Blanche de Beaumont

Les cris des fous de Bassan nous rappellent la beauté dramatique du lieu et de la légende. Il s’agit de l’écho des cris de Blanche.

Bryan Perro, auteur

La jeune Blanche de Beaumont allait rejoindre son fiancé en Nouvelle-France quand la caravelle qui l’emmenait depuis la Normandie s’est retrouvée sous le feu de pirates à l’entrée du golfe du Saint-Laurent. Tout l’équipage du navire français fut tué, sauf Blanche, gardée captive par le capitaine pirate qui voulut en faire sa femme. La jeune fille d’à peine 16 ans resta de marbre jusqu’au moment du mariage, se jetant dans les eaux glacées juste avant la cérémonie. Dès lors, un épais brouillard se leva, le vaisseau en déroute se retrouva soudainement face au rocher Percé, avec à son sommet l’apparition voilée de Blanche de Beaumont. Elle abaissa ses mains vers le navire, une ultime malédiction qui transforma le trois-mâts en rocher. Les vestiges, érodés par la mer, sont encore visibles aujourd’hui, tout comme l’esprit de Blanche de Beaumont, que l’on peut entrevoir lorsque le rocher Percé est enveloppé par le brouillard. Quant aux âmes des pirates damnés, elles seraient représentées par les fous de Bassan qui nichent sur le rocher…

> Lisez la légende en entier, tirée du livre Les légendes du Québec : un tour du Québec en 25 récits traditionnels

Derrière le mythe

« C’est l’époque des guerres entre les Français et les Iroquois, mais c’est aussi l’âge d’or de la piraterie. Or, on aurait tort de penser que les pirates ne faisaient qu’attaquer des galions espagnols dans les Caraïbes, car il s’agissait de bâtiments redoutablement armés ! Les bandits n’essaient pas toujours de voler les casinos de Las Vegas ! Ils s’en prenaient donc aussi à des cibles faciles, notamment les bateaux de pêche du golfe du Saint-Laurent ; la morue salée était prisée à l’époque et se revendait à bon prix. Aussi, les pêcheurs cachaient souvent leurs bijoux et autres richesses à bord, les pirates n’hésitaient donc pas à les torturer pour qu’ils révèlent leurs cachettes. Les gens à l’époque avaient vraiment peur des pirates ! » — Éric Michaud, coauteur du spectacle Contes et légendes du Québec, entre mythes et vérités

Le cheval noir de Trois-Pistoles

PHOTOMONTAGE JULIEN CHUNG, LA PRESSE

Dans le domaine de la construction, ça va plus vite de travailler avec le diable, mais il y a toujours de fâcheuses conséquences. Le travail bien fait prend du temps.

Bryan Perro, auteur

Lors de la construction de la cinquième église de Trois-Pistoles, de 1882 à 1887, les ouvriers ont pu compter sur un cheval noir surgi d’on ne sait où et qui possédait une vigueur exceptionnelle. La farouche bête inspirait autant la crainte que le respect. Seul le curé réussit à lui passer la bride, si bien qu’on put l’employer pour le transport des lourdes pierres. Toutefois, le prêtre avait averti qu’il ne fallait en aucune circonstance retirer la bride ou même abreuver le cheval, qui pouvait travailler du lever du jour à la tombée de la nuit sans prendre un seul instant de repos. Au moment d’installer la dernière pierre au bâtiment, le curé s’en saisit pour ensuite la jeter dans le fleuve. Rusé, l’homme expliqua qu’il avait conclu un pacte avec le diable, qui lui avait prêté son cheval en retour de l’âme de la première personne qui entrerait dans l’église une fois celle-ci achevée. C’est ainsi qu’il manque encore à ce jour une pierre à l’un des murs de l’église de Trois-Pistoles. Quant au cheval noir, on dit qu’il erre encore dans la région dans l’espoir qu’un jour, un imprudent termine enfin la construction de l’église…

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Derrière le mythe

« Des histoires de diable bâtisseur, il y en a un peu partout, dans Charlevoix, à L’Islet, à Saint-Augustin-de-Desmaures. À Trois-Pistoles, on n’arrivait pas à choisir à l’époque où construire la nouvelle église, en bas ou en haut de la côte. Une première légende dit qu’un rectangle de neige serait apparu en haut de la côte en plein mois d’août — l’église Notre-Dame-des-Neiges tiendrait son nom de cet évènement. Mais il fallait bien monter les pierres du quai jusqu’en haut de la côte, d’où l’intervention du cheval noir. Toutefois, contrairement à bien des légendes du diable ailleurs dans le monde, on remarque au Québec qu’on est souvent plus futé que lui. Comme on était encore à l’époque un peuple avec peu de pouvoir, c’était peut-être une façon de se venger des puissants ? » — Éric Michaud, coauteur du spectacle Contes et légendes du Québec, entre mythes et vérités

La Dame blanche de la chute Montmorency

PHOTOMONTAGE JULIEN CHUNG, LA PRESSE

Il y a des chutes qui demeurent des élévations, quand l’amour traverse le temps, l’éternité se dévoile. Les apparitions de la Dame en sont les rappels.

Bryan Perro, auteur

On peut apercevoir la Dame blanche au lever du jour sur les eaux près de la base de la chute Montmorency. Certains la décrivent comme un fantôme constitué de fines gouttelettes d’eau, telle une robe blanche. Il s’agit en fait de l’esprit protecteur de la jeune Mathilde, qui s’est donné la mort en se jetant dans la chute avec sa robe de mariée, inconsolable après avoir appris la mort de son fiancé Louis aux mains des troupes britanniques. Depuis ce jour de juin 1759, l’âme de la jeune fille est prisonnière des chutes. Aussi, on dit que ceux qui touchent sa robe de bruine s’exposent à une mort terrible dans les jours suivants. Néanmoins, la Dame est bienveillante et n’hésite jamais à venir en aide aux infortunés, comme en font foi de nombreux témoignages de sauvetages miraculeux dans la région…

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Derrière le mythe

« L’histoire de la Dame se déroule en pleine bataille de la conquête britannique de la Nouvelle-France, ça nous ramène au débarquement des troupes anglaises à Beauport et à la bataille qui s’est déroulée près des chutes. On s’est donc inspiré de cet évènement pour le placer dans un contexte dramatique, le suicide de la jeune Mathilde. D’ailleurs, il est utile de rappeler que le suicide était un grave péché à l’époque, cette histoire constitue donc un message religieux très fort, celui d’un amour inconditionnel, un message de fidélité sans faille. D’ailleurs, comme dans l’histoire de Blanche de Beaumont, c’est une femme qui se suicide pour un homme… » — Éric Michaud, coauteur du spectacle Contes et légendes du Québec, entre mythes et vérités

La Corriveau

PHOTOMONTAGE JULIEN CHUNG, LA PRESSE

Grande sorcière du Québec, du temps ou dénoncer les abus ne suffisait pas et qu’il fallait prendre les choses en main. Aujourd’hui il y a les réseaux sociaux, à chaque époque son outil.

Bryan Perro, auteur

Marie-Josephte Corriveau a été condamnée à la pendaison en 1763 après avoir tué son septième mari. Elle a avoué avoir assassiné ses six précédents époux de la plus atroce des façons. Ironie du sort, son septième mari, le seul qu’elle avait réellement aimé, serait mort de façon accidentelle… Pour que les habitants puissent voir la damnée, les autorités ont suspendu son cadavre dans une cage, dans la côte de Lévis. Sept jours plus tard — un pour chacun de ses défunts maris —, le corps de La Corriveau s’est volatilisé pour ne jamais être retrouvé. On dit que son spectre hante encore aujourd’hui les rues du vieux Lévis, à la recherche d’un nouveau mari…

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Derrière le mythe

« Voilà un bel exemple d’une légende inspirée d’une vraie personne. En vérité, Marie-Josephte a eu deux maris, le premier serait mort de la typhoïde pendant le siège contre les Anglais, à Québec. Son deuxième mari est toutefois mort dans des circonstances pour le moins tragiques, et c’est le père de La Corriveau qui a d’abord été accusé. Mais ce dernier s’est ensuite récusé en jetant le blâme sur sa fille. C’est donc au terme du premier procès militaire sous occupation anglaise que la femme de 30 ans a été jugée coupable. Pendue à Québec, son cadavre cerclé de fer a ensuite été suspendu à Lévis pendant près d’un mois, une forme de justice exemplaire inédite en Nouvelle-France. C’est plus tard que la légende est partie en vrille, résultat de la fascination pour une criminelle à une époque où les femmes avaient un rôle effacé. » — Francis Désilets, coauteur du spectacle Contes et légendes du Québec, entre mythes et vérités

Le noyé du lac des Piles

PHOTOMONTAGE JULIEN CHUNG, LA PRESSE

La profondeur des forêts, la profondeur des lacs, les insondables mystères du territoire. Les ténèbres inspirent les meilleures histoires.

Bryan Perro, auteur

C’est en 1946 que Pierre Auger est tombé de sa chaloupe dans le lac des Piles, une profonde et limpide étendue d’eau de la Mauricie qui a la réputation de ne pas rendre ses morts. Un épais brouillard couvrait le lac et ses appels à l’aide sont restés sans réponse. Malgré des recherches intensives, on n’a jamais pu retrouver le corps du malheureux. Peu de temps après, plusieurs plaisanciers ont affirmé avoir aperçu sous la surface de l’eau le corps d’un homme qui, les bras tendus, semblait les supplier de lui venir en aide. Des années après sa noyade, un plongeur a retrouvé un tibia et quelques effets personnels ayant appartenu à Pierre Auger. L’os et une chaussure portaient de nombreuses et profondes marques de dents, celles d’une créature pouvant atteindre près de trois mètres de long. Il a été jusqu’à ce jour impossible d’identifier formellement le monstre, alors que le noyé du lac des Piles continue de multiplier ses morbides apparitions…

> Écoutez la légende, telle que racontée par Bryan Perro dans son livre Créatures fantastiques du Québec

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Derrière le mythe

« Devant l’inconnu ou une mort suspecte, l’être humain a besoin d’inventer quelque chose, la nature a horreur du vide. C’est ce qui explique les nombreuses histoires de monstres. C’est peut-être un peu fou, mais ça conforte et ça réconforte. On n’a jamais eu aucune preuve de la présence d’un monstre ou d’un autre, mais on aimerait tellement ça en trouver un ! Anecdote personnelle, j’étais en vacances au lac Pohénégamook, il y a une trentaine d’années, quand des gens sur un ponton ont juré avoir vu Ponik. L’histoire est devenue tout d’un coup un peu plus tangible, plus proche de nous. On savait qu’il y avait un monstre et que ce n’était pas une histoire inventée par l’animateur du camp ! » — Francis Déslilets, coauteur du spectacle Contes et légendes du Québec, entre mythes et vérités

Les résumés de légendes sont inspirés du livre Créatures fantastiques du Québec – L’intégrale, de Bryan Perro.

> Écoutez le livre audio sur le site de Radio-Canada