Les plus hautes montagnes de l’Himalaya. Les sentiers du Pérou. Les grands parcs africains. Pour les agences qui se spécialisent dans les voyages d’aventure partout dans le monde, les temps sont incertains. Ils pourraient même être catastrophiques. Des agences québécoises comme Karavaniers et Terra Ultima ont toutefois décidé de se retrousser les manches et de préparer une toute nouvelle offre.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« En 2020, le bout du monde, c’est le Québec et le Canada, et ce, dans tous les sens du terme, lance Richard Rémy, fondateur de Karavaniers. Monter vers la rivière George en hydravion, c’est plus compliqué que d’aller dans le fin fond de l’Himalaya. »

Lorsque le Québec est tombé en pause, Richard Rémy a pris le pari de garder 75 % de ses employés pour notamment leur donner un défi : monter un programme complet de circuits au Québec en collaboration avec de petits producteurs locaux.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Richard Rémy a cofondé l’agence Karavaniers, qui se spécialisait dans les voyages d’aventure dans le monde. Il mise maintenant sur le Québec sauvage.

Il s’agissait de donner un coup de main à un paquet d’entreprises au Québec pour qui la clientèle européenne représentait 55 % du chiffre d’affaires. Cette clientèle ne sera pas là cet été.

Richard Rémy, fondateur de l’agence Karavaniers

Karavaniers s’est ainsi associée avec des acteurs comme Fjord en kayak, Attitude Nordique, Noryak, Aventuraid et Aventure nature Cascapedia pour concocter une quinzaine de circuits, allant d’une expédition de kayak de mer aux îles Mingan à la descente de la rivière Mistassibi en canot, en passant par un trek dans les monts Groulx. Certains sortent complètement des sentiers battus, comme une descente en rabaska sur la rivière George jusqu’à un site particulièrement important pour la culture innue, Mushuau-Nipi.

Certains circuits pourront se dérouler au-delà des frontières du Québec, comme une expédition de kayak de mer sur la baie Georgienne ou un trek au parc d’Auyuittuq, au Nunavut.

Les aventuriers sont les bienvenus

Évidemment, pour que cela devienne réalité, il faudra que les déplacements entre les provinces et les régions soient à nouveau possibles. Il faudra également que les gens des régions se sentent prêts à accueillir des visiteurs. Richard Rémy estime toutefois que le tourisme d’aventure a plus de chances que d’autres types de tourisme de se faire accepter par les populations locales.

PHOTO MARIE TISON, ARCHIVES LA PRESSE

Karavaniers entend offrir la descente de la rivière Nahanni en canot, dans les Territoires du Nord-Ouest.

« Je comprends qu’à Baie-Comeau, on hésite à l’idée de voir 3000 personnes débarquer, affirme-t-il. Alors qu’on est un petit groupe de huit personnes, encadrées, on va faire du kayak dans la baie de Saint-Pancrace avant de monter dans les monts Groulx. On va contribuer à l’économie locale, mais on ne va pas se promener partout. »

Le programme comprend certains départs dès le mois de juillet, mais Richard Rémy est réaliste : ces circuits ont une deuxième date plus tard dans l’été ou au début de l’automne.

Certains de ces voyages sont plutôt chers en raison notamment de longs déplacements et d’une logistique complexe. « Voyager au Québec, ça coûte cher, dit en soupirant Philippe Bergeron, président de Voyageurs du monde Canada, une agence spécialisée dans le voyage sur mesure qui chapeaute des agences de voyages d’aventure comme Karavaniers et Terre d’aventures Canada. Est-ce que les gens seront prêts à payer ce genre de prix-là pour un voyage au Québec ? Parce que dans leur tête, c’est proche, donc ça ne devrait pas être cher. »

M. Bergeron voit toutefois un facteur d’espoir : « Le confinement amène un côté impulsif, rebelle, qui va peut-être contrebalancer la perte financière que les gens subissent. Ils se disent : “j’ai été confiné, ça coûte ce que ça coûte, je pars”. »

À court terme, Voyageurs du monde se concentrera sur le Canada, notamment avec des visites autoguidées dans l’Ouest.

Je suis optimiste de nature. J’essaie de me faire accroire qu’on pourra voyager à l’intérieur du Canada quelque part cet été.

Philippe Bergeron, président de Voyageurs du monde Canada

Mon pays, c’est l’hiver

Chez Terra Ultima, on a procédé à une longue réflexion et à une consultation auprès de sa clientèle pour orienter le programme. L’entreprise demandait notamment si les gens avaient l’intention de se remettre à voyager après le déconfinement, et à quel endroit. Au Québec ? Dans le Nord-Est américain ? Ailleurs ?

PHOTO FOURNIE PAR TERRA ULITMA

François-Xavier Bleau, copropriétaire de Terra Ultima, lors d’une expédition hivernale au Nunavik

Terra Ultima ne bâtira pas de circuits pour le Québec parce que François-Xavier Bleau, qui est copropriétaire, estime qu’il y a déjà trop d’offres dans la province. Son agence a toutefois un partenaire, l’agence Eco Plein Air, qui occupe ce créneau et qui a ciblé une fenêtre potentielle pour des activités à la fin de l’été et à l’automne. Tout dépendra évidemment de l’évolution de la situation.

« Pour ce qui est des États-Unis, les gens ne veulent rien savoir », poursuit M. Bleau.

Il a finalement décidé de miser sur l’expertise que Terra Ultima a acquise avec des groupes scolaires particulièrement aventureux. Il entend donc offrir des expéditions hivernales hors du commun, à commencer par un grand voyage au Nunavik, dans la vallée de la rivière Koroc, avec refuge et camp de base.

PHOTO MARIE TISON, ARCHIVES LA PRESSE

La petite ville de Dawson, au Yukon, plutôt endormie pendant l’hiver, reprend vie avec la Yukon Quest.

Il offrira également un voyage au Yukon qui tournera autour de la mythique course de traîneaux à chiens Yukon Quest, avec randonnées dans le parc national Kluane et le parc territorial Tombstone.

Il envisage également une expédition de ski et raquettes dans les Chic-Chocs.

Si j’ai trois groupes hivernaux, je serai heureux. Je suis dans la modestie totale.

François-Xavier Bleau, copropriétaire de l’agence Terra Ultima

Pour 2021, Terra Ultima entend notamment offrir des visites autoguidées en Europe, avec transport des bagages, hébergement et logistique. L’agence visera d’abord des destinations qui commencent leur saison plus tôt qu’ailleurs, comme le Portugal, les Açores et la Corse, puis elle offrira des classiques comme le tour du mont Blanc et les Dolomites.

« Le voyage de groupe, c’est encore un gros point d’interrogation », laisse tomber M. Bleau.

Terra Ultima a quand même organisé des conférences sur Facebook au début de mai pour présenter ses projets. Karavaniers s’exécute le 11 mai, sur le même réseau social.