Des amateurs de plein air n’ont pas hésité à faire la queue ces derniers temps pour mettre la main sur des skis de fond. Clubs, commerçants et adeptes sont tous du même avis : le sport n’a jamais été si populaire. Voici quelques conseils pour se lancer sans se casser le coccyx ni, pandémie oblige, avoir à s’éloigner trop de la maison.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

« Le ski de fond, c’est le plus beau sport et l’hiver, c’est maintenant ma saison préférée, raconte Pascal Aubry, technicien en électronique. J’ai recommencé à en faire il y a une vingtaine d’années, et c’est maintenant comme une drogue pour moi. Mon équilibre physique et mental en dépend. Et avec la COVID, c’est doublement important ! »

Pascal Aubry est l’un des trois administrateurs du groupe Les trippeux de ski de fond sur Facebook, qui a vu son nombre d’abonnés exploser cette année. « Depuis le début novembre, nos nouveaux membres, dont beaucoup de skieurs débutants, se comptent par milliers », dit-il. Ouvert à tous, le groupe permet d’échanger les bons plans, de demander conseil à d’autres skieurs et même de trouver des mentors pour s’entraîner.

Comme un nombre croissant de skieurs de fond, Lydiane St-Onge a attrapé la piqûre il y a quelques années à peine. Celle qui voyage normalement aux quatre coins de la planète pour son blogue Lydiane autour du monde devra passer la saison froide chez elle, à Québec, cette année.

Elle se promet d’être active sur les sentiers. « Ça va être mon sport cet hiver, dit-elle. J’aime bien faire des petites sorties de 5 ou 6 km, sur les plaines d’Abraham ou à Cap-Rouge en semaine. Je vais aussi essayer de skier le long de la rivière Saint-Charles. Le week-end, je pense aller à la station touristique Duchesnay, au parc du Mont-Bélair ou au Camp Mercier, avec un lunch dans mon sac. »

PHOTO FOURNIE PAR LYDIANE ST-ONGE

La blogueuse Lydiane St-Onge planifie de nombreuses sorties de ski de fond cet hiver.

On est tellement chanceux à Québec d’avoir accès à de si beaux sites tout près de la ville.

Lydiane St-Onge, blogueuse

La neige sèche et abondante du Camp Mercier, dans la Réserve faunique des Laurentides, fait rêver beaucoup de skieurs de fond. Même si, dans le Grand Montréal, les précipitations sont généralement moins abondantes (et souvent plus liquides), ceux qui y habitent ne sont pas en reste. « On compte environ 200 km de sentiers sur l’île de Montréal seulement », lance Stéphane Melançon de Ski de fond Montréal, organisme voué au développement et à la promotion du sport dans la région métropolitaine. « La Ville se traîne parfois les pieds pour le traçage, mais ça s’améliore tranquillement. »

Parmi les plus beaux endroits pour faire du ski de fond en ville, Stéphane Melançon cite bien sûr le mont Royal. Mais la « montagne » et ses 22 km de sentiers tracés sont souvent pris d’assaut. Les quelques pentes abruptes qu’on y trouve pourraient aussi déplaire aux débutants.

Le plat, c’est bien pour ceux qui ont peu d’expérience. Avant de se lancer dans les côtes, il faut apprivoiser la glisse. C’est très différent du ski alpin.

Stéphane Melançon, de Ski de fond Montréal

Pour éviter la foule comme les chutes parfois douloureuses, direction les parcs-nature, comme celui du Boisé-de-Liesse et du Cap–Saint-Jacques, ou le parc Jean-Drapeau, qui offre maintenant quelques beaux kilomètres de sentiers. Le parc Frédéric-Back, dont l’aménagement s’amorce à peine, mérite aussi d’être découvert, tout comme les parcs le long du fleuve à LaSalle et à Lachine, estime M. Melançon, qui rappelle que la STM permet maintenant aux skieurs d’emprunter le transport en commun avec leur équipement.

PHOTO FOURNIE PAR LA SOCIÉTÉ DU PARC JEAN-DRAPEAU

Parc Jean-Drapeau

Sortir de l’île

Les skieurs ont aussi accès à de nombreux centres sans sortir du Grand Montréal. Le plus connu – et fréquenté – est le parc national du Mont-Saint-Bruno, avec ses 35 km de sentier pour le ski de fond, dont un bon nombre pour les débutants. C’est l’un des sept centres de ski de fond gérés par la SEPAQ, qui recommande aux skieurs de bien planifier leurs visites cet hiver. « L’achat de billet par l’internet est obligatoire, explique le porte-parole Simon Boivin, mais on ne pense pas avoir à réduire la capacité d’accueil des parcs à cause de la pandémie. En revanche, l’accès aux chalets sera limité, même si les gens pourront s’y réchauffer à tour de rôle. »

PHOTO MATHIEU DUPUIS, FOURNIE PAR LA SEPAQ

Parc national du Mont-Saint-Bruno

Plus près de la ville encore, vers le nord cette fois, le club Les coureurs de boisés à Laval propose aux skieurs une quarantaine de kilomètres sur des terres publiques et agricoles. « Notre terrain est assez plat, donc bon pour des débutants, mais aussi pour des gens plus expérimentés, dit le président du club, Daniel Bernier, qui s’attend à une saison occupée. Nous avons fracassé le record de prévente de nos abonnements et nous comptons près de 30 % de nouveaux membres. Par un beau samedi d’hiver, le stationnement pourrait déborder… »

Une année particulière

Une distanciation physique facilitée par l’équipement (les skis font souvent deux mètres !), une façon abordable de profiter de la nature et aucune attente au télésiège : le ski de fond ressemble beaucoup à un sport hivernal idéal pour la pandémie. Mais la situation actuelle a tout de même ses inconvénients, en particulier pour les débutants. En zone rouge, les cours en petits groupes de huit (instructeur compris) viennent tout juste d’être autorisés par la Santé publique. Or, la plupart des centres avaient annulé tous leurs cours cette année en raison de la pandémie. Il se fait tard pour réviser les plans, mais la situation pourrait évoluer positivement au cours des prochaines semaines.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Une sortie en compagnie d’un ami expérimenté suffira à en apprendre assez pour faire une balade de ski classique dans le bois, sur terrain plat.

La technique du pas classique n’est pas bien compliquée, mais se lancer sans la moindre idée de ce qui vous attend sur les pistes n’est sans doute pas la meilleure façon d’apprécier le sport. Une sortie en compagnie d’un ami expérimenté suffira toutefois à en apprendre assez pour faire une balade dans le bois, sur terrain plat, et commencer à apprivoiser ses skis. Mal pris, il est toujours possible de regarder des tutoriels sur YouTube (la Traversée de la Gaspésie en propose quelques-uns).

> Visionnez un tutoriel

Dans les parcs et les centres, l’accès aux installations est aussi grandement limité par les mesures sanitaires en vigueur. Certains d’entre eux demandent aux skieurs de se préparer dans la voiture et ont fermé l’accès aux installations de fartage. D’autres ont monté des tentes chauffées pour faciliter la préparation des skis. Mieux vaut vérifier ce qui est possible ou non avant de se déplacer, donc.

S’équiper pour commencer

Le fartage… Pour certains, la simple prononciation du mot réveille de douloureux souvenirs de paquets de neige collés sous les skis. De la glisse, de la cire rouge, bleue ou verte et cet énigmatique klister pour les journées où le mercure passe au-dessus de zéro, tout ça peut en effet sembler désespérant. Le fartage n’est pourtant pas sorcier, vous diront les férus de ski de fond. Peu importe, rien ne vous oblige à vous y convertir. Les skis à écailles ou à peaux, de plus en plus populaires, vous éviteront cette préparation tout en vous donnant un bon rendement dans à peu près n’importe quelles conditions de neige.

J’ai trois enfants. Consacrer 15 minutes pour farter chaque ski, c’est trop long. Avec les peaux, j’évite le fartage et les sorties sont plus agréables.

Olivier Lenaf, acheteur pour La Cordée

Sans surprise, Olivier Lenaf, acheteur pour La Cordée, suggère donc aux nouveaux skieurs d’opter pour des skis à peaux. « Les fabricants abandonnent d’ailleurs peu à peu les écailles », précise-t-il.

Malgré le grand achalandage dans les magasins de sport avant les Fêtes, il n’est pas trop tard pour s’équiper pour la saison, croit M. Lenaf. « On vient de recevoir du nouveau matériel », dit-il. De nombreuses entreprises vendent leurs produits sur l’internet, mais mieux vaut sans doute attendre la réouverture des magasins de sport (annoncée pour le 11 janvier) avant de s’équiper, car vérifier que la cambrure d’un ski convient sur le web, c’est loin d’être évident…

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Mieux vaut sans doute attendre la réouverture des magasins de sport avant de s’équiper, car vérifier en ligne si la cambrure d’un ski convient, c’est loin d’être évident…

Pour un équipement complet de bonne qualité, Olivier Lenaf estime qu’un skieur doit prévoir un investissement d’environ 700 $. Trop cher ? Certaines boutiques proposent des locations annuelles, et l’achat d’équipement de seconde main reste une option. De grandes surfaces proposent aussi des ensembles moins onéreux, mais la demande a été si forte cet automne qu’il faudra probablement attendre l’an prochain pour se les procurer.

Pour le reste, eh bien, tout dépendra bien sûr de la neige…

> Consultez le blogue Lydia autour du monde

> Consultez le site des Coureurs de boisés

Cinq conseils pour nouveaux skieurs

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Ski de fond le long de la rivière Saint-Charles, à Québec

1 – Commencer sur des sentiers plats. Barclay Fortin, qui gère le blogue Ski Glisse (une véritable mine d’informations sur les endroits où pratiquer le sport), cite en exemple le tracé du P’tit Train du Nord, dans les Laurentides, accessible gratuitement cet hiver.

2 – Éviter les journées où le mercure grimpe au-dessus de zéro. La neige fondante colle beaucoup aux skis. S’il fait entre - 5 °C et - 10 °C, c’est l’idéal, croit Pascal Aubry, du groupe Les trippeux de ski de fond.

3 – Choisir un petit centre ou des sentiers gratuits accessibles directement du stationnement. Inutile de payer cher pour des installations fermées, et la fatigue peut vite se manifester quand on commence, croit Barclay Fortin. Une petite boucle vous comblera. Des exemples ? L’escapade à Rigaud, le Corridor vert à Sainte-Anne-des-Lacs et le nouveau parc du Mont-Loup-Garou, à Sainte-Adèle.

4 – Suivre un cours ou être accompagné d’un skieur expérimenté. Un débutant se fatiguera beaucoup plus vite s’il n’a aucune notion technique, rappelle Pascal Aubry.

5 – S’informer avant de se déplacer. La pandémie bouscule tout le monde. Des centres pourraient devoir fermer leurs portes sans préavis ou réduire l’accès pour respecter les consignes de la Santé publique. Un appel ou une visite sur un site web pourrait vous éviter bien des ennuis.

> Consultez le blogue Ski Glisse