(Saint-Praxède) Plus isolé que les autres parcs nationaux des Cantons-de-l’Est, mais encore un peu trop proche pour se retrouver sur la liste des destinations vacances les plus populaires, le parc national de Frontenac passe un peu sous le radar. Pourtant, il offre une variété d’écosystèmes, d’activités et de panoramas qui méritent le détour. Coup d’œil à un parc qui offre intimité et nature sauvage à moins de deux heures trente des grands centres urbains.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Le parc est en effet un peu méconnu », reconnaît Stéphane Poulin, responsable du service de la conservation et de l’éducation du parc national de Frontenac. « Les gens du coin veulent s’éloigner pour trouver une destination de villégiature — ils vont aller vers le Bas-du-Fleuve ou Charlevoix pour avoir l’impression de décrocher. » Pourtant, avec ses nombreux lacs, sa forêt de conifères et sa vaste tourbière, le parc national de Frontenac détonne. Il est aussi considéré comme l’un des derniers îlots de nature protégée du sud du Québec, qui a été livré au fil des décennies à l’exploitation des ressources naturelles, à l’agriculture, à l’industrialisation et au développement immobilier.

« On a un peu l’impression d’être plus au nord, nous fait remarquer Stéphane Poulin, croisé au retour d’une randonnée à kayak. Il y a notamment des îlots de forêt boréale à cause de la présence de la tourbière du secteur Saint-Daniel. Cette tourbière est de grande superficie et elle est bien conservée, phénomène rare dans le Sud parce qu’elles sont généralement exploitées. » On peut d’ailleurs la découvrir par un sentier en boucle aménagé sur passerelle de bois de 1,6 km qui, rattaché à d’autres sentiers, donne accès à deux tours d’observation. Ce sont là quelques-uns des nombreux sentiers que l’on peut parcourir à pied ou à vélo dans le parc de 155 km2 créé en 1987 à partir des terres publiques toujours intactes autour du Grand lac Saint-François — 55 % des berges du lac se trouvant ainsi protégées.

PHOTO PIERRE-MARC DURIVAGE, LA PRESSE

La meilleure façon d’explorer le lac à la Barbue est en kayak, au fil de l’eau, en particulier dans la partie marécageuse où l’on trouve nénuphars, nymphées, pontédéries et iris versicolore, fleur-emblème du Québec.

Le lac, long de 25 km, s’étire au point où il faut 45 minutes de route pour joindre les deux secteurs du parc, celui de Saint-Daniel, mais aussi celui du Sud auquel on accède par Sainte-Praxède. « On peut commencer la découverte du parc avec l’un des secteurs du parc pour ensuite revenir et visiter l’autre, suggère d’ailleurs Stéphane Poulin. Ça peut d’ailleurs être l’occasion d’une belle promenade d’automne, il y a encore de très belles journées à venir et on n’a justement pas nécessairement le goût de faire trois heures d’auto. De plus, on est dans le Sud, il fait encore chaud, et on est collés sur tout le monde. Tentez le coup une fois, juste pour une visite ; généralement, les gens sont charmés et reviennent. »

Trésors cachés

Nous avons justement choisi de concentrer nos premiers efforts sur le secteur Sud, autour du lac à la Barbue, du lac des Îles et du lac Thor. Le premier est un superbe exemple de lac eutrophe, un écosystème très riche pour la faune et la flore. « Le lac à la Barbue est un lac âgé qui est très riche en nutriments, ce qui favorise la croissance abondante de plantes et qui va par conséquent attirer davantage d’animaux, explique le responsable du service de la conservation et de l’éducation du parc. Par contre, tranquillement, les plantes qui meurent vont combler le lac à la Barbue. Il y a plusieurs baies où l’on voit que ce n’est pas très profond. Les changements s’opèrent de plus en plus vite quand un lac vieillit comme ça, mais on en a encore pour des générations avant de ne plus pouvoir en profiter. »

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Le sentier qui mène au lac Thor est très bien aménagé et accessible en poussette.

L’idéal est de l’explorer en kayak, au fil de l’eau, à la fois dans la vaste zone en eau libre que dans la partie marécageuse où l’on trouve nénuphars, nymphées, pontédéries et iris versicolore, fleur-emblème du Québec. « On peut souvent y voir castors, grands hérons, pygargues à tête blanche, canards branchus, canards colverts, bernaches, rats musqués et orignaux, souligne Stéphane Poulin. C’est aussi ici que les plongeons huards viennent socialiser à l’automne ; les couples du lac des Îles viennent les rejoindre, ça chante, ça court sur l’eau dans des espèces de parades, c’est impressionnant ! »

Le lac des Îles était justement notre autre destination, au-delà duquel on a accès au sommet du massif de Winslow ainsi qu’au lac Thor et à sa plage presque secrète. Suivant la suggestion de la naturaliste du parc, nous avons parcouru le lac en canot — un excellent endroit pour s’initier au canot-camping, soit dit en passant — pour ensuite suivre le sentier vers le massif de Winslow, qui culmine à 430 m. La vue au sommet permet d’admirer le chemin parcouru, avec le mont Adstock en arrière-plan. Bien qu’il soit plus rapide de revenir sur nos pas, ça vaut franchement le coup de compléter la boucle de 11 km qui nous permet de nous rendre sur la petite plage de sable fin du lac Thor. L’eau est cristalline et peu profonde, idéale pour la baignade !

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Lors de notre visite, en août, les nymphées étaient encore en fleur à la surface du lac à la Barbue.

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Bien que possible par les sentiers, la randonnée vers le sommet du massif de Winslow peut se faire en partie en canot sur le lac des Îles.

Le parc national de Frontenac en bref

– Dix sites de prêt-à-camper traditionnels dans le secteur Saint-Daniel, huit dans le secteur Sud, qui compte aussi dix emplacements de prêt-à-camper Étoile

– Neuf chalets locatifs sur les lacs à l’Ours, à la Barbue et des Îles

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Le belvédère du massif de Winslow offre une vue plongeante sur une bonne partie du partie du parc national de Frontenac, notamment les lacs des Îles et à la Barbue.

– Sept sites de canot-camping, certains accessibles en quelques minutes — jusqu’au 12 octobre, seuls les emplacements des lacs à la Barbue et des Îles sont accessibles, du vendredi au dimanche

– Huit trajets de randonnée pédestre, totalisant près de 65 km de sentiers balisés

– Deux pistes cyclables, une de 16 km dans le secteur Saint-Daniel, une autre de 13 km dans le secteur Sud. Location de vélos offerte, gratuite pour les enfants de 17 ans et moins en contexte familial

– Location de chaloupes, canots, kayaks et planche à pagaie et autres embarcations dans les deux secteurs du parc

> Consultez le site du parc de Frontenac