Deux plumes séparées du volatile qui les portait. Une grande bardane portant fièrement ses capitules tout hérissés. Du lichen accroché à un arbre. Même les parcs les plus urbains — comme celui de la Petite Italie — possèdent des trésors naturels insoupçonnés et les institutions d’Espace pour la vie se sont donné pour mission de les faire redécouvrir aux résidants du Grand Montréal.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

« On oublie qu’il y a de la nature dans nos parcs, car on passe devant tous les jours. Pourtant, on y trouve plein de choses intéressantes, même si l’on n’est pas au milieu d’une forêt. » Christian Baril fait partie des animateurs scientifiques qui, tout l’été, vont sortir des murs du Jardin botanique, de l’Insectarium, du Biodôme et du Planétarium pour arpenter les parcs des arrondissements montréalais et de la région métropolitaine.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Animateur scientifique à Espace pour la vie, Christian Baril explique l’origine probable de ce nœud dans l’écorce d’un érable argenté.

Jusqu’au 7 septembre, à raison de six jours par semaine, ces animateurs vont aller à la rencontre du public pour lui faire prendre conscience de la nature qui l’entoure. Pour ce faire, ces passionnés de la botanique, de l’astronomie ou de la biodiversité posent des cadres blancs sur des éléments naturels intéressants. Un nœud, une plume, une fleur et même une fiente de pigeon. Le parc se transforme pour ainsi dire en galerie d’art à ciel ouvert où chaque petit détail a une histoire à raconter…

« La pâte blanche qui compose la fiente d’oiseau est en fait de l’urine hyper concentrée. Pourquoi cette urine est-elle si différente de la nôtre ? La température corporelle de l’oiseau est beaucoup plus élevée que celle de l’humain. En plus, l’oiseau doit consacrer beaucoup d’énergie à voler », raconte Christian Baril. Quelques mètres plus loin, c’est Lewis qui nous fait découvrir un petit appareil fascinant pour calculer la vitesse de rotation de la Terre autour du Soleil… Ou Léa-Marie qui explique à deux fillettes comment le grand plantain se reproduit en collant à nos semelles…

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Sans le cadre blanc qui les met en valeur, qui aurait remarqué ces deux plumes de pigeon ?

C’est pour inciter les urbains que nous sommes à ouvrir l’œil, les oreilles et les narines afin de nous reconnecter avec la nature qu’Espace pour la vie a imaginé cette activité, explique Charles-Mathieu Brunelle, directeur de l’organisation qui chapeaute les quatre musées scientifiques montréalais.

Quand la pandémie nous a frappés, j’ai senti un grand élan de la part de l’équipe pour aller à la rencontre des gens. On s’est demandé comment aller vers les gens si ces derniers ne pouvaient pas venir chez nous. Comment leur apporter les bienfaits de la nature dans cette période difficile où plusieurs en ont grandement besoin ? C’est ainsi qu’est née l’idée de partir sur la route pour faire redécouvrir la nature aux gens, et ce, jusqu’entre les saillies des trottoirs…

Charles-Mathieu Brunelle, directeur d’Espace pour la vie

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Marie-Léa explique à ces deux femmes comment calculer l’âge d’un arbre à partir d’une coupe de son tronc.

Tout l’intérêt de cette activité « scientifique et poétique » est là. Les animateurs n’ont pas sorti les trésors des musées scientifiques pour les exposer dans les parcs sur des tables blanches. Ils ont trouvé in situ des éléments captivants à présenter. Chaque fois qu’ils s’installeront dans un nouveau parc, ils devront trouver de nouvelles œuvres à encadrer.

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Ce qui pourrait ressembler à un banal carré de verdure cache en fait des trésors insoupçonnés, comme un plan de grande bardane (à gauche) et un autre de grand plantain.

Chaque jour, sauf le dimanche, une équipe s’installera dans un parc d’une municipalité de la Communauté métropolitaine de Montréal (Boisbriand, Mascouche, Laval sont du nombre) tandis qu’une autre sillonnera un parc d’un arrondissement montréalais. Les parcs où aura lieu l’activité seront dévoilés au fur et à mesure. Pour connaître l’horaire et les sites visités, il faut consulter régulièrement le site d’Espace pour la vie.

> Consultez le site web d’Espace pour la vie