C’est l’aube. Les oiseaux commencent à chanter allègrement. C’est le temps de glisser dans le sac à dos les jumelles, le guide d’identification des oiseaux, le guide des mammifères, un petit thermos de café, puis de partir en safari.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Le but n’est pas d’aller observer des lions ou des éléphants, mais peut-être d’apercevoir un jeune renard ou d’espionner maman moufette et ses quatre jeunes dans le petit parc au coin de la rue. Bien sûr, ce n’est pas un safari au Botswana, mais c’est un safari quand même, un voyage dans un environnement beaucoup plus riche qu’il ne semblait à première vue.

« Pas besoin d’aller bien loin », lance Sophie Paradis, directrice pour le Québec du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada).

Elle note que le printemps est un moment idéal pour l’observation parce que les arbres n’ont pas encore leur riche feuillage d’été et parce que la nature se réveille. « C’est un bon moment pour se promener dans le quartier tout en respectant les consignes du gouvernement. »

Évidemment, certains sont plus chanceux que d’autres : ceux qui vivent en région, ceux qui habitent à proximité des grands parcs comme le Mont-Royal ou la réserve naturelle du Boisé du Tremblay à Longueuil, ou ceux qui sont à deux pas du fleuve ou d’une rivière. Mais même en pleine ville, il y a des destinations nature à découvrir : la cour arrière, la ruelle, le petit parc de quartier, le petit boisé.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Un écureuil mangeur de bulges à Boucherville

Souvent, on oublie les boisés urbains tellement ils font partie du paysage. Il faut prendre le temps de les redécouvrir, de les regarder autrement. En Montérégie et à Montréal, ces sites sont souvent pleins d’écureuils gris.

Sophie Paradis, directrice pour le Québec du Fonds mondial pour la nature

Les fameux écureuils… ceux qu’on aime détester parce qu’ils mangent nos tomates… Pourquoi ne pas essayer plutôt d’observer leur comportement, voir comment ils se nourrissent, où ils nichent, essayer d’apercevoir les petits ?

En avril et en mai, il y a d’autres espèces très actives dans les petits parcs et les boisés urbains. En tendant l’oreille, on peut entendre le tambourinage du pic mineur ou du pic flamboyant, et on peut alors facilement les observer.

Même un simple arbre sur le bord du trottoir peut présenter un grand intérêt, avec la présence de bruants chanteurs et de merles d’Amérique.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Un cerf de Virginie au parc Michel-Chartrand, à Longueuil

« Lorsque la floraison des arbres commence, ces fleurs sont une source de nourriture pour les oiseaux migrateurs qui se reposent le jour », ajoute Mme Paradis.

Souris, ratons et renards

Une toute petite faune s’active aussi dans les petits parcs et les boisés, comme des campagnols et plusieurs espèces de souris.

Les ratons laveurs et les moufettes se sont bien adaptés à la vie urbaine et peuvent s’observer relativement facilement. Évidemment, le rat surmulot est aussi présent, mais généralement, on le trouve moins mignon.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Une marmotte au printemps au parc du Mont-Royal

Les grands parcs de Montréal et de la grande région métropolitaine présentent évidemment des forêts plus sauvages. « Leur superficie plus importante permet de soutenir des animaux de plus grande taille comme le renard et la marmotte commune », indique-t-elle.

Au printemps, on a la chance d’entendre plusieurs animaux tels que des amphibiens, comme des grenouilles et rainettes crucifères.

Sophie Paradis, directrice pour le Québec du Fonds mondial pour la nature

Les grands parcs abritent également des lapins à queue blanche, des hermines, des pékans ou encore des belettes à longue queue.

Au bord de l’eau

La faune est encore plus diversifiée dans les parcs qui longent le fleuve ou un autre cours d’eau important. Avec de la patience et un peu de chance, on peut y voir des castors, des visons, des rats musqués, des tortues, des loutres ou encore des groupes de canards en migration.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Une tortue peinte, qu’on peut observer au bord des cours d’eau.

Pour espérer voir des cerfs de Virginie et des coyotes, il faut plutôt aller dans l’ouest de l’île (et dans le quartier Ahuntsic pour des coyotes un peu plus urbains).

Avec le confinement, le niveau de pollution sonore a diminué et on entend davantage les oiseaux, affirme Mme Paradis. « Ils ont un peu repris leur place. »

Il est cependant encore trop tôt pour dire si des mammifères se baladent davantage au vu et au su de tout le monde parce que les quartiers sont moins achalandés.

« On n’a pas encore vu de cerfs de Virginie au coin de Mont-Royal et de Papineau et de dauphins dans le Vieux-Port », lance Sophie Paradis.

> Lisez un blogue du Fonds mondial pour la nature sur la faune de Montréal

> Lisez des informations de la Ville de Montréal sur la biodiversité montréalaise

Quelques conseils pour un safari réussi

Le bon moment

« Chaque espèce d’animaux a ses propres habitudes, notamment en ce qui a trait à ses périodes d’activité (diurne versus nocturne), rappelle Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal. Les animaux sont souvent plus actifs tôt le matin ou en fin de journée, des périodes de transition entre le jour et la nuit. »

Les bons instruments

C’est une bonne idée de se munir de guides d’observation des oiseaux, des mammifères, des amphibiens et autres. Ceux-ci offrent de précieuses informations sur le comportement de l’animal et son habitat, ce qui facilite l’observation. Et le véritable amateur de safari ne se déplace pas sans jumelles.

Ne pas s’approcher

Il est très important de faire de la distanciation physique avec les animaux sauvages : il faut garder ses distances, qu’il s’agisse de coyotes ou de simples marmottes. « Des gens peuvent susciter des attaques de la part d’animaux qui se sentent menacés ou en danger », fait savoir Sophie Paradis. En plus, en les observant de loin, on peut les voir agir de façon plus naturelle.

Ne pas nourrir les animaux

« Cette pratique s’avère souvent néfaste pour la santé des animaux (dépendance alimentaire, nourriture mal adaptée aux besoins nutritionnels, attroupements qui favorisent la propagation des maladies, etc.), fait savoir Gonzalo Nunez. Elle contribue aussi à réduire leur crainte naturelle envers les humains et augmente le risque de conflits. »

La bonne stratégie

Sophie Paradis suggère de repasser souvent au même endroit : « On se fait l’œil et c’est là qu’on voit la richesse apparaître. On peut donc se faire un petit circuit personnel, seul ou en famille, et le répéter fréquemment. » Elle recommande aussi de s’asseoir et d’attendre. « Si on bouge trop, on ne verra rien. Il faut prendre le temps de porter attention à ce qui nous entoure. »