Le barrage de Parent, sur la rivière Bazin, était désaffecté depuis plus de 50 ans. Il commençait à se détériorer et à devenir moins sécuritaire. Hydro-Québec l’a donc démantelé il y a deux étés.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Qui est content ? Les canoteurs.

« C’est super positif, s’enthousiasme Josiane Rivest, directrice générale adjointe de Canot Kayak Québec. Le fait que le bassin à l’amont du barrage ait disparu, ça a permis de recréer la rivière. On se retrouve avec quatre rapides de plus. Au lieu de traverser un lac, on descend une rivière : c’est le fun pour les canoteurs. »

En outre, la baisse des eaux a dégagé des dunes de sable sur les côtés.

« Ça peut éventuellement créer des emplacements de camping. C’est intéressant pour nous. »

Il est très rare qu’Hydro-Québec procède à la démolition d’un barrage. C’est arrivé seulement huit fois entre 2002 et 2017, en incluant le cas du barrage de Parent.

C’est en 1954 que le conseil municipal de Parent, en Haute-Mauricie, a consulté la population au sujet de la construction d’un barrage hydroélectrique sur la rivière Bazin. Les habitants ont donné leur consentement dans le cadre d’un référendum et le nouveau barrage a pu entrer en fonction en 1956. Mais voilà, l’ouvrage s’est révélé pas mal moins efficace que prévu et Hydro-Québec a mis fin à ses activités en 1966, après avoir mis la main dessus à la faveur de la nationalisation de l’électricité.

PHOTO FOURNIE PAR CANOT KAYAK QUÉBEC

C’est ici que se trouvait l’ancien barrage de Parent, sur la rivière Bazin. Après avoir démantelé son barrage, Hydro-Québec a remis le tout à l’état naturel.

Le bâtiment de la centrale s’est tranquillement détérioré au fil du temps, le déversoir a connu une érosion importante, les surfaces de béton se sont dégradées, des infiltrations importantes ont commencé à apparaître. Les inspections ont révélé que le barrage ne respectait plus les normes de sécurité.

Restaurer le barrage désaffecté aurait coûté cher. Il était beaucoup moins coûteux de le démanteler.

Une belle surprise

Un porte-parole d’Hydro-Québec, Francis Labbé, a précisé que la société d’État remettait toujours les lieux dans leur état naturel après un démantèlement.

PHOTO FOURNIE PAR CANOT KAYAK QUÉBEC

La baisse du niveau de la rivière Bazin, à la suite du démantèlement du barrage de Parent, a quelque peu modifié le paysage. De nouveaux emplacements de camping pourraient accueillir les canoteurs.

Hydro-Québec a communiqué avec les gens de la Fédération québécoise du canot et du kayak (maintenant Canot Kayak Québec) dès le début du processus pour informer les canoteurs de ses projets. Par la suite, la société d'État a demandé à la fédération si elle pouvait faire un relevé de la rivière en amont de l'ancien ouvrage.

La rivière Bazin était déjà prisée des amateurs de canot-camping. Le trajet pouvait se faire en sept ou huit jours, en pleine nature.

Ce n’est pas une rivière familiale. C’est une rivière assez technique avec des rapides dont la cote est assez élevée. Mais il y a toujours des portages qu’on peut faire.

Josiane Rivest

Elle se rappelle que lorsqu’elle était impliquée au Camp Quatre Saisons, on organisait souvent des descentes avec des adolescents.

PHOTO FOURNIE PAR CANOT KAYAK QUÉBEC

On voit bien à quel point l’eau a baissé après le démantèlement du barrage de Parent, sur la rivière Bazin.

Le relevé de Canot Kayak Québec a montré de grands changements à la suite de la disparition du barrage et du bassin.

« C’est environ 2 km de rivière qui ont été touchés en amont du barrage, raconte Mme Rivest. Au début, on voit de petites roches de chaque côté, puis plus on avance, plus la rivière devient profonde entre les rives. On voit que l’eau était très haute de chaque côté. À la fin, on parle de plus de 3 m de rives au-dessus de l’eau. »

Elle note que les rapides qui sont apparus ne sont pas très difficiles, soit du R-1.

« C’est intéressant parce que c’est le fun à descendre. »

Il y a un rapide un peu plus difficile, un R-2, mais cette cote est surtout due à la présence d’une roche légèrement au-dessus de l’eau.

« L’eau s’engouffre en dessous. Si on devait chavirer avant, il y aurait des risques de rester pris en dessous ou de se faire très mal. »

Toutefois, l’endroit est facile à éviter et il est situé au début des petits rapides : il est donc peu probable de chavirer à cette hauteur.

PHOTO FOURNIE PAR CANOT KAYAK QUÉBEC

La disparition du bassin en amont du barrage de Parent, sur la rivière Bazin, a fait apparaître de petits rapides. Celui-ci peut être un peu embêtant : il ne faut surtout pas se faire prendre en sous la roche qui surplombe l’eau.

De nouvelles cartes

La prise des relevés tombait particulièrement bien. Canot Kayak Québec faisait justement la refonte de ses cartes pour les présenter en ligne en tant que cartes interactives. La fédération avait déjà mis environ 80 cartes en ligne (sur les 300 rivières géoréférencées), mais n’avait pas encore travaillé sur la rivière Bazin.

« Quand on a finalisé le rapport avec les points géoréférencés et les nouveaux rapides, ça nous a permis de tout mettre en ligne en même temps. »

Mme Rivest indique qu’avant de descendre une rivière, les canoteurs vont souvent télécharger et imprimer la carte interactive pour l’avoir sous la main.

« Les gens savent ce qui s’en vient : un R-1, un R-2, un R-3 qui fait 400 m de long ou 1 km, avec les portages et les campings. »

Si la libération de la rivière Bazin a été positive pour les canoteurs, ce ne serait pas nécessairement le cas pour toutes les rivières qui sont actuellement harnachées.

« Ça dépend de la morphologie du terrain, affirme Mme Rivest. Parfois, c’est intéressant d’avoir un barrage. La rivière peut avoir été très difficile. En créant un bassin, on peut canoter tranquillement dessus et juste faire un portage pour passer le barrage. »

Dans le cas de la rivière Bazin, le démantèlement a fait des heureux.

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