Malgré des heures passées à leurs côtés en plein vol, 
nos voisins de siège demeurent souvent anonymes. 
Notre collaboratrice a voulu briser cette bulle invisible, faisant des découvertes aussi étonnantes qu'enrichissantes.

Mis à jour le 29 août 2018
Sophie Fouron LA PRESSE

Gandom, 30 ans

Habitait à Téhéran

Rencontrée lors d'un vol Francfort-Montréal

C'est parce que Gandom s'est convertie au christianisme que vous ne verrez pas son sourire éclatant ni ses yeux lumineux. En Iran, renoncer à l'islam peut entraîner une peine d'emprisonnement et Gandom craint pour sa sécurité et celle de sa famille (même si elle quitte Téhéran pour de bon). Une photo de dos et l'utilisation de son surnom ont été les compromis pour que je puisse raconter son étonnante histoire...

Gandom est fébrile. Elle a pris un aller simple pour le Canada. Elle va retrouver son mari, également d'origine iranienne, qui habite à Québec depuis plusieurs années.

«Il trouve la ville très agréable, parle bien français et travaille maintenant comme éducateur en garderie.

- Est-ce que vous vous connaissiez déjà en Iran?

- Non. Grâce à un collègue, j'ai commencé à correspondre avec lui il y a deux ans. On parlait pendant des heures, des nuits. Il m'a parlé de Jésus, m'a initiée au christianisme et m'a, ni plus ni moins, sauvé la vie. J'étais malheureuse, déprimée. J'avais même des idées suicidaires.»

Gandom m'explique qu'elle a toujours eu un esprit curieux et que, très jeune, elle a réalisé que les choses ne tournaient pas rond dans son pays. Enfant, pendant la guerre avec l'Irak, elle se souvient des rations, des files d'attente pour le sucre et de l'absence de produits étrangers. «On ne mâchait que de la très mauvaise gomme iranienne. Ça marque une enfant!»

«Aujourd'hui, c'est encore dur de vivre en Iran. On doit porter des vêtements d'une certaine longueur, toujours mettre le voile et, pire, on est constamment surveillées. Je dirais qu'à peine 30 % de la population est heureuse dans ce système. Pour ma part, j'en suis venue à détester profondément cet islam étouffant.»

La religion chrétienne lui est apparue comme une véritable bouée de sauvetage. Elle me montre une photo d'un groupe secret de chrétiens et m'explique que des jeunes, comme son mari, se sont tournés massivement, et parfois au péril de leur vie, vers le christianisme, après des années de désenchantement et de frustrations.

C'est ainsi qu'un an après leur première conversation, Gandom et son (futur) mari se rencontrent pour la première fois dans l'ancienne république soviétique de Géorgie pour célébrer leur mariage chrétien orthodoxe (lui ne pouvant plus rentrer en Iran depuis sa conversion).

Robe blanche, crinoline et diadème. Gandom me montre ses photos de mariage, des étoiles dans les yeux. «Nous avons passé quelques jours ensemble, avec des membres de ma famille et des amis. C'était merveilleux.»

Et la voilà, un an plus tard, assise à mes côtés dans l'avion pour Montréal, faisant un signe de croix avant de manger. Son mari doit probablement déjà l'attendre à l'aéroport. Ensemble, ils se rendront à Québec en autocar. Ça sera leur deuxième rencontre à vie.

Tandis que l'avion s'apprête à atterrir, je vois Gandom essuyer ses larmes. Je lui prends la main, émue par son courage. Une nouvelle vie l'attend.

«Tout ira bien, je t'assure, tout ira bien.»