(Paris) Pendant que la pandémie mettait le monde entier en pause forcée, la vie culturelle de Paris a continué de fleurir. Dans la dernière année, de nouveaux musées ont vu le jour et d’autres ont rouvert après de longs travaux de restauration. En voici cinq qui nous ont intrigués, chamboulés ou ont simplement piqué notre curiosité.

Publié le 16 avril
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Bourse du commerce : un écrin pour l’art contemporain

  • La grande fresque qui orne la nef forme un panorama qui montre tour à tour les pays du froid (dont la Russie), l’Europe, l’Asie, l’Afrique et enfin l’Amérique du Nord. Le tout n’est pas exempt d’un esprit colonialiste…

    PHOTO PATRICK TOURNEBOEUF, FOURNIE PAR LA BOURSE DU COMMERCE

    La grande fresque qui orne la nef forme un panorama qui montre tour à tour les pays du froid (dont la Russie), l’Europe, l’Asie, l’Afrique et enfin l’Amérique du Nord. Le tout n’est pas exempt d’un esprit colonialiste…

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Sous la nef centrale, la fresque historique côtoie l’architecture résolument contemporaine du Japonais Tadao Andō. Le mariage de l’ancien et du moderne crée un contraste éblouissant.

    PHOTO PATRICK TOURNEBOEUF, FOURNIE PAR LA BOURSE DU COMMERCE


    Sous la nef centrale, la fresque historique côtoie l’architecture résolument contemporaine du Japonais Tadao Andō. Le mariage de l’ancien et du moderne crée un contraste éblouissant.

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Après avoir servi d’entrepôt à grains et de lieu de rendez-vous pour brasser des affaires, la Bourse du commerce a trouvé une nouvelle identité en mai dernier : celle de haut lieu de l’art contemporain.

Le riche homme d’affaires François Pinault a restauré le bâtiment à l’architecture annulaire étonnante pour y présenter quelques pièces de sa collection personnelle. Il en possède pas moins de 10 000, créées par quelque 400 artistes, et a choisi une à une celles qui sont présentées sous le dôme de la Bourse.

Les accrochages changent fréquemment, mais on peut être assuré de voir ici peintures, photographies, vidéos et installations des plus diverses. Pour le néophyte, certaines œuvres sont déroutantes, voire choquantes. D’où ce conseil : si possible, assistez à une visite guidée auprès d’un médiateur capable de présenter les influences de l’artiste, sa démarche, la symbolique de son œuvre. Car ici, le sens des choses est souvent détourné et l’expérimentation est reine… Certaines œuvres sont aussi expliquées au moyen d’une application gratuite, mais tout ce texte peut s’avérer assez lourd à digérer à la longue.

Outre les œuvres qui bousculent les codes, le bâtiment du XVIIIe siècle mérite aussi qu’on s’y arrête. Sa coupole de verre et de fer est ornée d’une peinture à la gloire du commerce mondial, tel que vu à la fin du XIXe siècle (c’est-à-dire avec une forte tendance impérialiste !). Pour la réouverture du bâtiment au grand public, un cylindre de béton est venu s’ajouter sous le dôme historique, touche futuriste imaginée par l’architecte japonais Tadao Andō. Un rendez-vous incontournable pour les amateurs d’art contemporain, à quelques minutes à pieds du Louvre.

À noter : jusqu’en juin, le sculpteur américain Charles Ray sera ici au cœur d’une importante exposition. Plusieurs autres expositions, consacrées notamment à Felix Gonzalez-Torres ou à Bertrand Lavier, sont aussi au programme.

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Palais Galliera : Paris, capitale de la mode

  • Le Palais Galliera présentait déjà des expositions consacrées à la mode en 1874.

    PHOTO FOURNIE PAR LE PALAIS GALLIERA

    Le Palais Galliera présentait déjà des expositions consacrées à la mode en 1874.

  • L’un des bijoux de la collection Galliera : une robe à la française, portée vers 1730-1740

    PHOTO STANISLAS WOLFF, FOURNIE PAR LE PALAIS GALLIERA

    L’un des bijoux de la collection Galliera : une robe à la française, portée vers 1730-1740

  • La fameuse robe-cage de Jean Paul Gaultier, créée en 1989, peut être admirée entre les murs du Palais Galliera.

    PHOTO STANISLAS WOLFF, FOURNIE PAR LE PALAIS GALLIERA

    La fameuse robe-cage de Jean Paul Gaultier, créée en 1989, peut être admirée entre les murs du Palais Galliera.

  • Une robe du soir doublée d’une cape : une création mythique de Balenciaga datant de 1961-1962

    PHOTO STANISLAS WOLFF, FOURNIE PAR LE PALAIS GALLIERA

    Une robe du soir doublée d’une cape : une création mythique de Balenciaga datant de 1961-1962

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Le Palais Galliera, aussi connu sous le nom du Musée de la mode, n’est pas un nouveau venu dans le paysage parisien. Déjà en 1874, on y présentait la toute première exposition consacrée à l’histoire du vêtement en France. La grande nouveauté de la dernière année ? Le musée a doublé sa superficie d’exposition en installant dans ses sous-sols une nouvelle exposition permanente, mais où les accrochages changent.

Derrière des vitrines éclairées avec précaution – le textile est extrêmement fragile –, on peut suivre l’évolution de la mode parisienne du début du XVIIIsiècle à nos jours.

L’une des plus anciennes pièces est un manteau pour femmes richement orné de fils d’argent. Les plus récentes ont été présentées lors de défilés par Jean Paul Gaultier (pensons à sa fameuse robe-cage), Comme des garçons ou Alexander McQueen. Entre ces deux extrêmes, on peut découvrir comment la mode a évolué, sculptant la silhouette des femmes au gré des envies des créateurs (des hommes qui n’avaient pas à porter ces corsets, crinolines et autres accessoires inconfortables !).

On passe avec la même admiration des robes à faux-culs des années 1880 aux tuniques des années 1920, en passant par les gilets de soie pour hommes ou les robes de chambre faites de coton peint à la main… Ici, les motifs explosent, les paillettes brillent de mille feux, les broderies laissent deviner les efforts qu’il a fallu mettre pour créer de véritables tableaux avec de simples fils. Chaque vêtement est une œuvre d’art à part entière…

Pas surprenant que les créateurs de costumes de théâtre et les designers de mode (John Galliano en tête) passent souvent voir les collections du Palais Galliera pour s’inspirer ! À noter : une exposition consacrée au défilé hommage à Alber Elbaz (présenté à la mort du créateur, en 2021) est à l’affiche jusqu’en juillet. Son titre : Love Brings Love.

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Musée des égouts : dans les entrailles de Paris

  • L’ancienne machinerie, rouillée, peut encore être vue par le public.

    PHOTO STÉPHANIE MORIN, LA PRESSE

    L’ancienne machinerie, rouillée, peut encore être vue par le public.

  • Certains murs portent encore des dessins d’artistes qui ont profité de l’endroit pour laisser leur marque.

    PHOTO STÉPHANIE MORIN, LA PRESSE

    Certains murs portent encore des dessins d’artistes qui ont profité de l’endroit pour laisser leur marque.

  • La visite du Musée des égouts est une expérience étonnante dans les entrailles de Paris.

    PHOTO STÉPHANIE MORIN, LA PRESSE

    La visite du Musée des égouts est une expérience étonnante dans les entrailles de Paris.

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D’abord, il y a l’odeur, impossible à rater et facile à identifier. Puis il y a l’humidité, les tuyaux rouillés qui suintent, l’eau brunâtre qui coule à grand débit. Et finalement, il y a les rats, qu’on voit passer à toute allure au bout d’un tunnel mal éclairé. Bienvenue au Musée des égouts de Paris, qui a rouvert l’automne dernier après trois ans de travaux et devant lequel Parisiens et touristes font la queue !

L’étrange fascination du public pour les égouts de Paris ne date pas d’hier. Déjà à l’Exposition universelle de 1867, des visiteurs étaient invités à descendre sous les pavés pour découvrir ce qui était alors le nec plus ultra de la modernité. Même des têtes couronnées y sont passées. C’est une des nombreuses informations que l’on apprend lors des visites guidées du musée, offertes par des employés des services d’égout parisiens.

Merveilles d’ingénierie pour les uns, objets de curiosité scatologique pour les autres, les égouts ont beaucoup à raconter, en particulier sur le métier de ceux qui doivent entretenir ce dédale de 2675 km de long (soit la distance entre Montréal et Miami !). Heureusement, le métier d’égoutier est moins dangereux qu’au milieu du XIXe siècle, où les employés mouraient jeunes, contaminés par l’air toxique des lieux. Encore aujourd’hui, une visite de ce musée insolite, situé à l’ombre de la tour Eiffel, permet de mieux apprécier le travail de ceux qui veillent à la salubrité de nos villes.

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Hôtel de la Marine : un joyau rendu aux Parisiens

  • Le bâtiment fait face à la place de la Concorde, au cœur du quartier touristique de Paris.

    PHOTO FOURNIE PAR L’HÔTEL DE LA MARINE

    Le bâtiment fait face à la place de la Concorde, au cœur du quartier touristique de Paris.

  • L’hôtel de la Marine, fermé au public depuis 225 ans, cache des intérieurs somptueux.

    PHOTO AMBROISE TÉZENAS, FOURNIE PAR L’HÔTEL DE LA MARINE

    L’hôtel de la Marine, fermé au public depuis 225 ans, cache des intérieurs somptueux.

  • Une des pièces restaurées lors des récents travaux

    PHOTO FOURNIE PAR L’HÔTEL DE LA MARINE

    Une des pièces restaurées lors des récents travaux

  • Marqueterie, tapisserie, mobilier d’époque : tout a été reproduit en respectant le plus fidèlement possible l’allure des lieux au XVIIIe siècle.

    PHOTO FOURNIE PAR L’HÔTEL DE LA MARINE

    Marqueterie, tapisserie, mobilier d’époque : tout a été reproduit en respectant le plus fidèlement possible l’allure des lieux au XVIIIe siècle.

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Pendant 225 ans, ce magnifique bâtiment ayant façade place de la Concorde – juste devant l’obélisque de Louxor – est resté fermé au public. D’abord garde-meuble des résidences royales, l’édifice est passé aux mains de la Marine en 1798. Revenu dans le giron du ministère de la Culture en 2015, il a fait l’objet d’un imposant travail de restauration qui a duré cinq ans pour retrouver son allure du milieu du XVIIIe siècle. À l’époque, l’intendant des lieux a fait un inventaire exhaustif, et ces précieux documents ont permis à l’équipe du musée de retrouver des meubles originaux dispersés aux quatre vents à la Révolution.

Le résultat est spectaculaire. Tapis, tapisseries, commodes en marqueterie, cheminées de marbre et tableaux divers habillent ces salles richement décorées et éclairées à la bougie électrique pour plus d’authenticité.

Pour accompagner le visiteur, le musée a de plus conçu un audioguide très immersif. Les bruits de la rue (correspondant à ceux de l’époque), le glouglou d’une fontaine ou le crépitement d’un feu se mêlent aux explications des résidants et des serviteurs de la maison. On a même parfumé certaines pièces pour ajouter au réalisme ! Un véritable voyage dans le temps.

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Musée Carnavalet : là où il fait bon se perdre

  • Le plus vieux musée de Paris a subi une cure de jouvence et a été fermé pendant quatre ans.

    PHOTO CYRILLE WEINER

    Le plus vieux musée de Paris a subi une cure de jouvence et a été fermé pendant quatre ans.

  • La salle des enseignes est sans conteste l’une des salles les plus intéressantes. Les pièces exposées ici témoignent du riche passé commerçant de la Ville Lumière.

    PHOTO CYRILLE WEINER, FOURNIE PAR LE MUSÉE CARNAVALET

    La salle des enseignes est sans conteste l’une des salles les plus intéressantes. Les pièces exposées ici témoignent du riche passé commerçant de la Ville Lumière.

  • Cette façade de la bijouterie Fouquet, entièrement reconstituée, a été signée par nul autre qu’Alfons Mucha.

    PHOTO PIERRE ANTOINE, FOURNIE PAR LE MUSÉE CARNAVALET

    Cette façade de la bijouterie Fouquet, entièrement reconstituée, a été signée par nul autre qu’Alfons Mucha.

  • Plusieurs pièces ont été placées à hauteur d’enfant.

    PHOTO PIERRE ANTOINE, FOURNIE PAR LE MUSÉE CARNAVALET

    Plusieurs pièces ont été placées à hauteur d’enfant.

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Le plus vieux musée de Paris, créé en 1880 sous l’impulsion de Haussmann, raconte par le truchement de près de 4000 œuvres et objets (la réserve en compte 625 000 !) la tumultueuse histoire de la capitale française. Fermé pendant quatre ans, le musée Carnavalet a rouvert ses portes en mai dernier avec des bâtiments rénovés, des œuvres restaurées et un tout nouveau parcours muséographique chronologique pour son exposition permanente, avec 10 % de la collection désormais placée à hauteur d’enfant.

Inutile d’essayer de découvrir en entier (et en une seule journée) ce musée labyrinthique et foisonnant ; mieux vaut se balader les yeux grands ouverts et se laisser émerveiller par un tableau, une maquette, une façade de boutique reconstituée en entier ou un mascaron provenant de l’illustre Pont-Neuf. De toute façon, on peut multiplier les visites sans se ruiner : l’accès à la collection permanente est gratuit.

Ceux qui connaissaient déjà le lieu seront heureux de savoir que le sous-sol est désormais accessible au public ; on y présente des artefacts datant de la préhistoire jusqu’au Moyen Âge. La collection permanente couvre aussi désormais tout le XXsiècle jusqu’à aujourd’hui. Même les attentats de 2015 chez Charlie Hebdo sont évoqués. Et les salles qui concernent la Révolution sont toujours aussi intéressantes…

À savoir : le musée dispose de très jolis jardins où il est possible de se poser pour boire un verre ou manger une bouchée (en été). Une véritable oasis de tranquillité au milieu du Marais, un quartier toujours très fréquenté par les touristes. À compter de septembre, le musée offrira une exposition temporaire sur la mobilisation citoyenne des Parisiennes.

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