Soit, les voyages sont proscrits, mais rien ne nous empêche de nous évader par le ventre, les yeux ou les oreilles vers de lointaines contrées et de nous imaginer ailleurs pour un soir. Aujourd’hui, direction Barcelone, en Espagne, ville où le couvre-feu est à 22 h !

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

À l’heure de Barcelone

PHOTO FOURNIE PAR KATERINE DENONCOURT

Katerine Denoncourt est une Québécoise qui habite la ville catalane depuis deux ans, où elle travaille comme traductrice.

Réglez vos horloges, à Barcelone, on vit comme les Barcelonais. On dîne plus tard, généralement de 14 h à 16 h et, surtout, pas question de vous attabler pour le souper avant 22 h. La pandémie a néanmoins bousculé les habitudes des Barcelonais, remarque Katerine Denoncourt, Québécoise qui habite la ville catalane depuis deux ans, où elle travaille comme traductrice. Avec le couvre-feu et la fermeture des restaurants en soirée, les soupers se prennent plus tôt, à la maison, remarque-t-elle. « Pour eux, c’est donc horrible de manger à 20 h. Ça me fait rire. Imaginez, nous, on mange à 17 h ! »

Dans l’assiette

  • La chef Carme Màrquez et son conjoint, Sébastien Canuel, ont ouvert le restaurant Bo’Dégât il y a deux ans.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    La chef Carme Màrquez et son conjoint, Sébastien Canuel, ont ouvert le restaurant Bo’Dégât il y a deux ans.

  • De classiques tapas barcelonaises : jambon ibérique, olives marinées, beignets de morue, pain grillé avec tomates râpées, croquettes de jambon et salade de tomates

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    De classiques tapas barcelonaises : jambon ibérique, olives marinées, beignets de morue, pain grillé avec tomates râpées, croquettes de jambon et salade de tomates

  • L’un des plats les plus populaires chez Bo’Dégât : la délicieuse pieuvre à la galicienne, avec pommes de terre et paprika

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    L’un des plats les plus populaires chez Bo’Dégât : la délicieuse pieuvre à la galicienne, avec pommes de terre et paprika

  • Crevettes à l’ail et piments forts et les mini- « bombas » de la Barceloneta, des croquettes de pommes de terre, bœuf et porc avec une sauce piquante

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Crevettes à l’ail et piments forts et les mini- « bombas » de la Barceloneta, des croquettes de pommes de terre, bœuf et porc avec une sauce piquante

  • Le cannelloni aux épinards avec noix de pin et infusion de parmesan est un classique de la cuisine catalane.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Le cannelloni aux épinards avec noix de pin et infusion de parmesan est un classique de la cuisine catalane.

  • En dessert, on déguste une ganache au chocolat avec huile d’olive, fleur de sel et pain de la boulangerie Automne.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    En dessert, on déguste une ganache au chocolat avec huile d’olive, fleur de sel et pain de la boulangerie Automne.

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D’origine catalane, Èric Viladrich i Castellanas est établi à Montréal depuis 17 ans. Après toutes ces années, celui qui est responsable des études catalanes à l’Université de Montréal et vice-président du Cercle culturel catalan, une association qui regroupe des Catalans d’origine et des amoureux de la Catalogne, n’a retrouvé qu’à un seul endroit ici les saveurs authentiques de sa région d’origine : chez Bo’Dégât, un restaurant espagnol ouvert il y a deux ans rue Beaubien, dans le quartier de La Petite-Patrie. « Une merveille, par exemple : le pain grillé avec escalivada, des aubergines et des poivrons rôtis avec un filet d’huile d’olive, décrit-il. Quand tu y croques, tu es chez vous. Tu es dans un bon restaurant à Barcelone ou chez ta grand-mère. »

PHOTO FOURNIE PAR ÈRIC VILADRICH I CASTELLANAS

Èric Viladrich i Castellanas, lors d'un moment « vermut », une tradition catalane

« Nous ne sommes pas comme les restaurants touristiques de la Rambla », lance la chef Carme Màrquez, qui est originaire de la banlieue de Barcelone. Elle a ouvert cet établissement avec son conjoint, Sébastien Canuel, ex-chef machiniste pour le Cirque du Soleil. À l’image de la scène culinaire de Barcelone, on retrouve ici des plats provenant de différentes régions de l’Espagne. « Nous faisons de la cuisine catalane, mais si tu vas à Barcelone, tu vas manger de tout, observe celle qui a travaillé à Singapour au prestigieux restaurant Catalunya, en compagnie du chef Alain Devahive et d’anciens de l’El Bulli. Bien sûr, nous avons l’escalivada, nous avons las bombas de la Barceloneta [croquettes de pommes de terre, bœuf et porc avec sauce piquante], nous faisons de la sauce romesco, mais aussi, nous avons la pieuvre à la galicienne. C’est ça, Barcelone. Ce que j’ai voulu apporter ici, c’est la culture des tapas et de s’amuser. »

On retrouve aussi sur la carte les traditionnels pa amb tomaquet (pain grillé avec tomate râpée et huile d’olive) et patatas bravas (frites avec aïoli et chipotle), des tapas qui, avec les piments de Padrón, incarnent Barcelone pour Katerine Denoncourt.

Lors des fêtes, la chef du Bo’Dégât cuisine également des classiques spécialement pour la communauté catalane.

En attendant de pouvoir s’y attabler pour pouvoir vraiment se sentir à Barcelone, le menu du restaurant est offert pour emporter et en livraison.

> Consultez le site du Bo’Dégât

Dans le verre

« Fer el vermut », littéralement « faire le vermouth », est une sorte de rituel pour les Barcelonais. « C’est l’action de sortir le midi, le samedi et le dimanche, avec les amis, la famille ou tout seul au comptoir et de boire un vermouth, ou une bière, en grignotant des tapas », raconte Carme Màrquez.

On le boit comment, ce vermouth ? « Avec une olive et une tranche d’orange, répond Katerine Denoncourt. C’est très catalan. Si tu commandes un vermouth avec une tranche d’orange à Madrid, ils vont te répondre : vous n’êtes pas en Catalogne ! »

La Catalogne est aussi reconnue pour ses Cava, des vins mousseux élaborés avec des cépages principalement locaux, selon la méthode traditionnelle. Vous préférez le vin rouge ? Carme Màrquez propose le Blau, un vin du Monsant offert au Cellier de la SAQ (« beaucoup de corps, bien corsé, côté fruité prononcé, exceptionnel »), et le Puntiapart de La Vinyeta (« aussi corsé et avec beaucoup de personnalité »).

Dans les oreilles

« Un incontournable de la musique catalane, c’est Lluís Llach, souligne Èric Viladrich i Castellanas. Il ne chante plus, mais c’est un grand homme de culture. Parmi ses chansons, il y a L’Estaca (le pieu), qui est un chant de ralliement qu’on entend dans toutes les manifs contestataires. » Une chanson qui est d’ailleurs présente dans les documentaires que le cinéaste québécois Alexandre Chartrand a réalisés sur le mouvement indépendantiste catalan.

> Consultez le site d’ICI TOU. TV

> Voyez le documentaire Avec un sourire, la révolution !

Pour des airs plus actuels, M. Viladrich i Castellanas recommande la musique d’Els Amics de les Arts, un trio de folk-pop qui devait se produire à Montréal en septembre dernier, mais dont le spectacle a été reporté en raison de la pandémie.

> Consultez la chaîne YouTube d’Els Amics de les Arts

Katerine Denoncourt suggère pour sa part des groupes populaires comme Txarango, Manel et un nouveau venu : Stay Homas, un trio de musiciens colocataires qui se sont fait connaître avec leurs chansons composées pendant le confinement et filmées depuis leur balcon. Ils ont signé un contrat avec Sony et ont sorti un album l’automne dernier. « Maintenant, ce sont des stars ici. Ils font des concerts. Tout le monde sait où ils vivent, où est leur balcon dans le quartier. »

> Consultez la chaîne YouTube de Stay Homas

Apprendre la langue

Èric Viladrich i Castellanas enseigne le catalan à l’Université de Montréal. Il invite tous ceux et celles qui songent à visiter Barcelone, une fois la pandémie passée, à apprendre les rudiments de la langue. Une suggestion que Katerine Denoncourt, qui parle quatre langues, dont le catalan, fait à tous ses amis qui prévoient lui rendre visite. L’expérience, assure-t-elle, sera totalement différente.

Et c’est une langue facile à apprendre pour les francophones, constate l’enseignant, particulièrement pour les Québécois, qui acquièrent rapidement une bonne prononciation. Comme le veut la blague qui circule dans la communauté, « au Québec, il fait frette », ça sonne autant québécois que catalan !

La prochaine session de cours, donnés par l’Université de Montréal et ouverts aux étudiants libres, commencera en mai.

> Consultez le site du Cercle culturel catalan

> Consultez le site du Centre de langues de l’Université de Montréal

Un monument culturel

PHOTO FOURNIE PAR KATERINE DENONCOURT

Une tour humaine à laquelle a participé Katerine Denoncourt à Barcelone

À ne pas essayer dans votre salon, sans avoir reçu un minimum de formation. Mais en attendant de pouvoir s’y exercer (des entraînements ont habituellement lieu à Montréal hors pandémie), on prend plaisir à regarder les tours humaines (castells), une tradition bien ancrée à Barcelone et à laquelle Katerine Denoncourt participe. « C’est très impressionnant à voir, dit-elle. Ici, c’est énorme, ça va jusqu’à 10 étages de personnes. En haut, ce sont des enfants. C’est un clash avec notre culture. »

« N’importe qui, avec n’importe quelle condition physique, peut le faire. Tout le monde a une place et c’est ça qui est génial. Une fois que le château est monté et démonté, ce qui est le plus difficile, c’est l’euphorie. »

> Regardez la vidéo sur les tours humaines