(Cité du Vatican) Les musées du Vatican, parmi les plus visités au monde avant la pandémie du coronavirus, ont rouvert leurs portes lundi pour le plaisir quasi exclusif des Romains, exemptés de jouer des coudes avec les touristes étrangers.

Alexandria SAGE
Agence France-Presse

Les lourdes portes se sont ouvertes lundi matin pour laisser entrer, parmi les premiers, Martina Sorrenti et Vincenzo Spina, des guides touristiques en manque d’art, venus pour leur propre plaisir.

« Ces dernières années, le musée était notre seconde maison. Aujourd’hui on redécouvre un endroit devenu légèrement flou dans nos souvenirs », a lancé Vincenzo.

En route pour contempler la somptueuse copie romaine en marbre du prêtre grec Laocoon et ses deux fils attaqués par des serpents, découverte au XVIe siècle dans des fouilles. Les deux guides comptaient aussi enchaîner sur le monument le plus visité de Rome, l’amphithéâtre romain du Colisée, également rouvert comme la plupart des sites culturels d’Italie, qui a décidé de relâcher un peu les restrictions liées à l’épidémie du coronavirus.

« Aujourd’hui est une fête », s’est exclamée la directrice des musées Barbara Jatta, en accueillant les journalistes dans des couloirs quasiment vides.

La maîtresse des lieux recommande un arrêt dans les anciens appartements Borgia, résidence privée du pape Alexandre VI, décédé en 1503. « Vous entrez dans une admirable ambiance du XVe siècle », vante-t-elle, « avant c’était caché par des bâches ».

Pendant les mois de fermeture, la chapelle Sixtine, chef-d’œuvre de l’art de la Renaissance connue notamment pour sa voûte peinte par Michel-Ange, a eu droit non seulement à la vérification annuelle de l’état de ses plafonds, mais ses fresques murales ont été soumises à une grande opération de dépoussiérage. Lundi, elle pouvait être admirée presque vide, chose impensable en temps normal.

L’immense palais est subdivisé en de nombreux musées thématiques abritant des collections égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, chrétiennes, même si les visiteurs tendent à privilégier les œuvres de la Renaissance de Raphaël et de Michel-Ange.

Finances papales en berne

La réouverture des musées du Vatican (du lundi au samedi, sur réservation obligatoire) va aussi apporter une petite bouffée d’oxygène aux finances en berne du pape François.

En 2019, les musées avaient attiré sept millions de visiteurs, générant — selon des estimations non officielles — environ 100 millions d’euros en billetterie, sans inclure les lucratifs revenus de ses boutiques et de ses visites guidées.

Or au cours des 12 derniers mois, leurs portes ont été complètement fermées presque la moitié du temps, du 9 mars au 1er juin à l’occasion d’un confinement total de l’Italie, puis de début novembre au 1er février.

Entre ces deux périodes de silence, les foules habituelles de touristes étrangers étaient déjà grandement absentes de ses sept kilomètres de galeries menant au joyau des musées pontificaux, la chapelle Sixtine.

Les revenus des musées du Vatican sont cruciaux pour le siège mondial de l’Église catholique, qui n’a licencié aucun de ses quelque 5000 employés et ne dispose pas de caisse d’assurance chômage.

Les musées emploient à eux seuls 700 personnes, dont 300 gardiens, mais aussi des restaurateurs d’art et des chercheurs hautement qualifiés qui veillent sur ses riches collections.

La réouverture intervient dans le contexte plus serein de la campagne vaccinale qui bat son plein dans le petit État.

« Il fallait que je profite de l’occasion », a confié lundi Sanon Bertin, un prêtre qui vit à Rome depuis six ans, mais n’était jamais venu là. Le père Richard Corbon, qui l’accompagnait, s’est réjoui de parcourir un lieu « libre de la pression des touristes », où « les employés semblent presque plus nombreux que les visiteurs ! »

Si les salles ont accueilli en moyenne quelque 23 000 visiteurs par jour en 2019, Barbara Jatta espère bien séduire « plusieurs milliers de personnes » par jour dans les prochaines semaines, car « c’est vraiment le moment de venir voir les musées du pape ».