(Washington) « Cette année, je n’ai fait qu’annuler mes voyages ! » Comme pour Keith Gibbons, le monde se rétrécit pour les Américains lorsqu’il s’agit de programmer des vacances d’été en pleine résurgence de la pandémie de COVID-19.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

« C’est très frustrant », confie ce Washingtonien âgé de 61 ans, après des mois de télétravail.

Partir à l’étranger ? L’écrasante majorité des pays n’acceptent toujours pas les ressortissants américains sur leur sol puisque la pandémie flambe aux États-Unis : le coronavirus a infecté plus de 3,69 millions de personnes et a tué près de 140 000 personnes.  

Voyager à travers le pays ? Oui, mais ce n’est pas si simple dans un pays gigantesque où les décrets sont partout différents.  

Certains États imposent ainsi des quarantaines aux visiteurs. C’est le cas d’Hawaii où le gouverneur de cet État de l’océan Pacifique impose une autoquarantaine de 14 jours.

Il a en outre annoncé jeudi qu’à compter du 1er septembre, les visiteurs devraient obligatoirement se soumettre à un test de dépistage dans les 72 heures avant leur voyage et présenter une preuve de résultat négatif.

De son côté, l’État de New York a allongé cette semaine la liste des États américains – 22 désormais – dont les visiteurs sont aussi contraints à l’isolement en passant la frontière.

Depuis vendredi, les personnes venant d’Iowa et Oklahoma ont, elles, rejoint leurs concitoyens de 15 autres États du pays, qui ne pourront se rendre à Chicago qu’à la condition sine qua non d’avoir observé une quarantaine, sous peine d’amendes.

Et, dans les traditionnelles destinations estivales de la Californie et de la Floride, les cas d’infections explosent, de quoi faire rebrousser chemin les plus enthousiastes malgré la réouverture partielle des grands parcs d’attractions par Disney, il y a une semaine.  

Quant aux croisières, une forme de tourisme très prisée, elles sont elles aussi bannies jusqu’à la mi-septembre au moins.

« Sage d’aller nulle part »

À ce stade, « il semble sage d’aller nulle part, soit en raison de la situation sanitaire locale, soit parce que les hôtels et autres établissements prennent des mesures de prévention telles que le voyage présente moins d’intérêt », commente Keith Gibbons.

« Se rendre dans un bel hôtel pour le week-end, mais avec des restaurants fermés, la piscine fermée, des services limités, ce n’est pas très drôle », dit-il.

Saher Rizvi, 40 ans, devait partir 10 jours en vacances à Monaco avec son mari et leurs deux garçons de 5 et 7 ans. Le voyage a été annulé.

Aujourd’hui, elle a une seule certitude : ils ne prendront ni l’avion ni le train.

« Je ne pense pas que ce soit sûr » sur le plan sanitaire, ajoute cette neurologue qui scrute l’évolution de la pandémie tout comme Robert Smith qui a annulé son voyage dans la baie de San Francisco, mais qui espère toujours rendre visite à des amis en Virginie occidentale en août.  

Bien sûr, voyager en avion et en train peut se justifier par un déplacement professionnel incontournable ou une urgence familiale. « Mais voyager pour les loisirs, il me semble que le jeu n’en vaut pas la chandelle », souligne Mme Rizvi.

Et d’ironiser sur sa situation : « mon mari essaie de me convaincre de louer une auto-caravane ». « Je ne suis pas complètement sûre » d’en avoir envie, dit-elle en éclatant de rire. Car entre un séjour dans la principauté de Monaco au bord de la mer Méditerranée et un voyage en auto-caravane, il y a un monde.

Les classes moyennes aisées des États-Unis ont l’habitude de s’offrir un beau voyage l’été. Mais elles sont aujourd’hui déboussolées.

Les récentes vagues d’infection ont un impact dévastateur, note la Fédération américaine du voyage : début juillet, les réservations d’avions et d’hôtels avaient baissé de 73 % comparé à juillet 2019.

Selon une enquête récente par l’institut de recherche Longwoods International, 76 % des voyageurs étaient prêts à modifier leur projet de vacances prévu dans les six prochains mois en raison de la pandémie. 45 % l’ont même tout bonnement annulé.

« Je n’ai pas de raison de me plaindre. Plein de gens sont morts ou malades. J’ai de la chance, j’ai toujours mon travail », philosophe Keith Gibbons qui a annulé en mars un séjour en Floride, un autre en juin à Rehoboth dans le Delaware et un voyage au Portugal programmé pour septembre.

Selon la fédération, qui regroupe notamment l’hôtellerie et la restauration, les loisirs et le transport aérien, les Américains vont majoritairement se déplacer en voiture et rester dans un périmètre restreint autour de leur domicile même si les plus téméraires s’aventurent dans les parcs nationaux.

Conséquence : avec des dépenses de voyages domestiques qui vont chuter de 40 % cette année, le secteur est sinistré.