Un quartier se définit par ses habitations, ses commerces, ses services et les gens qui y vivent et y travaillent. Mais pas seulement. C'est aussi une histoire et l'esprit de ceux qui l'ont créée. C'est ce dernier aspect, mystérieux et le plus souvent méconnu, que Montréal hanté nous invite à découvrir, le soir.

Mis à jour le 12 oct. 2017
Christiane Desjardins LA PRESSE

Au cours d'une marche à la noirceur de 90 minutes, on arpente les rues d'un quartier - Griffintown, le centre-ville ou le mont Royal - pour en découvrir la petite histoire, sombre de préférence, et ses légendes. Un guide conteur et sa lanterne mènent la marche et nous éclairent sur le passé de lieux historiques reconnus, ou en apparence anodins, et les fantômes qui les hantent.

Pour Griffintown hanté, promenade à laquelle nous avons participé récemment, c'est Monsieur E (Émile Beaudry), un acteur professionnel, qui a éclairé notre lanterne sur le riche passé de ce quartier du sud-ouest de Montréal.

Peur et misère

Le Griffintown d'antan, c'est la venue en masse d'Irlandais qui fuyaient la famine de l'autre côté de l'Atlantique, au milieu du XIXe siècle, et qui arrivaient dans des bateaux cercueils, véritables incubateurs de typhus. Pour tenter d'enrayer l'épidémie, le maire de Montréal, John Easton Mills, a fait construire des bâtiments, pour accueillir et soigner les malades, et s'est lui-même improvisé infirmier à ses heures. Si bien qu'il a attrapé la maladie lui-même et qu'il en est mort, comme 5000 Irlandais. Il s'en trouve pour dire que le spectre du «maire martyr» rôde parfois dans le coin, dans ses vêtements d'époque.

L'histoire de Griffintown, c'est aussi la construction du canal de Lachine, la vie ouvrière, la religion, ses coutumes, la pauvreté, le regain avec l'industrialisation, le déclin avec la désindustrialisation, ses drames, ses accidents et ses crimes, tombés dans l'oubli. Il en est une cependant qui refuse obstinément qu'on l'oublie: Mary Gallagher, une prostituée qui a fini décapitée par une copine, le 26 juin 1879, dans une maison sise à l'angle des rues William et Murray. Même si la maison n'est plus là et que le terrain est en friche, on dit que Mary revient tous les sept ans hanter les lieux, à la recherche de sa tête.

Mary devrait se hâter de trouver sa tête parce qu'à sa prochaine apparition, prévue pour 2019, c'est un immeuble de condos (un autre) qui devrait se dresser sur les lieux de la tragédie. «On m'a dit que le terrain a été vendu et qu'il y aura des condos», confirme Donovan King, le créateur de Montréal hanté. C'est M. King, comédien, enseignant d'anglais et d'histoire, et guide pour la Ville de Montréal, qui a créé les parcours.

Le concept de visites de villes hantées existe déjà dans plusieurs villes des États-Unis et du Canada, dont Montréal, avec les Fantômes du Vieux-Montréal, une entreprise qui existe depuis plus de 15 ans. «L'idée, c'est d'agrandir l'industrie hantée à Montréal. On dramatise les visites pour les rendre plus intéressantes. On aimerait mettre Montréal sur la carte comme étant la ville la plus hantée au Canada», résume Donovan King.

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Coût pour le parcours: 23 $

Pour horaire et info: info@hauntedmontreal.com

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

La construction du canal de Lachine a été un élément clé de l'histoire du quartier Griffintown.