Le plus audacieux produit de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), l'auberge de montagne des Chic-Chocs, souffle cette année ses cinq bougies. Si l'endroit s'est fait un nom parmi les adeptes de plein air, il reste encore à y attirer les Québécois moins sportifs à la recherche de vacances contemplatives.

Mis à jour le 15 févr. 2010
Martine Bouliane, collaboration spéciale LA PRESSE

Pour se rendre à l'auberge de montagne l'hiver, il faut emprunter une chenillette. Elle nous amène littéralement au coeur de nulle part, dans le massif montagneux gaspésien. Pas complètement nulle part, en fait, à l'auberge.

Ce petit établissement hôtelier chaleureux, où le bois domine, ne peut héberger que 32 personnes par nuit. Ici, l'homme est en pleine nature et il n'est pas rare de voir, au cours d'un séjour, des orignaux et parfois même des caribous.

Bien que sa description fasse rêver, ce produit touristique demeure difficile à vendre. Non pas en raison de sa qualité, plutôt de son originalité.

Les clients se retrouvent dans un terrain de jeu de 60 km2 sans âme qui vive à la ronde, dans un confort certain proche du luxe, à déguster de bons plats mitonnés par le chef dans une ambiance conviviale, où tout le monde mange à une même grande table. «Pour l'auberge, le bouche à oreille est primordial parce que c'est un produit bizarroïde et assurément hors norme. Le plus convaincant, c'est d'entendre les commentaires de quelqu'un qui a aimé son expérience ici», estime Gilbert Rioux, chargé de projet à la SEPAQ.

Selon les sondages effectués auprès de sa clientèle, l'auberge peut compter sur de nombreux clients satisfaits de leur expérience hors des sentiers touristiques battus pour faire connaître la bonne nouvelle. «Nous avons un bon taux de retour de nos clients. Une trentaine de couples sont même venus trois fois et plus au cours des cinq dernières années», note M.Rioux.

Offert l'été et l'hiver, ce séjour idyllique, de trois ou quatre jours pendant la saison froide, attire les adeptes de sports hivernaux, qu'il s'agisse de la raquette ou du ski de haute route. Cette activité s'apparente au ski alpin sans remonte-pente et dans la poudreuse. «C'est une expérience. Près des trois quarts des gens l'essaient quand ils viennent ici», dit M.Rioux.

Paysages montagneux

L'hiver, donc, l'auberge attire une clientèle essentiellement québécoise et sportive. La SEPAQ souhaite maintenant attirer aussi davantage de contemplatifs. En fait, apprécier la beauté des paysages montagneux environnants est une raison en soi d'effectuer le voyage. «Cette année, nous offrirons des séjours axés sur le yoga et la peinture. Ce sera en quelque sorte un test pour aller chercher cette clientèle», dit M.Rioux.

C'est une façon de tâter le terrain aussi pour le prochain projet de la SEPAQ en lien avec l'auberge: un second bâtiment, situé juste assez loin dans la réserve faunique de Matane pour ne pas que les clients se pilent sur les pieds. Il accueillerait quelque 24 personnes pour des séjours moins sportifs.

Toutefois, aucune date n'est arrêtée pour sa construction. L'idée est d'abord d'afficher complet le plus souvent possible dans l'auberge existante. Impossible de connaître le taux d'occupation des lieux, une donnée tenue secrète. Toutefois, souligne M.Rioux, l'achalandage est en croissance constante depuis l'ouverture.

L'été demeure plus facile à vendre que l'hiver. Des forfaits de deux ou trois jours permettent de faire un saut à l'auberge et de vivre en pleine nature avant de reprendre la route et de continuer le classique tour de la Gaspésie. «Un de nos objectifs est d'avoir une clientèle européenne, mais ça prend plus de temps à développer. L'été, la clientèle hors Québec représente près du quart du total, contre 10% à l'année», souligne M.Rioux.

Quant à la clientèle du Nord-Est américain, que la SEPAQ comptait courtiser au départ, elle a été délaissée. La conjoncture économique et la nécessité de posséder un passeport ayant ralenti les ardeurs publicitaires de ce côté.

Une chose est certaine, il n'y a pas de projet de construction d'une auberge du genre ailleurs au Québec. Pour bénéficier d'un séjour «sauvage» dans une auberge de cette catégorie, il faudra se rendre en Gaspésie, dans les Chic-Chocs. Et ça vaut le coup, été ou hiver.

Auberge de montagne des Chic-Chocs: www.sepaq.com/chc/fr/auberge.html