Il n'en reste que des blocs gigantesques de béton armé recouverts de végétation sauvage: la Wolfsschanze (Tanière du Loup), quartier général d'Adolf Hitler, qu'il fit sauter en 1945, est aujourd'hui une grande attraction touristique du nord-est de la Pologne.

Maja Czarnecka AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est ici, à l'intérieur de ce bunker que vivait Hitler. Il y a passé au total plus de 800 jours, soit près de la moitié de la guerre», explique un guide, Jerzy Szynkowski. «C'est ici que naissaient ses idées les plus paranoïaques: l'extermination des Juifs, les camps de la mort, la décision de raser la capitale de la Pologne après l'écrasement de l'Insurrection de Varsovie de 1944», poursuit-il.

En voyant les murs de son bunker, épais de 6 mètres, et les restes du plafond mesurant 8 mètres d'épaisseur, un enseignant allemand de 44 ans, Christian Tribus, n'a que ces mots: «il était complètement fou».

De nombreux touristes se promènent aujourd'hui sur ce terrain de 250 hectares à Gierloz près de Ketrzyn, l'ancienne Rastenburg. Il abritait jadis quelque 200 bâtiments qui accueillaient jusqu'à 2.000 personnes, adjudants, gardes SS, le maréchal Hermann Goering, le feld-maréchal Wilhelm Keitel, ou le médecin personnel du dictateur.

Adolf Hitler y a aussi accueilli des visiteurs alliés de l'Allemagne nazie, comme le dictateur italien Benito Mussolini qui est venu trois fois.

Ce QG, caché au coeur d'une forêt entourée de lacs et de marécages dans l'ancienne Prusse orientale, a été le plus grand des dix utilisés par Hitler. Ce fut l'endroit idéal pour commander l'invasion de l'URSS. Hitler y est venu le 24 juin 1941, deux jours après l'attaque. Il le quitta le 20 novembre 1944, à l'approche de l'Armée Rouge.

Pendant l'hiver 1945, les sapeurs allemands avaient dû utiliser environ 10 tonnes d'explosifs pour chaque bunker de ce quartier général. Après la guerre, il a fallu y enlever 54.000 mines.

Ouvert au public par les autorités polonaises, le site est géré depuis la chute du communisme en 1989 par une société privée à capitaux polonais et autrichiens.

«En moyenne, 200.000 touristes viennent ici chaque année, surtout des Allemands, mais aussi beaucoup de Polonais», explique le patron de la société, Jan Zaluska. «Les derniers films sur Hitler et sur l'attentat manqué contre lui attirent encore plus de touristes».

C'est ici que le comte Claus Schenk von Stauffenberg avait tenté de tuer Hitler le 20 juillet 1944. Mais un officier, gêné par le porte-documents où se trouvait la bombe, l'avait déplacée avant qu'elle n'explose, à 12H45, épargnant Hitler qui s'en était sorti avec quelques égratignures. Le colonel Stauffenberg et trois autres conjurés furent exécutés le soir même de l'attentat.

«C'est un endroit à la fois honteux de l'histoire de l'Allemagne et glorieux grâce à Stauffenberg», dit Rainer Jonas, un officier de la Bundeswehr à la retraite.

«A l'époque de la Guerre froide, nous ne pouvions pas venir ici», dit cet officier allemand qui a eu la chance d'avoir pour commandant Bertold von Stauffenberg, l'un des trois fils du colonel. «Il nous a beaucoup parlé de l'attentat, sa famille a beaucoup souffert».

«Ce n'est pas par hasard que je suis là, peu avant le 1er septembre», dit cet officier qui a aussi visité Westerplatte, où ont eu lieu les premiers combats de la Seconde guerre mondiale en 1939.

Mardi, la Pologne célèbrera à Westerplatte le 70e anniversaire du déclenchement de la guerre, en présence notamment de la chancelière allemande Angela Merkel et du Premier ministre russe Valdimir Poutine.