Tout ce que vous croyez savoir à propos de Los Angeles est vrai. Le hic, c'est que cela ne représente que la moitié du tableau. L'autre moitié se découvre sur place, au cours d'une balade dans les Hollywood Hills, ou autour d'une bière artisanale, dans l'éclectique quartier Silverlake. Avis aux voyageurs pressés: la deuxième ville des États-Unis ne se laisse pas découvrir en un week-end. On peut y passer sa vie sans en avoir fait le tour.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

Personne à ma connaissance n'a encore réussi à résumer Los Angeles en une phrase. Celui qui s'en approche le plus est l'auteur James Ellroy. Il a un jour écrit: «Los Angeles est maladivement omniprésente, mais n'est discernable que lors de coups d'oeil furtifs.» Cette formulation est plutôt énigmatique, mais après bientôt trois ans passés ici, je vois où l'auteur de L.A. Confidential veut en venir.

C'est ainsi que la ville se dévoile. Par des coups d'oeil furtifs.

Pour moi, cela représente une Sierra Nevada pale ale fraîche et des escargots à l'ail au Cafe Figaro, dans Los Feliz, le quartier qui a vu naître le cinéma américain. Une promenade à pied au coucher du soleil jusqu'au Griffith Observatory, le planétarium Art déco où James Dean s'est battu au couteau dans Rebel Without a Cause. Un après-midi à vélo à grimper les Santa Monica Mountains de Malibu, un endroit isolé où les montages de calcaire et les bosquets de sauge vous transportent dans le sud de la France...

Dire que Los Angeles est une ville-champignon est un euphémisme. En 1889, la ville comptait 11 000 habitants, réunis dans ce qui est aujourd'hui le centre-ville.

Aujourd'hui, 17 millions de personnes habitent la région métropolitaine de L.A. Avec tout ce que cela comprend en termes de «boulevards Taschereau» impersonnels et d'autoroutes bondées.

Tout cela peut sembler intimidant. Or, avec quelques points de repère, on s'y retrouve assez facilement.

Premier aspect déroutant: les gens. On pourrait croire que la présence d'à peu près tous les millionnaires du cinéma et de la musique a rendu la population de L.A. blasée ou antipathique. Rien n'est plus faux. Les Angelenos sont ouverts et accueillants. Dans les bars, les conversations naissent spontanément. Les serveurs des meilleurs restaurants vous recevront sans la moindre trace de snobisme, une attitude très west-coast dont auraient avantage à s'inspirer certains de leurs confrères montréalais...

Par où commencer sa visite de L.A.? Bonne question... Si New York est un personnage, Los Angeles est une trame de fond. La ville n'a pas de centre. Son point focal bouge avec vous.

Certains quartiers sont incontournables. Longtemps négligé, le centre-ville, est aujourd'hui en pleine explosion. On y trouve de nombreuses galeries d'art, des hôtels et plusieurs des bars les plus en vue de L.A.

Situé au coin de First Street et Grand Avenue, l'imposant Disney Concert Hall, dessiné par l'architecte canadien Frank Gehry, est en voie de devenir l'emblème officiel de la ville. De l'autre côté de la rue se trouve le Museum of Contemporary Art (MOCA), qui présente des artistes établis.

Nulle visite du centre-ville n'est complète sans un verre au bar situé sur le toit de l'hôtel Standard, au coin de Flower et de 6th Street. L'endroit offre un point de vue à couper le souffle sur des tours du centre-ville. En soirée, le toit de l'hôtel se transforme en piste de danse.

Les collines luxuriantes

C'est dans l'ouest de L.A. que sont situés les quartiers les plus chics. Une balade en voiture dans les rues ombragées de Bel Air et de Beverly Hills vous fera oublier le stress de la ville - et vous donnera un aperçu de l'opulence des villas que les stars achètent et revendent au gré de leurs humeurs.

Le musée Getty Center vaut le détour, tant pour les expositions (gratuites), que pour l'architecture des bâtiments, les jardins et les points de vue sur Los Angeles et l'océan.

Sur le chemin du retour, empruntez le célèbre Mulholland Drive, et vous voilà perché au-dessus d'Hollywood, au milieu des palmiers et les bougainvilliers aux couleurs éclatantes. Descendez sur Sunset Boulevard, et les chances sont bonnes pour que vous croisiez un des «taco trucks» qui se déplacent un peu partout en ville. Jonathan Gold, le critique resto du L.A. Weekly et lauréat d'un prix Pulitzer, soutient que c'est dans les «taco trucks» que l'on trouve la meilleure bouffe mexicaine en ville.

Manger un taco au poulet avec une tonne de sauce piquante, debout sur le trottoir, en compagnie de parfaits inconnus, est une expérience typique à L.A.

L'architecture plein la vue

Une bonne partie de l'architecture de Los Angeles a été conçue pour attirer le regard des automobilistes. Les babillards d'affichage et les enseignes criardes se comptent par milliers. Ce n'est qu'un leurre: les architectes Frank Lloyd Wright, Rudolph Schindler, Frank Gehry et Richard Meier ont construit certaines de leurs plus belles oeuvres à Los Angeles. On les découvre en se baladant dans le quartier Silverlake et dans les rues résidentielles des Hollywood Hills, recouvertes de verdure, où l'on se sent vite perdu comme au milieu de la jungle.

Le boulevard Hollywood, près d'Orange Street, est le coeur touristique de la ville. C'est là que se trouve le Chinese Theatre, une somptueuse salle de cinéma ouverte depuis le milieu des années 20, et où les stars comme Marilyn Monroe, Cary Grant et Humphrey Bogart ont laissé l'empreinte de leurs mains dans le ciment, devant l'entrée. La salle est impressionnante, mais le cinéma le mieux coté en ville de nos jours est le ArcLight, sur Sunset Boulevard, un complexe réalisé avec goût et sobriété, où vous pouvez réserver vos sièges sur l'internet.

Pour une soirée «old school», attablez vous chez Musso and Frank, le plus vieux restaurant d'Hollywood. Ouvert en 1919, le steakhouse servait de deuxième salon à l'écrivain Charles Bukowski, qui habitait tout près. La petite histoire veut que Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks aient déjà fait une course à cheval sur Hollywood Boulevard jusque chez Musso and Frank; le perdant payait le steak.

Je ne peux pas écrire sur Los Angeles sans mentionner l'océan. C'est près du Pacifique que j'ai choisi d'habiter. Le boardwalk de Venice, intéressant à visiter durant l'été, est rempli de cracheurs de feu et de «gourous» qui liront votre avenir dans les lignes de votre main.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez louer un vélo et explorer la piste cyclable qui longe la plage vers le nord, sous le célèbre quai de Santa Monica et jusqu'à Malibu. La brise du large dans les cheveux, du sable dans les souliers: c'est la meilleure façon de comprendre pourquoi des millions de personnes, au fil des siècles, ont choisi de plier bagage et de tout laisser derrière pour aller refaire leur vie sous le soleil de Los Angeles.

Les bonnes adresses

> Où loger

Tout dépend de vos goûts. Si vous aimez la vie culturelle et la vie nocturne, il faut regarder du côté de West Hollywood, Los Feliz et du centre-ville. Pour relaxer et passer quelques jours près de l'océan, il vaut mieux loger à Santa Monica ou à Venice.

> Quand y aller

Le climat à L.A. est agréable toute l'année. Toutefois, le début de l'été et l'automne sont les meilleurs moments pour visiter la ville. Les chaleurs de juillet et d'août envoient les gens à la plage. L'hiver est pluvieux et ressemble beaucoup à l'automne au Québec.

> Où manger

Le steakhouse Musso and Frank, sur Hollywood Boulevard est un incontournable. Primitivo, sur Abott Kinney, à Venice, offre des tapas fabuleux et une excellente carte des vins. Pink's Hot Dog, sur La Brea, est une institution du fast food où les gens font toujours la file sur le trottoir. Jones, sur Santa Monica Boulevard à Hollywood, est un bistro sombre et toujours bondé. Pour avoir l'impression d'être dans un film de David Lynch, allez prendre un verre au Dresden, sur l'avenue Vermont, dans Loz Feliz. Paradise Cove à Malibu est un restaurant familial sans prétention situé directement la plage. Finalement, pour faire comme les «locaux», commandez un «double-double animal style» chez «In and Out», la chaîne de restauration rapide qui fait la fierté de la Californie. Certains ex-Californiens s'y précipitent dès leur descente d'avion.

> Où sortir

The Edison, sur 2nd Street, est un restaurant discothèque très en vue. Sunset Strip, dans West Hollywood, compte plusieurs boîtes de nuit, tout comme le quartier Silverlake, où des bars comme Hotel Cafe, Spaceland et Silverlake Lounge présentent les spectacles des groupes locaux et indépendants. Visitez Flavorpill (flavorpill.com/losangeles) pour savoir ce qui se passe en ville.

> Où magasiner

Les endroits où dépenser de l'argent ne manquent pas à L.A. Les boutiques de l'avenue Melrose, près de La Brea, sont très courues pour leurs aubaines et leurs vêtements de designers. Une promenade le long de la rue Abbott Kinney, à Venice, donne un bon aperçu des créations des designers locaux. Rodeo Drive, à Beverly Hills, déborde de boutiques haut de gamme où 100 $ ne vous mènent pas bien loin.

> Quoi lire

Côté bouffe, le guide Zagat de L.A. est un compagnon idéal, de même que le site de critiques yelp.com. Pour l'ambiance, lisez Le goût de Los Angeles, aux éditions Le petit Mercure, un petit bouquin qui rassemble des textes d'Aldous Huxley, F. Scott Fitzgerald, Evelyn Waugh, John Fante, Bertolt Brecht, des auteurs qui ont tous vécu ou séjourné à L.A.

Le roman Ask The Dust de John Fante évoque la sous-culture de L.A. dans les années 30, tout comme les polars de Raymond Chandler et, plus tard, ceux de James Ellroy. Dans Women, Post Office et Ham on Rye, le poète Charles Bukowski parle de son amour et de son dégoût pour la ville où il a vécu toute sa vie.

> Louer une voiture ou pas

Je vous recommande fortement de louer une voiture. À Los Angeles, les distances sont immenses, et rendent prohibitifs les déplacements en taxi. Le métro ne couvre pas toute la ville. Les autobus ne passent pas souvent et les trajets sont interminables. Pour ce qui est du trafic, ne vous laissez pas intimider. À l'exception des heures de pointe sur les autoroutes, on se déplace généralement avec aisance. Petit secret: les conducteurs californiens sont plus relax que ceux de Montréal. Et moins portés sur le klaxon.