Alcatraz. Pour moi, c'était le moment fort de ce voyage de quatre jours à San Francisco. Une balade en bateau sur la baie. Une visite de la prison mythique. Une vue imprenable sur la ville et le Golden Gate. J'avais hâte.

André Duchesne LA PRESSE

Vigilante, ma conjointe avait réservé nos billets sur l'internet. Une décision salutaire car, en règle générale, les excursions sur The Rock affichent «complet» plusieurs jours à l'avance.

 

Nous devions nous y rendre en début d'après-midi. Nous avions tout notre temps. Nous avions donc planifié passer notre matinée à flâner le long des quais de Fisherman's Wharf.

Mais d'abord, déjeunons!!! Depuis notre arrivée, j'étais attiré par ce restaurant de type «diners» au cachet suranné juste à côté de notre hôtel. Banquettes de cuir, bordures en acier inoxydable, long comptoir planté de chaises tournantes. La totale!

Le menu était à l'avenant. Lire: gargantuesque. J'opte pour l'omelette au corned beef, viande avec laquelle j'ai rarement devisé. «Après tout, une fois n'est pas coutume», me dis-je en replongeant le nez dans mon San Francisco Chronicle après avoir passé ma commande.

Erreur. Grave erreur!

«Me semble que l'omelette ne passe pas», dis-je une heure plus tard à ma tendre moitié dans le tram nous conduisant vers les quais. Je me dis que ce doit être une mauvaise digestion passagère.

Mais non, ça ne passe pas. En fait, ça empire! Je gémis en marchant le long des quais. Quelques rares moments de répit entrecoupent de longues douleurs intestinales. Mais comme j'ai la tête dure, je ne veux rien savoir de retourner à l'hôtel. Nous sommes en vacances. Je veux visiter les environs. Je veux voir Alcatraz.

«Si j'étais dans cet état, qu'est-ce que tu ferais?», me lance ma conjointe.

«Ben, je t'amènerais voir le médecin.»

Merci, bonsoir, c'est la fin des émissions. Il n'y a rien à répondre à un tel argument massue.

Adieu Alcatraz!

Vive l'Amérique!

Je ne le sais pas encore mais je suis sur le point de faire connaissance avec le système de santé américain.

Nous retournons à l'hôtel. Les crampes persistent. Ma conjointe descend à la réception où le directeur appelle l'ambulance.

Elle n'arrive pas seule mais avec un... camion de pompiers surmonté d'une grande échelle. Le malade logeant au 7e étage, il n'y avait aucune chance à prendre.

On nous amène au San Francis Memorial Hospital. Wow! Le traitement cinq étoiles. Endroit hyper propre, zéro lit dans les corridors, personnel attentif, soins instantanés. On me branche sur un paquet de trucs, je réponds à des tonnes de questions, test d'urine, prise de sang. On m'envoie passer un scan. Pas une radiologie, un scan! Encore une fois, zéro attente. Je suis glissé et ressorti du gros «Life Savers» en moins de temps qu'il n'en faut pour faire chlik-chlak avec une carte de crédit dans la glissière d'un appareil d'achat électronique.

J'ai la douloureuse impression de voir défiler le compteur des dollars à une vitesse folle devant mes yeux. Heureusement, j'ai des assurances. D'ailleurs, on n'a pas pris de temps à l'hôpital pour photocopier mon passeport, ma carte d'assurance maladie, ma carte d'assurance personnelle, mon permis de conduire, alouette.

Le médecin réussit très vite à chasser la douleur avec je ne sais trop quel médicament injecté par intra-veineuse. Quant au diagnostique, il est incertain. Au bout de quelques heures, on me donne congé avec ordre de réduire ma consommation de gras et de me faire inspecter la vésicule biliaire au retour.

Avant de sortir, nous passons par les urgences. Celles où, au Québec, les gens s'entassent sur des sièges trop durs devant une télé beuglante et enneigée. Encore là, le choc. La salle est impeccable et moderne, les fauteuils sont confortables, le calme règne. Il faut dire que ce n'est pas bondé.

Quelques semaines plus tard, je reçois une première facture: 525 $ pour les frais du médecin. «C'est tout», que je demande au préposé à la perception au bout de la ligne. «Non, non, dit-il, vous aurez d'autres frais à payer pour l'ambulance et les examens», dit-il.

C'est sans compter que le dollar canadien a plongé face à la devise américaine entre ma visite à San Francis et la réception de la facture. Et les billets perdus pour Alcatraz...