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P2P: pourquoi un nouveau cycle de répression?

Quels seront les résultats obtenus par ce nouveau cycle de répression et de filtrage des contenus non autorisés sur l'internet? Plutôt minces, si l'objectif est de faire croître l'offre légale en ligne. À court terme, cependant, le vent demeure favorable aux promoteurs de mesures de contrôle accrues sur l'internet.

Depuis cet automne, nous avons effectivement assisté à un regain de la lutte des industries de contenus culturels contre les internautes déviants et contre les sites P2P non autorisés.

Même chez nous, l'industrie québécoise du disque a entrepris (non sans heurts) une lutte à finir avec le traqueur Québec Torrents, qui s'est soldée la semaine dernière par le refus d'une injonction interlocutoire dont l'objet était la fermeture immédiate du site. Ce n'est que partie remise: à l'ADISQ, nous a-t-on clairement laissé entendre, on compte reprendre les hostilités dans un avenir proche.

Aux États-Unis, la vague de poursuites s'est intensifiée ces derniers mois, surtout du côté de la clientèle étudiante, c'est-à-dire au-delà du cas exemplaire de la mère de famille monoparentale Jammie Thomas, condamnée à rembourser 222 000$ pour ses téléchargements illégaux. La Recording Industry Association of America, qui représente les multinationales de la musique, n'a donc pas rajusté son tir, au risque de ternir son image passablement ternie.

Sa petite soeur du Nord, la Canadian Recording Industry Association, a réussi à fermer le fameux traqueur Demonoid (dont le serveur était à Laval après avoir quitté la Hollande), mais vient de perdre l'appui financier de sa partenaire EMI qui ne fournirait plus à sa caisse parce que désormais favorable à l'abolition des DRM - un pas que le lobby canadien n'a pas encore franchi.

En France, la semaine dernière, les secteurs de la musique et de l'audiovisuel, les fournisseurs d'accès internet et les pouvoirs publics ont conclu un accord interprofessionnel sans précédent: l'entente prévoit la mise en place d'une autorité publique qui exercera une répression graduée sur tous les acteurs du trafic P2P illégal.

En Angleterre, les sites anglais TV Links et Oink.cd, qui faisaient l'objet d'un véritable culte parmi les internautes déviants, ont été fermés et poursuivis en justice.

De plus en plus, les fournisseurs d'accès internet nord-américains tendent à limiter le trafic des fichiers non autorisés, surtout parce qu'ils occupent une large part de la bande passante. Et peut-être parce que la clientèle encline au piratage est moins rentable qu'elle ne l'a déjà été

Une étude récente de l'institut allemand de recherches Ipoque démontre que le trafic P2P peut représenter jusqu'à 70% de la bande passante. Or, seuls 20% des utilisateurs des réseaux seraient responsables de ce trafic, précise l'étude. Cette tendance semble se confirmer chez nous, le cas de Vidéotron est éloquent en ce sens: sur 42 000 clients du service «internet extrême», seuls 4000 consomment 250 gigaoctets par mois. Alors que les abonnés internet de Vidéotron (toutes vitesses confondues) ne consomment que 9 gigaoctets en moyenne.

On se plaît donc à croire que le partage libre et facile de fichiers audiovisuels tirerait à sa fin Vraiment? À court terme, peut-être. Dans quelques mois? Quelle forme prendra le prochain mouvement massif de contournement?

Chose certaine, le modèle d'affaires de la musique en ligne tel qu'on le connaît aujourd'hui n'est pas promis à une vraie croissance, même dans un environnement numérique où règne un ordre apparent. Prenez le fichier légal qui contient la majorité des titres du nouvel album de Radiohead (In Rainbows): il n'a pas été payé par une majorité de fans. On en déduit que ceux qui les avaient d'abord payés les ont ensuite partagés, ce qui est totalement incontrôlable. Imaginez ce qui se passera lorsque la musique légale sera totalement débarrassée des DRM!

C'est dire que la mise en place d'une offre légale sur l'internet au détriment d'une libre circulation des contenus ne freinera pas le déclin de la valeur de la musique enregistrée à moins que l'on modifie profondément son modèle économique.

Ou bien on admettra que la musique n'est plus qu'un produit d'appel pour la consommation des spectacles et produits dérivés d'un artiste (une solution à mon sens irréaliste, vu la fragilité de l'économie du spectacle), ou bien on se rendra à l'évidence qu'un ensemble de solutions de rétribution est maintenant essentiel à l'émancipation de la création. Licences privées, licences publiques, régime de copie privée, partage de revenus publicitaires, fonds de production, partage des revenus de tous les acteurs de la nouvelle économie assureront sa viabilité.

Autrement...




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