Quand il faisait encore du vélo de montagne, David Veilleux se dépêchait de revenir de ses courses pour regarder l'étape du Tour de France à la maison. À l'époque, l'idée d'y participer ne lui effleurait même pas l'esprit. Au fil du temps, après sa conversion au vélo de route, au gré d'un passage aux États-Unis, puis en Europe, le projet a commencé à prendre forme.

Mis à jour le 29 juin 2013
Simon Drouin LA PRESSE

«Mon but, c'était d'essayer de faire le Tour de France. Je ne m'en suis pas vanté. Je n'ai pas dit: «Ouais, je vais le faire». Je me suis dit: «C'est mon objectif, je vais essayer de l'atteindre.» C'est tout.»

Lunettes soleil sur le nez, bien au chaud dans son survêtement gris, David Veilleux racontait son parcours à quelques collègues européens sur un pont extérieur du Mega Smeralda, le navire à bord duquel le cirque du Tour s'est installé à Porto-Vecchio. Pour le cycliste de Cap-Rouge, l'histoire est toute simple et tient en ces quelques phrases.

N'empêche, Veilleux établira un précédent, aujourd'hui, sur le coup de midi (6h, HNE), en devenant le premier Québécois à prendre le départ du Tour de France, qui célèbre sa 100e présentation en visitant la Corse.

Qu'on ne se trompe pas, il en est bien heureux et est sensible à l'attention et aux encouragements. «Mais ce n'est pas ça qui me fait avancer plus vite, glisse l'athlète de 25 ans. Ça ne me rendrait pas malheureux de savoir qu'il n'y a personne qui suit ça au Québec.»

Et Veilleux rappelle que le cyclisme reste un sport solitaire. «Sur le vélo, qu'il y ait 500 personnes sur le bord de la route ou qu'il y en ait 3, je vais quand même être seul. Quand j'ai attaqué au Dauphiné, il n'y avait pas un chat. Les cyclistes, on est un peu bizarres... On est dans notre monde. Moi, ça ne me prend pas une foule énorme pour me surpasser. Ça se passe entre mes deux oreilles.»

La formule est éculée, mais le cyclisme est aussi le seul sport individuel qui se court en équipe. Veilleux a répété qu'il était là pour appuyer ses coéquipiers d'Europcar. Le grimpeur Pierre Rolland en premier lieu. Thomas Voeckler, l'«électron libre», dans un second temps.

À peine ose-t-il une ambition personnelle: se rendre jusqu'à Paris, le 21 juillet, au bout des 3404 kilomètres de course. Au classement général, pas question de se battre chaque jour pour finir entre les 50e et 80e places, meilleure façon de se brûler et de ne pas y arriver.

Andy Flickinger, premier directeur sportif d'Europcar, qualifie le Québécois d'«équipier de luxe» qui aura «un rôle prépondérant au sein de l'équipe». «En fonction de la course et de son déroulement, on peut avoir un maillot à défendre, souligne-t-il. Il aura un rôle vraiment important.»

Voeckler, l'âme de la formation française, rappelle que la sélection de Veilleux s'est imposée d'elle-même. Il n'a pas eu à glisser un mot à la direction, ce dont il ne s'est jamais autorisé de toute façon, par respect pour ses coéquipiers qui se fendent en quatre pour lui durant toute l'année.

À ses yeux, «Caribou» aura amplement l'occasion de se faire valoir. «On n'est pas une équipe qui bride les coureurs, a rappelé Voeckler. On a un leader [Rolland], un coureur qui n'a pas à se sacrifier pour d'autres, c'est moi, et après on a des coureurs qui sont là pour travailler, mais qui sont aussi là pour penser à eux. David en fait partie. Les ambitions personnelles ne sont pas incompatibles avec le travail d'équipe. En tout cas, pas chez nous. Et vous allez voir David, je pense, pendant les trois semaines.»