L’haltérophile Alex Bellemarre, comme ses partenaires d’entraînement, a dû s’adapter à plusieurs changements au cours des derniers mois. Le confinement, la fermeture de salles d’entraînement ou le report de compétitions ne l’ont pas empêché de donner un nouvel élan à sa carrière.

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L’athlète qui a fait ses débuts à La Sarre a retrouvé un sentiment qu’il n’avait pas eu depuis quelques années. Après avoir changé de catégorie de poids cet été, les succès se sont enchaînés.

« Ç’a comme redonné un nouveau momentum d’aller chercher des records personnels. Ç’a donné un second souffle que je n’avais pas eu depuis longtemps », assure le nouvel étudiant en kinésiologie à l’Université de Montréal. L’un de ses objectifs sera de battre les marques canadiennes à l’arraché, à l’épaulé-jeté et au total lorsque la compétition reprendra.

Sa nouvelle catégorie, les moins de 89 kg, n’est pas au programme olympique, mais il peut toujours obtenir une place chez les 81 kg aux JO de Tokyo puisqu’il a déjà fait au moins deux compétitions dans cette division au cours des dernières années.

« Je vais pouvoir continuer ma qualification dans les 89 kg. Si éventuellement je fais assez de points, je vais me qualifier dans les 81 kg. Ensuite, je perdrais du poids pour une compétition, aux Jeux olympiques. Sinon, je vais continuer dans les 89 kg et on verra en 2023 ce que je fais pour les qualifications des Jeux de 2024 », explique-t-il.

Kristel Ngarlem et lui s’entraînent à l’Institut national du sport du Québec à Montréal. Cette dernière s’adapte également et ne s’en fait pas trop si la métropole québécoise reste en zone rouge jusqu’à la fin du mois puisqu’il n’y a pas de compétition prévue prochainement. Elle en profite aussi pour se concentrer sur ses études en criminologie.

L’entraîneur Jean-Patrick Millette encadre leur préparation, ainsi que celle de Maude Charron, qui fait aussi partie de l’équipe nationale. Il assure que les trois haltérophiles sont au meilleur de leur forme, ou tout près, malgré les circonstances.

Une passion bien vivante

« À mon avis, ils sont vraiment des exemples d’adaptation dans le contexte actuel. Ils continuent à progresser quand on a aucune idée d’où on s’en va », souligne Jean-Patrick Millette. Il ajoute qu’en plus de la COVID-19, les récents remous au sein de l’administration de la Fédération internationale viennent aussi assombrir le portrait.

De plus, les conclusions provisoires d’une nouvelle enquête de l’Agence mondiale antidopage (AMA) publiée jeudi ont révélé que 18 haltérophiles originaires de six pays sont soupçonnés d’avoir eu recours à des athlètes leur ressemblant pour fournir de faux échantillons d’urine.

« C’est souvent les mêmes pays qu’on retrouve dans les scandales de dopage en haltérophilie, rappelle Alex Bellemarre. S’il y avait ça au Canada, ça me ferait plus réagir parce que ces personnes viendraient jouer sur mes classements pour aller aux Championnats du monde ou pour le brevet. Ça m’enlève peut-être une place pour les Olympiques, mais ils ne viennent pas m’empêcher de faire le sport que j’aime. »

« Je suis plus déçue de mon sport et j’espère qu’à force d’informer les gens des problématiques en haltérophilie, les choses vont changer. Pour l’instant ça ne semble pas être le cas, déplore Kristel Ngarlem. Le public va comprendre que les Canadiens compétitionnent sur la scène internationale de façon propre contre des pays où il y a une culture du dopage depuis longtemps. »

Leur entraîneur est heureux de voir un ménage se faire afin de mettre en valeur tout le travail des athlètes fait dans le respect des règles.

« Je suis optimiste qu’on pourra repartir sur des bases justes, positives et réfléchies afin d’améliorer l’expérience de l’athlète, de l’entraîneur et des administrateurs », dit Jean-Patrick Millette.

En plein processus de qualification olympique, plusieurs compétitions ont dû être reportées ou annulées en raison de la pandémie. Le prochain rendez-vous international pourrait bien être les Championnats panaméricains qui ne sont prévus qu’en avril 2021.

Plus près de la maison, le Championnat senior du Québec qui devait avoir lieu le 7 novembre a été reporté. Qu’à cela ne tienne, Alex Bellemarre assure qu’il garde cette date comme objectif d’entraînement et qu’il fera une compétition en solo, s’il le faut.

Des compétitions internationales… virtuelles

Kristel Ngarlem et Maude Charron, qui visent toutes deux une participation aux Jeux de Tokyo, ont pris part cet été à deux compétitions virtuelles sanctionnées par la Fédération internationale qui réunissaient des athlètes de différentes régions du monde. Notamment, les officiels pouvaient regarder les levés via la plateforme Zoom.

« Ce n’est pas tout à fait comme une compétition régulière, mais le principe est le même. Il y avait trois arrachés, trois épaulés-jetés », explique Kristel Ngarlem, qui a apprécié l’expérience. « On devait avoir des poids de marque Eleiko, celle des compétitions internationales. On nous demande de faire une pesée. Une fois, c’était par formulaire et une autre, c’était avec un selfie sur la balance. »

« Ce sont des compétitions qui n’ont pas de valeur pour la qualification olympique ou pour établir des records, mais qui permettent de motiver les athlètes, souligne Jean-Patrick Millette. J’essaie toujours de dire qu’on ne contrôle rien dans la vie. Il faut être prêt à toute éventualité et simuler des scénarios est ma spécialité. »

Kristel Ngarlem se souvient de sa dernière compétition à l’extérieur du pays, en février du côté de l’Italie. Malgré la longue attente, ses partenaires d’entraînement et elle s’adaptent et seront prêts quand l’action reprendra. Et le plus tôt sera le mieux.