Changer les habitudes d’un athlète n’est pas chose facile. Tennis Canada l’a constaté avec son nouveau projet Pause mentale, mis en place tout au long de l’Omnium Banque Nationale (OBN).

Publié le 13 août
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

L’OBN est un des premiers tournois à lancer une telle initiative en matière de bien-être axé sur la santé mentale. Des séances privées de méditation, de yoga et de psychologie notamment ont été offertes aux joueurs.

« Il y a eu quelques séances de bookées, mais pas énormément », indique la directrice des communications de Tennis Canada, Valérie Tétreault, à La Presse.

« Les joueurs qui en ont bénéficié étaient super heureux, poursuit-elle. Sinon, ils étaient contents qu’on ait pris l’initiative, mais j’ai l’impression que ça prendrait un effort collectif de tous les tournois pour que ça devienne une normalité et qu’ils soient capables de l’intégrer à chaque tournoi. »

Les athlètes avaient aussi à leur disposition des salles silencieuses dans le salon des joueurs. Celles-ci étaient déjà disponibles en 2019, mais on y avait ajouté cette année de la musique douce, des couvertures chauffantes et des diffuseurs. Elles ont été « très utilisées et bien appréciées », soutient Mme Tétreault.

Le projet Pause mentale incluait également le volet de La Promesse : amateurs, personnel et bénévoles étaient invités à faire une promesse écrite d’une « expérience de tennis positive ». Les gens qui le souhaitaient pouvaient aussi écrire des messages sur des cartes postales qui étaient ensuite transmises aux joueurs.

Le but, dans tout ça, c’était de montrer que malgré le fait que ce sont des super vedettes et qu’ils peuvent faire beaucoup d’argent, ce sont des êtres humains.

Valérie Tétreault, directrice des communications chez Tennis Canada

« Pour les joueurs, c’est le fun aussi, ajoute-t-elle. En 2022, c’est rare que tu reçoives un message que quelqu’un a pris le temps d’écrire à la main. »

L’envers du décor

Dans une série de capsules qui seront publiées prochainement, l’animatrice Roseline Fillion a rencontré les joueurs afin de leur poser des questions sur la façon dont ils composent avec la pression. Celles-ci visent à « amener les gens à comprendre que ça a des impacts lorsqu’il y a des réactions sur les médias sociaux et dans la foule », explique Mme Tétreault.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Roseline Fillion

Elle donne l’exemple de la performance en quarts de finale de Félix Auger-Aliassime, qui s’est écroulé devant le Norvégien Casper Ruud.

« Évidemment, il est le premier à être déçu de sa performance, dit-elle. Les gens auraient beau être déçus et frustrés, mais au final, il y a plein de choses qui ont pu se passer avant le match, qu’on ne connaît pas et qui ont eu un impact sur sa performance. »

Mission accomplie

Ce sont les récentes prises de parole sur la santé mentale qui ont inspiré cette initiative chez Tennis Canada. Notamment celle de Naomi Osaka, qui a fondu en larmes après des commentaires lancés des gradins à Indian Wells en mars dernier. La Canadienne Bianca Andreescu a aussi fait part de ses propres enjeux de santé mentale depuis ses succès en 2019. Elle était d’ailleurs l’ambassadrice du projet.

Je pense qu’il y a beaucoup de positif à retenir. En même temps, on savait qu’on allait apprendre aussi à travers cette initiative-là. Déjà, on voit comment on peut améliorer les choses et peut-être collaborer encore plus avec la WTA, l’ATP, les autres tournois, pour qu’on pousse ensemble dans la même direction.

Valérie Tétreault, directrice des communications chez Tennis Canada

Tétreault a elle-même été joueuse de tennis professionnelle. Elle a pris sa retraite en 2010. Elle connaît la réalité des athlètes.

« Le tennis, c’est quand même un sport qui n’est pas toujours facile du fait que la saison est extrêmement longue », note-t-elle.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Tétreault alors qu’elle était joueuse de tennis professionnelle, à la Coupe Rogers au Stade Uniprix, en 2010.

« Moi, pendant longtemps, j’ai voyagé seule. Quand ça fait cinq ou six semaines que tu es toute seule sur la route, si tu n’as pas été capable d’enchaîner les victoires ou que tes résultats ne sont pas nécessairement au niveau de tes attentes, oui, ça devient difficile et tu as l’impression de te sentir encore plus seule ou monde.

« Je suis un petit peu jalouse quand même de savoir que les joueurs vont pouvoir en bénéficier et j’aurais effectivement souhaité avoir ça dans mon temps. »

Ultimement, l’idée du projet Pause mentale était de générer une discussion autour de la santé mentale. « Là-dessus, on se dit mission accomplie », lance Mme Tétreault.

Les chiens aussi ?

Si elle espère que d’autres tournois adoptent cette façon de faire, Tennis Canada compte aussi améliorer le projet d’année en année. À Toronto, plusieurs athlètes, notamment Belinda Bencic ou Bianca Andreescu, ont fait part de leur souhait d’emmener leur chien.

« Voyager avec un animal, ce serait thérapeutique pour elles, explique Valérie Tétreault. Ça les aide à être plus groundées aussi. Ça, j’ai trouvé ça intéressant, parce que c’est un commentaire qui est venu de plusieurs. Côté logistique, ça crée certains casse-têtes, mais je pense que c’est un beau défi en même temps. »

« Ça montre juste que, parfois, ça n’a pas besoin d’être très compliqué, poursuit-elle. Il s’agit juste d’amener [les athlètes] à se sentir aussi à la maison et de pouvoir décrocher aussi du tennis. »