Au début de l’année 2019, Andy Murray croyait qu’il ne rejouerait plus jamais au tennis. Le revoilà, malgré tout, à faire le tour du monde par passion, et par désir de vaincre, même s’il n’a plus rien à prouver à personne.

Publié le 7 août
Nicholas Richard
Nicholas Richard La Presse

Peu de joueurs sur le circuit ont connu autant d’ennuis qu’Andy Murray au cours des dernières années. Des problèmes récurrents aux chevilles, une blessure sérieuse à l’aine, une opération au dos et, surtout, deux opérations aux hanches, la dernière il y a plus de trois ans pour se la faire remplacer. C’est presque un miracle que le Britannique soit encore en mesure de courir et de bouger si aisément sur un court de tennis.

« Ça a été difficile, parce que je pensais ne plus pouvoir jouer au tennis. Ça a été beaucoup d’émotions à gérer », a-t-il confié à La Presse dans l’un des couloirs du stade IGA juste avant d’aller s’entraîner. Il a pris le temps de réfléchir à son avenir pour la première fois de sa vie.

À un certain moment, je regardais les matchs à la télé en me disant que c’était fini. Je me sens donc chanceux d’être de retour.

Andy Murray

Quand on y songe, Murray a pratiquement tout gagné. Il est vainqueur de trois tournois du Grand Chelem, dont deux fois Wimbledon, il a remporté les finales de l’ATP, il a mis la main sur deux médailles d’or olympiques et il a atteint le premier rang mondial en 2016. Murray a réalisé tous ses rêves. Peu de joueurs peuvent en dire autant.

Il a repris l’action quelques mois seulement après avoir subi sa plus grosse opération. Le jeu l’appelait, mais il voulait surtout continuer à faire ce qu’il aime le plus au monde. Ce pour quoi il est né et ce pour quoi il s’est battu.

L’athlète de 35 ans n’est pas revenu pour jouer les figurants. Le 30 septembre 2019, Murray était tombé au 503rang mondial. Il est aujourd’hui à la 50place du classement. Dans l’intervalle, il a gagné un titre, son 46e, en plus d’atteindre trois finales, dont deux cette année.

PHOTO HANNAH MCKAY, ARCHIVES REUTERS

Andy Murray à Wimbledon, en juin dernier

Je veux apprécier les dernières années de ma carrière. L’une des choses que j’aime le plus dans ce sport, c’est la compétition, et bien sûr, gagner. Je ne gagnerai peut-être plus autant que dans le passé, mais je veux encore me pousser à la limite de mes capacités et être le meilleur. J’aime encore cette facette de ma vie.

Andy Murray

Avant de reprendre le collier, Murray a fait appel à ses prédécesseurs. Le cirque de l’ATP est éreintant pour les joueurs. Ils doivent être impliqués, disponibles et surtout victorieux. Ce qui est beaucoup pour un joueur qui fait déjà partie des meilleurs de l’histoire et qui pourrait très bien profiter de son statut et de son succès pour rester à la maison avec les siens.

Toutefois, après mûre réflexion, il a décidé de jouer le plus longtemps possible pour éviter les regrets, dans 10 ou 15 ans, lorsqu’il sera à la retraite.

« Beaucoup d’anciens joueurs à qui j’ai parlé m’ont dit de jouer aussi longtemps que j’en étais capable, parce que rien ne va remplacer le tennis, et je les crois fermement », a-t-il précisé.

Il pense qu’il va s’ennuyer, lorsque tout ça sera derrière lui, et c’est pourquoi il veut profiter de chaque match, chaque tournoi, chaque occasion de voyager. « Je vais jouer tant et aussi longtemps que mon corps me le permettra et que je vais avoir du plaisir à le faire. »

Un tournoi sans pareil

Andy Murray était heureux de revenir au Québec parce qu’il s’y sent bien. Il a remporté l’Omnium Banque Nationale à trois reprises, dont deux à Montréal, en 2009 et 2015. Beaucoup de choses se sont passées depuis, c’est donc une joie pour lui de revenir dans la métropole.

« Le nombre de gens qu’il y a ici pour voir les qualifications et les entraînements, on ne voit ça nulle part ailleurs sur le circuit. C’est fantastique ! Les gens d’ici aiment manifestement le tennis. J’espère que je vais pouvoir bien performer pour tout le monde ici », a précisé le Britannique.

D’ailleurs, Murray semble l’un des favoris de la foule montréalaise. Beaucoup de gens se sont présentés en bordure du terrain sur lequel il s’entraînait samedi matin, en compagnie d’Hubert Hurkacz.

Trop humble, il n’était pas prêt à avancer que les gens d’ici étaient en amour avec lui, mais il ressent certainement l’appui des Québécois à chacune de ses apparitions à Montréal. « Être ici me rend heureux », a-t-il dit tout simplement. Pour lui, à ce stade de sa carrière, c’est l’essentiel.

PHOTO PAUL CHILDS, ARCHIVES REUTERS

Andy Murray, lors du tournoi de Wimbledon en juin dernier

Il se met toujours énormément de pression, peu importe le pays dans lequel il évolue, mais il s’efforce d’être plus clément avec lui-même.

J’aimerais être meilleur pour m’encourager et pour être moins dur envers moi-même.

Andy Murray

Cependant, il est capable de reconnaître que ce qu’il a traversé dernièrement est loin d’être banal. Être compétitif à nouveau est probablement sa plus grande fierté. « Je sais seulement que ça a été très difficile au cours des dernières années et que j’ai travaillé extrêmement fort pour pouvoir être en mesure d’être compétitif. Je suis fier d’être revenu à un bon niveau et d’être récompensé pour mes efforts. »

Des efforts et un retour qui ont d’ailleurs été salués par la majorité des joueurs sur le circuit au cours des trois dernières années. Même s’il n’a peut-être pas le statut de Rafael Nadal ou de Roger Federer dans l’opinion populaire, il a certainement sa place parmi les plus grands de l’histoire de son sport.

Et il essaiera de le confirmer une fois de plus à Montréal cette semaine.