Les colonnes du temple ont tremblé en ce tranquille mercredi matin de la fin de janvier. Au cours de la journée, il ne sera question que d’un seul homme : Félix Auger-Aliassime.

Mis à jour le 26 janvier
Nicholas Richard La Presse

Le Québécois a bien failli surprendre la planète tennis, mais c’est finalement son adversaire Daniil Medvedev, le favori de ces Internationaux d’Australie, qui a eu le dessus dans leur match de quarts de finale en cinq manches de 6-7, 3-6, 7-6, 7-5 et 6-4.

Auger-Aliassime a bien failli renverser le deuxième joueur mondial, mais le Québécois a finalement perdu son quatrième affrontement en quatre matchs contre le Russe. C’est la deuxième fois de suite que Medvedev barre la route d’Auger-Aliassime en Grand Chelem. En septembre dernier, il l’avait aussi emporté lors de leur duel en demi-finales des Internationaux des États-Unis.

Auger-Aliassime a tout de même offert une performance admirable et il semblait même être, à un certain moment, en route vers la victoire après avoir remporté les deux premières manches. Toutefois, l’expérience de Medvedev a eu le dessus. Auger-Aliassime n’a cependant rien à se reprocher, lui qui vient de livrer probablement la plus belle performance de sa carrière.

Après le match, sur le terrain, Medvedev avait encore de la difficulté à réaliser ce qu’il venait de se passer : « Je n’en ai aucune idée ! Je ne sais pas comment j’ai fait pour gagner ce match », a-t-il souligné, exténué, mais ravi.

« Je ne jouais pas bien et Félix a été incroyable. Il était partout, il avait réponse à tout. Je ne savais pas quoi faire, alors je me suis demandé ce que ferait Novak Djokovic dans ma situation », a-t-il lancé lorsqu’il a été interrogé sur sa remontée après avoir tiré de l’arrière par deux manches.

Évidemment, les spectateurs l’ont hué. « Ou Rafa ou Roger », a-t-il ajouté, pour retrouver les applaudissements de la foule.

En conférence de presse après le match, Auger-Aliassime avait l’air ébranlé. « Je suis déçu. En arrivant sur le terrain, tu veux en sortir sans regret, et en y repensant, j’ai fait de mauvais choix de jeu et Daniil a très bien joué. Cependant, je ne peux pas regretter d’avoir tout donné, j’y ai mis tellement d’effort.

« J’ai déjà accepté la défaite. Je vais quitter l’Australie la tête haute et aborder le reste de la saison en sachant que je peux bien jouer contre les meilleurs. J’attends avec impatience d’être de nouveau dans cette situation. »

Sans failles tout du long

La tâche s’annonçait difficile. Medvedev est l’un des deux meilleurs joueurs depuis 18 mois et sa constance a fait de lui une menace permanente. On peut affirmer sans se tromper qu’il prendra la place de Djokovic au sommet du classement mondial avant longtemps.

Le joueur de 25 ans a rapidement fait savoir à Auger-Aliassime qu’il n’entendait pas rigoler en début de match. À son premier jeu au service, Medvedev a commencé avec deux as et a terminé le jeu sans laisser de marge à son adversaire : 40-0.

PHOTO AARON FRANCIS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Daniil Medvedev

Toutefois, Auger-Aliassime ne s’est pas présenté sur le court Rod Laver pour jouer les figurants. À son tour, il a servi deux as à son opposant d’entrée de jeu. Contrairement à ce que plusieurs avaient anticipé, le match s’annonçait pour être ardemment disputé.

Rapidement, la foule s’est aussi mise de la partie en scandant sans arrêt, entre les points : « Go Félix go ! » L’arbitre a même dû intervenir à plusieurs reprises pour calmer les ardeurs.

Les deux joueurs se sont livré une belle bataille et ont offert une qualité de jeu extraordinairement élevée. Si le début de la première manche a été assez expéditif en raison du brio des deux joueurs au service, les échanges ont commencé à s’allonger à la mi-manche.

Néanmoins, Auger-Aliassime a eu le dessus sur son adversaire dans plusieurs aspects du jeu, notamment sur l’efficacité en premier service. Ce qui est assez surprenant, sachant que le Russe est l’un des meilleurs dans cette phase de jeu. Alors que Medvedev menait 5-4, Auger-Aliassime a sorti son meilleur tennis. Au service, il a remporté le jeu par blanchissage, faisant 5-5.

Puis, lors du jeu suivant, il s’est offert le premier bris du match, à sa deuxième tentative, mais il a profité d’une décision hasardeuse de son opposant, alors qu’en montant au filet, celui-ci a laissé passer la balle qui est finalement tombée directement sur la ligne de fond. Auger-Aliassime a obtenu le bris sur une double faute de Medvedev. Une séquence difficile pour le Russe, mais profitable pour le Québécois qui a remporté la manche au compte de 7-6.

À partir de ce moment, tous savaient que ça se pourrait, comme l’a souvent récité Serge Vleminckx.

La deuxième manche est rapidement devenue l’affaire d’Auger-Aliassime. Après avoir remporté le premier jeu, il a brisé Medvedev dès le deuxième. La première tête de série du tournoi a semblé ébranlée et a été méconnaissable pendant la manche. Auger-Aliassime n’en demandait pas tant. En seulement 40 petites minutes, il doublait son avance et remportait la manche 6-3.

On savait bien que Daniil Medvedev n’allait pas baisser les bras. Il n’est pas le deuxième joueur mondial pour rien.

Le troisième chapitre a encore été très serré et s’est joué sur des détails. Notamment sur la piètre qualité et le faible taux d’efficacité des deuxièmes services du Russe. Les coups droits d’Auger-Aliassime ont été dévastateurs tout au long de la rencontre.

Alors, lorsque les deuxièmes services du Russe arrivaient, sans effet, Auger-Aliassime renvoyait des balles fusantes qui lui ont permis de tenir le coup jusqu’au bris d’égalité. L’expérience et le calme de Medvedev lui ont servi lors du bris, interrompu momentanément en raison de la pluie. Le toit du court central a donc été refermé et Medvedev a finalement gagné sa première manche par la marque de 7-6.

Auger-Aliassime s’est cependant montré extrêmement solide. S’il s’effondrait dans ce genre de situation auparavant, il est resté de glace et a continué de respecter son plan de match. C’est-à-dire d’être supérieur en fond de terrain, d’être puissant en retour, d’être efficace en première balle, de bien bouger ses pieds et de maintenir la cadence en revers, où il a été très compétitif, voire supérieur à Medvedev, qui a probablement le meilleur revers du circuit.

Le jeune homme a semblé avoir beaucoup appris de ses défaites du passé, parce que maintenir le rythme contre un joueur de ce calibre, en quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem et dans une chaleur suffocante, n’est pas nécessairement facile.

À l’instar des trois premières manches, les deux joueurs se sont livré toute une bataille au quatrième set, sans laisser de marge de manœuvre à leur adversaire. À 4-4, le Québécois a même survécu à une balle de bris grâce à un as, après avoir envoyé trois de ses frappes à l’extérieur des limites du terrain. À 5-4, Auger-Aliassime a même eu une balle de match, mais Medvedev est revenu avec un immense service. Auger-Aliassime a craqué le premier, au onzième jeu de la manche, en offrant le bris à Medvedev, son premier de la rencontre. Au point suivant, Auger-Aliassime a sauvé trois balles de manche, mais le Russe en est venu à bout et il a remporté le jeu suivant pour s’emparer de la manche 7-5.

Le Québécois a commencé la manche ultime en lion, avec un jeu parfait au service. Toutefois, au jeu suivant, il a gaspillé deux balles de bris. En raison d’erreurs trop coûteuses, il a offert deux balles de bris à son opposant au troisième jeu et Medvedev n’en demandait pas tant. Il a obtenu le premier bris de la manche, sur une double faute du Québécois, qui avait pourtant été irréprochable dans cette facette du jeu.

Entre le cinquième et le sixième jeu, l’athlète de 21 ans a demandé l’aide des soigneurs, pour des ennuis à la cheville droite.

PHOTO MARTIN KEEP, AGENCE FRANCE-PRESSE

Félix Auger-Aliassime a reçu des traitements à la cheville droite pendant son match contre Daniil Medvedev.

Il semblait embêté depuis le début de la manche. Auger-Aliassime a quand même été en mesure de reprendre le dessus et de retrouver le rythme, sans toutefois convertir ses balles de bris au huitième jeu. Même s’il s’est battu comme un guerrier jusqu’à la fin et qu’il a puisé au plus profond de lui-même, Medvedev était bel et bien sur sa lancée.

Après 4 h 42 min passées sur le court, Medvedev a eu raison d’Auger-Aliassime au compte de 6-4.

Les deux joueurs se sont livré une bataille mémorable et inspirante, en tous points.

Medvedev a rendez-vous avec Stéfanos Tsitsipás en demi-finale. Matteo Berrettini affrontera Rafael Nadal dans l’autre demi-finale masculine.