Il est difficile de prévoir les moments d’anthologie. De prédire ce qui changera le cours de l’histoire. Cependant, le Québécois Félix Auger-Aliassime s’apprête à disputer ce qui pourrait bien être le match le plus important de sa carrière, mercredi matin (heure de Montréal), contre le Russe Daniil Medvedev.

Publié le 25 janvier
Nicholas Richard La Presse

Auger-Aliassime va bien. Très bien. Et quand Auger-Aliassime va, tout va.

En cette nouvelle année, son nom est partout, avec raison. Depuis ses débuts chez les professionnels en 2017, on ne cessait de remettre en question son degré de compétitivité, sa hargne, sa soif de victoire et son instinct du tueur. Ces interrogations n’ont plus lieu d’être. La saison n’est pas vieille d’un mois que déjà, il a aidé le Canada à remporter son premier titre à la Coupe ATP, il a fracassé un record personnel en atteignant le neuvième rang mondial, il a battu cinq joueurs du top 30 mondial et il a atteint les quarts de finale du premier Grand Chelem de la saison.

Il n’a que 21 ans. Il n’a la permission de s’acheter une bière aux États-Unis que depuis cinq mois.

Auger-Aliassime est l’un des meilleurs joueurs sur le circuit présentement et il est certainement l’un de ceux qui ont le plus de confiance. En début de saison, le Québécois avait émis un seul souhait : trouver plus de constance et de confiance. Vœu réalisé en moins de trois semaines. Il devra faire partager son secret.

En attendant, il doit se préparer à affronter Medvedev dans ce qui sera le match le plus important de sa carrière. Ce qui n’est pas peu dire.

Une victoire pourrait avoir une importance capitale sur le reste du tournoi de Félix Auger-Aliassime, de sa saison et possiblement pour les années à venir.

Battre Medvedev ne sera pas une tâche facile, mais Auger-Aliassime est probablement rendu à cette étape dans son développement. Il clame haut et fort depuis qu’il a 14 ans qu’il souhaite devenir numéro un mondial. S’il veut concrétiser son souhait, il devra obligatoirement battre les joueurs qui le devancent au classement.

Medvedev est le joueur le plus talentueux sur le circuit, il n’a aucune faiblesse, il excelle dans toutes les facettes du jeu et il est le seul à pouvoir faire compétition au Serbe Novak Djokovic. Sauf que si Auger-Aliassime veut battre le Russe un de ces jours, ça doit se faire ce mercredi. C’est le moment.

Auger-Aliassime n’a jamais été autant en possession de ses moyens depuis le début de sa carrière. Tout fonctionne. Ses faiblesses sont invisibles. Rien ne semble vouloir l’ébranler depuis son arrivée en Australie. Peu de gens auraient cru possible une victoire contre l’Allemand Alexander Zverev, troisième joueur mondial, à la Coupe ATP. Pourtant, c’est arrivé.

L’importance de la victoire

Une victoire voudrait dire beaucoup pour Auger-Aliassime.

Une victoire le ferait avancer en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem pour la deuxième fois de sa carrière et pour le deuxième tournoi majeur de suite, après sa défaite en demi-finale des Internationaux des États-Unis, contre Medvedev.

Une victoire lui permettrait de fracasser un plafond de verre. Après avoir battu le troisième joueur au monde, il pourrait aussi se débarrasser du deuxième, en l’espace de quelques jours. Ce serait la preuve qu’il peut battre n’importe qui.

Une victoire le ferait grimper au classement. Ce qui implique que dans les prochains tournois et surtout dans les futurs Grands Chelems, il pourrait profiter de tirages et de tableaux plus avantageux, ce qui n’est pas un facteur à négliger.

Une victoire ferait de lui un joueur craint. Tout le monde le regarde. Tout le monde le regardera encore plus s’il défait Medvedev. Auger-Aliassime est une menace pour les autres joueurs. Il pourrait devenir un véritable problème.

Une victoire lui permettrait de briser une vilaine séquence et de se libérer d’un poids qu’il a sur les épaules chaque fois qu’il affronte Medvedev : sa fiche de zéro victoire et trois défaites contre le Russe.

Medvedev part favori

Le premier affrontement entre les deux joueurs a eu lieu à Toronto, lors de la Coupe Rogers de 2018, et le grand Russe avait eu raison du Québécois en trois manches.

Le deuxième duel a eu lieu à Flushing Meadows, l’été dernier. Auger-Aliassime s’est incliné en trois manches et n’a jamais été réellement dans le coup, lui qui avait connu un superbe tournoi.

Medvedev, quant à lui, a finalement remporté le tournoi contre Djokovic en empêchant le Serbe de gagner son quatrième titre majeur de l’année. Puis, il y a quelques jours, à la Coupe ATP, Medvedev a infligé à Auger-Aliassime sa pire défaite du tournoi en le battant en deux manches de 6-4 et 6-0.

PHOTO MUHAMMAD FAROOQ, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Daniil Medvedev (à droite) a battu Félix Auger-Aliassime 6-4 et 6-0 à la Coupe ATP, le 8 janvier.

Leur historique donne l’avantage à Medvedev. Son parcours aussi. Depuis un an et demi, il y a Djokovic, Medvedev… et les autres. En 2021, Medvedev a accumulé un dossier de 63 victoires et seulement 13 défaites, en plus de gagner 4 tournois. Il a déjà 13 titres en carrière. L’athlète de 25 ans n’a laissé échapper qu’un seul de ses huit matchs depuis le début de la saison, et c’était son premier, à la Coupe ATP.

Depuis le début des Internationaux d’Australie, il a notamment réussi à venir à bout de l’Australien Nick Kyrgios devant une foule hostile, puis du Franco-Américain Maxime Cressy, qui était l’histoire Cendrillon du tournoi. Outre cela, il n’a pas été trop embêté. Son duel contre Auger-Aliassime sera son premier contre une tête de série.

Au-delà de ses statistiques, c’est davantage l’aisance avec laquelle Medvedev remporte la majorité de ses matchs qui est impressionnante. Un service dévastateur, une régularité en fond de terrain digne des plus grands, un revers fusant et un coup droit d’une précision inégalée sur le circuit.

Toutefois, le côté émotif du gaillard peut parfois lui jouer des tours. Le Québécois devra en profiter et en tirer avantage. Ce sera la clé. Il devra rendre Medvedev inconfortable et lui servir sa propre médecine, c’est-à-dire de longs échanges, de bons retours de service et le moins d’erreurs directes possible. La patience sera de mise mercredi. Non seulement parce qu’il faudra veiller tard, mais aussi parce qu’Auger-Aliassime en aura besoin pour venir à bout du favori.

Et si Auger-Aliassime continuait de marquer l’histoire du tennis canadien ?