(Melbourne) On ne les attendait pas. À vrai dire, on ne les attendait plus. Denis Shapovalov d’un côté. Rafael Nadal de l’autre. Gaucher contre gaucher. Jeunesse contre expérience. Le sol tremblera à Melbourne lundi.

Mis à jour le 23 janvier
Nicholas Richard La Presse

Bien malin est celui qui aurait pu prédire un duel entre le Canadien et l’Espagnol en quarts de finale du premier Grand Chelem de la saison.

D’une part, parce que Shapovalov a été amoché et perturbé par son élimination en demi-finale du tournoi de Wimbledon, l’été dernier, par Novak Djokovic. Sa fin de saison a été extrêmement difficile et il n’a même pas été en mesure de participer à la deuxième semaine d’activités du dernier tournoi majeur, les Internationaux des États-Unis.

PHOTO AARON FRANCIS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Rafael Nadal

Bien entendu, sa performance à la Coupe ATP a été admirable. Grâce à un jeu inspiré, notamment en double avec son ami Félix Auger-Aliassime, il a aidé le Canada à remporter le premier titre de son histoire à ce tournoi.

Toutefois, disputer un tournoi majeur n’est jamais simple. Surtout en Australie, là où Shapovalov n’a jamais connu de grands moments. Surtout après une performance riche en émotions pour entreprendre l’année. Surtout lorsqu’on risque de croiser sur son chemin un certain Alexander Zverev.

Avant d’affronter le troisième joueur mondial, le parcours du Canadien de 22 ans n’avait pas été de tout repos. En effet, il avait passé près de 11 heures sur le terrain bouillant de Melbourne pour ses trois premiers matchs. En comparaison, Zverev avait joué un peu moins de 6 h 30 min Sachant la manière dont l’Allemand peut contrôler un match, la tâche s’annonçait difficile pour le gaucher.

Cependant, Shapovalov avait bien joué depuis le début de la quinzaine, mais surtout, il avait trouvé le moyen de gagner dans des situations difficiles. Il est souvent revenu de l’arrière. Il n’a fait qu’une bouchée du service du géant Reilly Opelka. Le Shapovalov de 2021 n’existait plus. Puis, le Canadien avait gagné ses deux plus récents duels contre l’Allemand.

Et ce qui ne devait pas arriver arriva. Shapovalov a disputé son meilleur match du tournoi et a éliminé le joueur qui avait remporté le plus de titres la saison dernière en seulement 2 h 21 min Une victoire (6-3, 7-6 [5] et 6-3) beaucoup plus significative qu’il n’y paraît pour Shapo.

Zverev n’a jamais été dans le coup. Shapovalov a respecté son plan de match à la lettre. Il a été ambitieux, précis et détendu. Le genre de match qui pourra lui donner confiance pendant un bon bout de temps, pour ajouter à celle qu’il avait déjà acquise depuis le début de l’année. Une victoire surprise, certes, mais qui définit bien la manière dont Shapovalov devrait aborder chaque match, car il en est capable. La preuve, il s’agissait de sa deuxième victoire en carrière contre un membre du top 5. La première fois, c’était contre un dénommé Nadal.

Le parcours de l’Espagnol a été un peu plus simple. Il a éliminé Marcos Giron et Yannick Hanfmann aisément. Même chose contre Karen Khachanov, qui a perdu des plumes au cours des derniers mois. Au quatrième tour, on pensait bien que la tâche serait plus ardue contre l’imprévisible et énigmatique Aslan Karatsev, mais Adrian Mannarino l’a éliminé en quatre manches. Le défi était donc beaucoup plus facile pour le toréador, qui a disputé un match sans faute pour disposer du Français assez facilement.

Rafael Nadal est sur une lancée depuis le tournant de l’année. Après avoir mis fin à sa saison à la mi-août pour une blessure au pied gauche, il est revenu en force, un peu par surprise, parce que personne ne savait quand il allait amorcer la saison.

Il a gagné le tournoi de Melbourne, son premier de l’année. Puis, il n’a perdu qu’une seule manche en quatre matchs depuis le début des Internationaux d’Australie. « L’affaire Djokovic » et la quête du 21e Grand Chelem ont fait de l’ombre à Nadal, mais lui aussi est en mission. C’est peut-être lui qui deviendra le plus grand champion de l’histoire.

Déjà-vu

Shapovalov et Nadal ont ensemble un historique bien particulier. Le match le plus mémorable de la carrière de Shapo demeure cette fameuse victoire du Canadien le 10 août 2017, sur le court central, à Montréal, contre Nadal. Le genre de moment qui entre dans la catégorie du « je me souviens où j’étais lorsque c’est arrivé ».

PHOTO ERIC BOLTE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Rafael Nadal et Denis Shapovalov à Montréal en août 2017

Douce soirée dans la métropole. Au crépuscule. Un gamin qui joue contre son idole, qui se passe la balle entre les jambes avant de servir et dont la moitié de l’assistance a du mal à prononcer son nom a fait vibrer une ville entière et a offert un moment d’anthologie. C’est vraiment ce qui a propulsé la carrière de celui qui pointe actuellement au 14e rang mondial. Il s’en est passé, des choses, depuis cette soirée.

Shapovalov a fait ses marques sur le circuit, il a remporté un titre et s’est positionné parmi les plus beaux espoirs du tennis. Nadal, lui, a remporté cinq tournois du Grand Chelem.

Le duel peut sembler en apparence inégal. Nadal étant Nadal. L’Espagnol a remporté les trois derniers duels entre les deux joueurs. Il a passé moins de temps sur le terrain. Il veut faire l’histoire et il demeure somme toute un meilleur joueur.

Sauf que les deux servent très bien depuis le début de la quinzaine. Les deux sont en contrôle de leur coup droit. Les deux jouent du tennis inspiré pour différentes raisons. Puis, depuis le début de la saison, Nadal n’a pas fait face à un vrai défi. Shapovalov en est un et il vient en plus de battre le troisième joueur au monde pratiquement avec une main dans le dos. Un duel excitant au possible. Peut-être le meilleur match qui sera disputé à Melbourne cette année.

Ce match pourrait aussi valoir bien plus qu’une place en demi-finale, mais pourrait aussi offrir un billet directement pour la finale du tournoi. Le gagnant de l’affrontement jouera contre le vainqueur du duel entre Matteo Berrettini et Gaël Monfils.

Oui, Monfils a gagné le tournoi d’Adélaïde et il joue probablement le meilleur tennis de sa carrière. Berrettini a fait la finale à Wimbledon l’an dernier et demeure un excellent joueur, comme en témoigne sa place dans le top 10.

Cependant, aucun des deux ne semble être du calibre de Nadal ou de Shapovalov présentement. Ces derniers jouent avec tellement d’aplomb. Le seul danger qui guette les deux gauchers, c’est de trop en laisser sur le terrain pour ce duel de quarts de finale. Ce qui pourrait les désavantager, mais aussi nous en mettre plein la vue.