Le sourire. La détermination. Ce que Séverine Tamborero observe en ce moment chez Leylah Fernandez n’a rien de nouveau pour elle.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

« Ce qu’on voit aujourd’hui, la fille souriante, qui tripe sur le tennis, qui embarque le monde, elle a ça depuis qu’elle est toute petite », raconte la directrice du développement U10 et des clubs de haute performance chez Tennis Canada depuis environ sept ans.

À 10 ans, Leylah Fernandez affirmait déjà vouloir devenir professionnelle. Et si ça ne fonctionne pas ? lui demandait-on.

Sa réponse : « C’est impossible que ça ne fonctionne pas », rapporte Mme Tamborero.

La semaine dernière, elle a croisé Fernandez à Flushing Meadows. Concentrée sur son accompagnement des jeunes joueuses du Centre national de tennis aux qualifications junior, elle ne savait pas que la Québécoise allait affronter Naomi Osaka, troisième au classement mondial et gagnante de quatre titres majeurs.

« J’ai entendu mon nom, je me suis retournée et c’était la mère de Leylah, relate Séverine Tamborero. Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vues. On jasait de tout et de rien avec Leylah, et à un moment donné, j’ai dit ça à sa mère, que je trouvais que Leylah avait l’air bien. Vraiment. Elle avait l’air tellement heureuse d’être là, d’apprécier le moment.

« C’est quelqu’un qui drive par l’émotion. Et là, le fait d’être sur le central, avec tout ce qui se passe et les gens qui sont derrière elle, c’est clairement à son avantage. »

Un contexte propice

L’environnement des Internationaux des États-Unis et l’ambiance qui y règne semblent effectivement servir la joueuse de 19 ans en ce moment.

Il faut un ensemble de facteurs pour battre coup sur coup Naomi Osaka, Angelique Kerber et Elina Svitolina, fait valoir Séverine Tamborero. Le talent – bien qu’elle en ait beaucoup – ne suffit pas.

Pour quelqu’un qui carbure à la performance, l’énergie du tournoi new-yorkais peut contribuer, produire son effet.

Elle déteste perdre. Elle détestait perdre à 10 ans, elle déteste encore perdre aujourd’hui.

Séverine Tamborero, directrice du développement U10 et des clubs de haute performance chez Tennis Canada

Sa grande volonté de réussir également n’a pas fléchi au fil des ans, alimentée par les doutes émis à son endroit.

« Combien de fois elle s’est fait dire qu’elle était trop petite pour réussir ou qu’elle allait être limitée… », souligne Mme Tamborero.

Prochaine cible : Sabalenka

Pour la joueuse de 5 pi 6 po, le prochain défi sera de taille : la Biélorusse Aryna Sabalenka, deuxième au classement mondial. L’affrontement débutera à 19 h ce jeudi.

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ASSOCIATED PRESS

Aryna Sabalenka

Avant les Internationaux des États-Unis, Leylah Fernandez occupait le 73échelon. Elle sera, au pire, dans le top 40 après le tournoi.

Séverine Tamborero craint Aryna Sabalenka, « sa » joueuse depuis le début de l’année.

« Elle a une vitesse de balle, c’est quelque chose. Ça va aller vite. Mais encore là, elle va peut-être perdre les pédales. En ce moment, Leylah est tellement bien et calme dans son jeu et dans son type de tennis qu’elle ne va pas se laisser influencer par une Sabalenka qui va peut-être péter un plomb. Exactement ce qu’elle a fait contre Osaka, elle a profité de ça », analyse-t-elle.

« À la vitesse de balle que Sabalenka frappe, théoriquement, Leylah ne sera plus capable de jouer dans le terrain, frapper tôt et être tout le temps sur les balles. Mais si elle force une frappeuse comme ça à jouer à l’extérieur du centre, l’autre va faire beaucoup plus d’erreurs et là, anything can happen, comme on dit. »

Tout peut arriver. La semaine de Leylah Fernandez résumée en trois mots.