Simona Halep effectue un retour au jeu après une blessure qui l’a tenue hors des courts pendant trois mois.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

La Roumanie fait partie des 54 États ou gouvernements membres de l’Organisation internationale de la francophonie. Mais cet entretien avec Simona Halep ne s’est pas déroulé en français.

« Je crois que vous l’apprenez à l’école en Roumanie, c’est exact ?

– Oui… mais je suis tellement mauvaise. Je ne peux rien dire en français ! À part “merci beaucoup”. »

Que Simona Halep ne parle pas le français n’altère en rien la qualité de la relation qu’elle entretient avec la métropole.

Quand le tennis n’est pas soumis à ces restrictions, ces « bulles » nées de la pandémie de COVID-19, Halep aime bien déambuler dans les parcs de la ville.

« Et je fais du magasinage parce que ça me détend beaucoup », a-t-elle raconté à La Presse au cours d’un entretien exclusif, quelques minutes après sa conférence de presse virtuelle dans le cadre de l’Omnium Banque Nationale. « Mais je ne sors pas tant que ça quand je joue dans un tournoi parce que j’aime demeurer concentrée. »

On ne remettra pas cette approche en doute. À ses deux dernières présences à Montréal – en 2016 et en 2018 –, la Roumaine a remporté l’Omnium canadien. En 2016, elle avait également été finaliste en double.

Simona Halep l’a répété à maintes reprises pendant le point de presse : elle se sent un peu comme à la maison à Montréal et elle aime y jouer.

La diaspora roumaine est importante et l’appuie sans réserve. Mais au-delà de celle-ci, elle aime le public en général, l’atmosphère – il y en aura moins cette année avec 5000 spectateurs par séance –, les courts, la chaleur des Montréalais. La combinaison de tout cela explique peut-être qu’elle joue toujours son meilleur tennis ici. Elle a, par ailleurs, aussi été finaliste à Toronto en 2015.

On évoque alors Nadia Comaneci et Lucian Bute. Il semble y avoir une certaine connexion entre les athlètes roumains et la métropole.

« Oui, Perfect 10 était ici, donc elle m’a peut-être transféré ça ! », lance la gagnante de deux titres majeurs.

Hors du top 10

D’un 10 à un autre, soulignons que Simona Halep quittera le top 10 du tennis féminin ce lundi. Après plus de sept ans dans ce groupe. Une très longue séquence qui lui a valu de bons mots de la part d’Elina Svitolina, en point de presse, dimanche.

La principale intéressée ne se formalise pas outre mesure de cette rétrogradation. Elle y voit un défi, celui d’y revenir. Sans compter que la vie dans le top 10 vient avec une certaine pression, dit-elle.

Et, de toute façon, elle est beaucoup plus préoccupée en ce moment par la cause de cette éjection du groupe sélect : une sérieuse blessure au mollet gauche subie lors de son match contre Angelique Kerber à Rome, en mai, qui l’a tenue à l’écart depuis ce temps. Elle effectue son retour à Montréal par l’entremise d’un laissez-passer que lui a accordé l’organisation.

« Oui, je suis un peu inquiète à propos de cette blessure parce que c’était très profond, et il est très dangereux que ça puisse revenir rapidement si quelque chose ne se passe pas bien dans le match. Mais je me sens complètement rétablie », affirme-t-elle.

La déchirure au mollet gauche avait 3 cm de profond, relate Halep.

Récemment, elle a joué des manches complètes à pleine intensité à l’entraînement et elle se sent prête.

« Je suis confiante d’être rétablie, mais je dois d’abord jouer un match avant d’en dire plus », indique la protégée de l’entraîneur Darren Cahill.

Donc, lorsqu’un collègue roumain a soulevé plus tôt la possibilité d’un duel avec Bianca Andreescu en quarts de finale, Simona Halep a semblé trouver la perspective bien lointaine.

« Premièrement, je dois être capable de jouer le premier match, a-t-elle lâché avec une franchise quasi surprenante. C’est très difficile d’avoir des attentes à propos de ce tournoi. Je veux seulement rester en santé, pouvoir faire de mon mieux sur le court et gagner le premier match. Ensuite, si ça arrive, je penserai au match suivant. »

Jamais la joueuse n’avait été arrêtée aussi longtemps en raison d’une blessure.

Elle a passé ces trois mois chez elle, en Roumanie. Trois mois au cours desquels elle s’est astreinte à quatre ou cinq heures par jour d’exercices et de traitements pour rendre le muscle plus fort.

« Je suis ici pour voir comment mon corps va tenir et à quel niveau je peux jouer après cet arrêt », a-t-elle résumé en point de presse.

Sixième tête de série, Halep bénéficie d’un bye au premier tour. En deuxième ronde, elle affrontera l’Américaine Danielle Collins, 36e mondiale [31e lundi], ou la Suissesse Jil Teichmann, 65e [63e lundi].

La maternité en vue

À court terme, la priorité de la Roumaine est donc de s’assurer que le mollet tiendra.

Ensuite, elle compte continuer à peaufiner son jeu afin de regagner le top 10. Mais pas seulement son jeu, sa force physique aussi. Parce que la puissance ne cesse de prendre de l’ampleur dans le tennis féminin. Peut-être qu’elle parviendra ainsi à tenir son bout encore plusieurs années sur le circuit professionnel.

Simon Halep aura 30 ans en septembre. Voir les Roger Federer et Serena Williams encore en piste à 40 ans – tout près dans le cas de Williams –, est-ce une source d’inspiration pour poursuivre pendant une autre décennie ?

« Non, c’est impossible pour moi de jouer un autre 10 ans, c’est certain. Mais oui, c’est inspirant qu’ils soient encore capables de jouer à ce niveau à cet âge. Je me sens jeune par rapport à eux, mais vieille à côté de toutes ces adolescentes qui arrivent à 17, 18 ans et qui pulvérisent la balle », dit-elle en souriant.

Et pourquoi pas 10 ans de plus ?

« Ce sera trop pour moi de voyager chaque semaine encore dix ans », fait valoir celle qui compte notamment Petra Kvitova, Carla Suarez Navarro et Maria Sakkari parmi ses meilleures amies sur le circuit.

« Et aussi, je veux des enfants. Et quand j’en aurai, je ne reviendrai pas. Mais on ne sait jamais ! »