Le Canadien Denis Shapovalov s’est fort bien battu face à Novak Djokovic en demi-finale de Wimbledon, vendredi, mais ce fut insuffisant. Le numéro 1 mondial a fait ce qu’il fait de mieux : gagner.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

C’était une énorme commande pour Denis Shapovalov que d’affronter le meilleur joueur du monde en demi-finale du Grand Chelem. Toutes les statistiques étaient à l’avantage du Serbe, qui avait remporté la totalité de ses six duels en carrière face au Canadien. Ce fut encore le cas vendredi, alors qu’il a eu le dessus en trois manches de 7-6 (3), 7-5 et 7-5, malgré l’acharnement du jeune homme de 22 ans.

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Novak Djokovic

« J’ai eu des chances dans chaque set, a lancé Shapovalov en conférence de presse après la rencontre. C’est allé de son bord aujourd’hui. Évidemment, il est numéro 1 au monde pour une raison. Il a joué plusieurs de ces matchs, il a un peu plus d’expérience. Il a probablement mieux joué et eu un peu de chance. Plus de chance que moi dans les grands moments [du match]. »

La première manche, qui a nécessité un bris d’égalité, a donné le ton à un duel qui s’est étiré sur 2 h 44 min. Shapovalov, 10tête de série du tournoi, a brisé dès le troisième jeu afin de prendre les devants 2-1. Djokovic lui a fait le même coup quelques minutes plus tard pour égaliser à 5-5 en fin de manche. Ce dernier a eu le dessus au bris d’égalité.

Le Canadien ne s’est pas laissé abattre et la hargneuse bataille s’est poursuivie en deuxième manche, devant des gradins remplis et bruyants sur le central de l’All England Club.

Le jeune homme de 22 ans a semblé se laisser emporter par la frustration au deuxième set. Il a notamment eu une prise de bec avec l’arbitre de chaise à la toute fin de la manche, au terme de laquelle il n’avait d’ailleurs encore concrétisé aucune de ses cinq balles de bris.

Son vis-à-vis est resté calme et en contrôle tout au long du match, qui a donné lieu à de nombreux longs échanges sur le gazon de Londres. Shapovalov a lutté jusqu’à la toute fin, mais Djokovic a brisé à 5-5 en troisième manche, en route vers la victoire. Les deux bras dans les airs, l’athlète de 34 ans a laissé entendre des cris de joie.

« Ça fait très mal »

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Denis Shapovalov

Le Serbe a réussi 8 aces et remporté 81 % de ses premières balles dans le triomphe. Shapovalov a quant à lui réussi cinq aces, commis six doubles fautes et n’a concrétisé qu’une seule de ses onze balles de bris dans la défaite. Il était en larmes à sa sortie du court.

« Ce qui fait si mal cette fois-ci, c’est que je sentais que mon jeu était là, que c’était possible d’y aller et de jouer pour le trophée. C’est un sentiment que je n’ai jamais eu auparavant, c’est pourquoi ça fait aussi mal. Je pense que je surpassais Novak dans certaines parties du match, et si tu surpasses Novak, tu peux battre n’importe qui. Ça fait très mal. »

Le Canadien a néanmoins connu un parcours digne de mention. Il a notamment vaincu Andy Murray en troisième ronde, puis Roberto Bautista Agut et Karen Khachanov avant d’atteindre sa première demi-finale en Grand Chelem.

« Il y a plusieurs raisons d’être fier de moi, a-t-il affirmé. C’est presque bien que j’aie pu un peu y goûter parce que ça fait juste en sorte que je vais le vouloir [le trophée] encore plus dans l’avenir. Maintenant, je sais exactement de quoi je suis capable et où mon jeu peut aller. Ça me montre aussi ce que je dois améliorer pour vaincre Novak la prochaine fois. »

Fatigue mentale

En conférence de presse, Denis Shapovalov est revenu sur les derniers mois et les restrictions auxquelles il a fait face en raison de la COVID-19. C’est d’ailleurs en raison de ces restrictions qu’il a décidé de ne pas prendre part aux Jeux olympiques de Tokyo.

« Ça met beaucoup de pression sur nos épaules et c’est vraiment difficile mentalement, a-t-il expliqué. Je suis vidé. Pas juste en raison du tournoi, mais aussi en raison de toute cette situation. »

Questionné pour savoir s’il aimerait que Djokovic devienne un jour son mentor, il a lancé à la blague : « Je serais vraiment heureux s’il était mon mentor, parce que ça voudrait dire qu’il arrêterait de jouer ! »

« Il est incroyable et je pense qu’il n’est pas assez louangé, a-t-il poursuivi. Il est venu me voir dans le vestiaire, il m’a dit quelques mots. Pour moi, ça signifie beaucoup. Il n’est pas obligé de faire ça. Il m’a dit qu’il savait combien c’était difficile pour moi en ce moment, mais que tout finira par arriver. »

« J’ai un respect sans borne pour lui, a-t-il ajouté. C’est assurément un des meilleurs joueurs de l’histoire, alors c’est génial d’entendre ces mots de sa part. »

Il n’y aura donc pas de Canadien en finale à Wimbledon. Le dernier à y avoir accédé a été Milos Raonic, qui s’est incliné face à Andy Murray en 2016.

Djokovic, qui présente une fiche de 18-0 en tournoi du Grand Chelem cette saison, est en quête d’un 6titre à Wimbledon et d’un 20titre majeur en carrière. Il affrontera Matteo Berrettini, qui est d’ailleurs le tout premier Italien de l’histoire à atteindre la finale de ce tournoi.