(Wimbledon) Il n’y aura qu’un Canadien en demi-finale, vendredi, à Wimbledon.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Denis Shapovalov s’est brillamment qualifié mercredi au terme d’un long duel indécis de 6-4, 3-6, 5-7, 6-1 et 6-4 face au Russe Karen Khachanov. Par contre, Félix Auger-Aliassime n’a pas été en mesure de le faire, s’inclinant 6-3, 5-7, 7-5 et 6-4 devant l’Italien Matteo Berrettini.

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Denis Shapovalov

Pour son premier match en quarts de finale en tournoi du Grand Chelem, le Montréalais n’a pas été déclassé, mais il a peiné à trouver son rythme devant le septième favori, particulièrement en retour de service.

Chaque fois qu’il semblait sur le point de prendre l’avantage, Auger-Aliassime subissait un barrage de services puissants et précis de son rival et ami, comme à la fin de la quatrième manche, quand le Québécois cherchait désespérément à reprendre un bris de service.

« Matteo est l’un de mes meilleurs amis sur le circuit, l’un des meilleurs joueurs aussi, et je savais que ce serait très difficile, a souligné le joueur de 20 ans. J’ai eu de la difficulté au début, comme dans mes autres matchs, mais après avoir remporté la deuxième manche, c’est devenu plus égal entre nous. J’avais l’impression d’être dans le match, de livrer une bonne bataille.

« J’ai eu quelques chances à la fin de la troisième manche, mais j’ai commis une double faute au mauvais moment, à 5-5, et il a suivi avec de bons points, remportant cinq jeux d’affilée. C’est là que j’ai perdu le match. »

Auger-Aliassime, qui s’est beaucoup entraîné avec Berrettini à Monaco et dans le sud de la France pendant la pandémie, a raconté qu’ils avaient suivi ensemble, avec leurs copines, les matchs de soccer de l’Euro cette semaine.

Et, malgré la défaite, il a souligné le mérite de son adversaire. « Il faut lui donner le crédit qu’il mérite, a-t-il convenu. Matteo a montré beaucoup de constance sur le gazon depuis quelques semaines, il a gagné à Queen’s et mérite pleinement sa place en demi-finale.

« Pour ma part, je viens de connaître de bonnes semaines sur le gazon, et il y a beaucoup d’éléments positifs à retenir de ce tournoi. »

En principe, Auger-Aliassime va maintenant préparer les Jeux olympiques de Tokyo.

« Tout est possible ! »

De son côté, Shapovalov est devenu le troisième Canadien à atteindre les demi-finales à Wimbledon, après Eugenie Bouchard (2014) et Milos Raonic (2016).

Bénéficiant du soutien de la foule, le Torontois n’a jamais ralenti devant un adversaire coriace qui l’a forcé à se battre pendant 3 h 25 min.

« Je me sens un peu brit, c’est certain, a-t-il blagué en conférence de presse. Je vais devoir apprendre l’accent et tout le reste…

« Sérieusement, le soutien de la foule du Court 1 était vraiment exceptionnel. Les spectateurs m’ont appuyé depuis le début du tournoi et ils sont même restés gentils avec moi quand j’ai joué contre Andy [Murray]. Je me suis nourri de leur énergie et je ne sais pas si je m’en serais sorti avec la victoire si la foule n’avait pas été avec moi. »

Mené deux manches à une, Shapovalov a haussé son niveau de jeu et il a balayé la quatrième manche, comme il l’avait fait aux Internationaux des États-Unis l’année dernière, au même stade du tournoi, devant l’Espagnol Roberto Bautista Agut. Mais s’il s’était finalement incliné à New York, le joueur de 22 ans n’a cette fois pas raté l’occasion de passer en demi-finale.

« Il y a eu des moments où Karen jouait très bien et ce match a été très, très difficile, surtout en cinquième manche, quand la pression est devenue encore plus forte. Après la quatrième manche, j’ai repensé à ce match à New York et je me suis concentré à bien amorcer la cinquième. Je savais que je devais bien servir et je ne crois pas avoir mieux servi que pendant cette manche. J’ai beaucoup mieux joué et j’en suis très fier. »

Le 10e favori va maintenant devoir affronter le Serbe Novak Djokovic, premier mondial, qui a facilement éliminé mercredi le Hongrois Marton Fucsovics, 6-3, 6-4 et 6-4.

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Novak Djokovic

« Il [Djokovic] est le meilleur joueur au monde », a souligné Shapovalov, qui n’a jamais gagné en six affrontements contre le Serbe.

« Nous avons joué quelques fois et il a toujours eu l’avantage, mais c’était plus serré lors des derniers matchs. Quand nous allons entrer sur le court, vendredi, le pointage sera 0-0. Tout va se jouer sur le court, et je vais me battre pour chaque point. Je crois en moi, en mon équipe. Je crois que j’ai le jeu pour le battre et gagner ce match. Tout est possible ! »

Djokovic plus près de l’exploit

Djokovic n’est plus qu’à deux victoires d’un sixième titre à Wimbledon, et c’est difficile de penser qu’il puisse être battu. Le Serbe pourrait rejoindre le Suisse Roger Federer et l’Espagnol Rafael Nadal en s’adjugeant dimanche un 20e titre de tournoi du Grand Chelem en carrière. Et il conserverait ses chances de devenir le premier joueur depuis Rod Laver, en 1969, à compléter le Grand Chelem au cours de la même année.

« Je ne tente pas de rattraper personne, je trace mon propre chemin, ma propre histoire, a insisté Djokovic en conférence de presse. Je suis privilégié de pouvoir faire partie de l’histoire de ce sport que j’adore. Je connais bien les statistiques et records du tennis, même si je ne les connais pas tous, et ils me motivent à jouer mon meilleur tennis dans les grands tournois comme celui-ci. »

Le numéro un mondial présente maintenant une fiche de 17-0 en tournoi du Grand Chelem cette saison et il évolue à un niveau exceptionnel. Sûr de lui et de son jeu, il s’est montré confiant en lui avant son match contre Shapovalov.

« Il s’est beaucoup amélioré, avec un jeu très complet et, comme c’est un gaucher, son service est toujours un peu embêtant, a expliqué Djokovic. Et c’est impressionnant de le voir jouer sur le gazon. Ce sont les demi-finales et ce sera sûrement mon plus gros test du tournoi. »

La dernière de Federer ?

Balayé 6-3, 7-6 et 6-0 en quart de finale par le Polonais Hubert Hurkacz, Federer a peut-être disputé son dernier match à Wimbledon, le théâtre de plusieurs de ses plus grands exploits. En fin de match, quand sa défaite est devenue évidente, le public du court central lui a réservé une formidable ovation. Comme des adieux.

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Roger Federer

En conférence de presse, le Suisse, qui aura 40 ans dans un mois, était visiblement déçu. Revenu au jeu cette année après une intervention chirurgicale à un genou et une longue rééducation, il espérait mieux.

C’est dur… Les derniers jeux, je sentais bien que je ne pourrais jamais revenir. Et je ne suis pas habitué à ces situations, surtout ici. L’ovation était extraordinaire. C’est pour ça que je joue et que je joue toujours.

Roger Federer

Quand on lui a demandé s’il pensait avoir joué son dernier match à Wimbledon, Federer a répondu : « Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Mon objectif a toujours été de rejouer à Wimbledon. J’y suis parvenu cette année et j’en suis très heureux. Pour tout ce qui va venir maintenant, y compris les Jeux olympiques, il a toujours été prévu d’en parler quand Wimbledon serait terminé.

« C’est maintenant fait, et je vais prendre quelques jours de repos avec ma famille. Ensuite, on verra… Bien sûr que je voudrais y jouer de nouveau, mais à mon âge, on ne sait jamais ce qui peut se passer. »